Nocturnal Animals, le nouveau chef d’œuvre de Tom Ford

Avec un casting alléchant et déjà de nombreuses nominations, Nocturnal Animals, sorti le 4 janvier, promet deux heures de grand cinéma. Tom Ford nous plonge dans l’univers de Susan Morrow (Amy Adams), une jolie galeriste d’art contemporain à Los Angeles, qui se remémore avec regrets son ex-mari, Edward Sheffield (Jake Gyllenhaal). Ce dernier, écrivain, lui fait parvenir le manuscrit de son dernier roman en lui expliquant qu’il souhaite qu’elle soit la première à la lire. Susan se lance alors dans la lecture d’un thriller violent et dérangeant qui la projette dans ses souvenirs passés.

Attention, cet article peut comporter quelques spoilers.

Une mise en abîme

Nocturnal-Animals-3Le film est constitué de deux histoires évoluant en parallèle et qui apparaissent, au fur et à mesure, extrêmement liées. On suit la lecture de Nocturnal Animals, le thriller rédigé par Edward qui le met en scène dans la peau de Tony, un père de famille victime d’un gang de voleurs de voitures tout particulièrement violent. Dès le départ, on apprend que l’ouvrage est dédié à son ex-femme Susan et que son titre n’a pas été choisi par hasard, puisqu’il s’agit du surnom que lui donnait l’auteur. En effet, cette dernière est sujette aux insomnies depuis toujours. Dans le manuscrit, les « animaux nocturnes » sont les trois criminels qui torturent la famille de Tony. Les aller-retours entre le monde de Susan et le livre d’Edward sont réalisés à la perfection. Il arrive que, lors d’une scène violente, la galeriste fasse tomber le manuscrit, trop bouleversée pour continuer. La transition est fluide et pleine de sens.

Deux heures d’anxiété

nocturnal-animals-jake-gyllenhaalCe qui est clair, c’est que ce n’est pas un film très agréable à regarder, mis à part pour la beauté de la photographie et de la réalisation. L’histoire rédigée par Edward met mal à l’aise. Dès le début de la scène avec ces « animaux nocturnes », on se doute de ce qui va se passer. Au fur et à mesure, la tension monte et tout ce que l’on avait prédit se déroule sous nos yeux. Evidemment, on aurait aimé avoir tort. L’atmosphère anxiogène s’installe dès la première scène du film, lors du vernissage de la nouvelle exposition de la galerie de Susan Morrow. Il y a un effet sonore sur sa respiration que l’on va entendre de nombreuses fois tout au long du film. Elle semble comme essoufflée et elle transmet un sentiment d’angoisse. Le son est calqué sur des images alternant entre la galerie pleine de monde et une vue en plongée des routes entremêlées de Los Angeles. Le tout nous fait entrer de plein fouet dans l’univers triste et stressant de Susan, elle qui est à la fois très entourée, mais extrêmement seule. Elle vit dans un monde bourgeois, dans une maison extrêmement luxueuse et remplie de personnel, mais elle est avec un homme qui ne l’aime pas, qui n’est jamais là et qui la trompe. De ce point de vue là, les premières images du film, celles du générique, sont également évocatrices de ce triste faste dans lequel évolue Susan. On y voit des femmes obèses, nues, en train de danser avec un maquillage et des accessoires qui rappellent le cabaret. Ces femmes dérogent au cliché et permettent peut-être de dénoncer la superficialité de ce monde d’apparence.

L’œuvre d’art créatrice d’atmosphère

18NOCTURNAL1-master768-v2Pas la moindre scène, ni le moindre plan n’est là par hasard et c’est là toute la beauté de Nocturnal Animals. Les œuvres d’art, de par le métier de galeriste de la protagoniste, sont très présentes tout au long du film et elles permettent de créer une atmosphère particulière. Les œuvres sont toujours à mettre en parallèle avec les passages du livre que Susan est en train de lire ou encore avec les souvenirs de sa relation passée avec Edward qu’elle se remémore. Il y a, notamment, la scène au musée où elle rencontre le conseil d’administration. Or, juste avant la réunion, elle se retrouve devant une toile avec écrit « Revenge » en lettres capitales et dans une police sanglante. Cette expression renvoie bien évidemment à la revanche qu’est en train de prendre Edward sur son ex-femme en lui envoyant le manuscrit. Avec ce thriller intense, il lui prouve qu’elle avait tort de ne pas croire en lui. En fait, cette scène est annonciatrice du final dramatique qui finit d’achever la psychologie des deux personnages principaux : Susan et Edward.

Laëtitia Sordet

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