3 Bellezas : humour noir au pays de la beauté

Le cinéma Le Zola, à Villeurbanne, proposait le jeudi 10 mars un film vénézuélien dans le cadre de son festival 32es Reflets du cinéma ibérique et latino-américain. Il s’agissait du film 3 Bellezas, de Carlos Caridad Montero, un réalisateur qui est d’habitude plutôt porté sur le documentaire. Or, ici, il nous présente un film de fiction qui joue sur plusieurs cordes et qui montre toute l’obsession d’une famille pour l’apparence, à travers les concours de Miss. Ce film repassera le samedi 19 mars au cinéma Le Zola.

Une famille surprenante

L’histoire commence par l’enfance des enfants de cette famille, sous la tutelle de leur mère complètement obsédée par son apparence et celle de ses deux filles. Alors qu’elles n’ont qu’une dizaine d’années, leur mère leur apprend déjà à défiler, leur parle de régime, de poids, tout ça pour qu’elles soient les plus belles, surtout l’aînée, qui va jouir de l’intérêt de sa mère pendant longtemps. La folie de la mère est bien mise en scène par son inflexible besoin de réussite pour ses filles. Elle prend tout à cœur et oublie qu’elles ne sont que des enfants. Et il y a un fils au milieu, qui, la mise en scène le montre bien, est toujours présent, mais jamais désiré. Il ne semble pas avoir sa place dans cette famille où la beauté féminine régente leur vie. C’est d’ailleurs assez déchirant, car l’on passe un petit moment à voir le point de vue de cet enfant, qui ne supporte plus de voir sa sœur se priver de nourriture, et qui va, après avoir été laissé seul chez lui, couper les jambes des Barbies de sa sœur, en signe de révolte. Mais tout ce qu’il fait est passé sous silence et n’a pas de répercussion, puisque, le film montre que dans cette famille, les protagonistes sont les femmes, qui sont vouées, dès leur plus jeune âge, à être des reines de beauté.

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Après un événement bouleversant qui a stupéfié la famille, la mère s’est calmée et a renoncé aux concours de miss pour ses filles au profit d’une religion sectaire qui les illumine totalement. Et pourtant, cette obsession va lentement revenir et les filles vont cette fois jouer le jeu que leur mère rêve pour elles. Car, puisqu’il n’y a pas de beauté intérieure, autant tout miser sur l’apparence. Alors que l’aînée, naïve, se laisse porter par cet univers, sa sœur en vient à participer elle aussi aux concours, rongée par un complexe d’infériorité en voyant sa sœur, que tous les hommes regardent. C’est vraiment à ce moment-là que l’on voit la frénésie de leur mère, qui veut absolument aider sa fille, qui s’en est sortie aux castings sans son soutien. Elle veut tellement pouvoir assister d’une manière ou d’une autre au concours national qu’elle ferait tout pour cela. On voit alors à quel point cette famille est bancale, avec cette mère qui ne donne de l’amour qu’à celle qui poursuit son rêve à elle, cette rivalité entre sœurs, et ce garçon perdu dans cet univers féminin et complètement fou.

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Décrire l’horreur de l’univers des miss

Le film commence par un prologue du réalisateur lui-même. Il explique sa démarche, en disant qu’il avait laissé le choix d’un sujet libre à des élèves et 4 sur 5 étaient en lien direct avec l’apparence. Préoccupé, il a commencé à se renseigner sur cet univers impitoyable de la beauté, de l’apparence, où la chirurgie esthétique est reine, apparemment très présent au Venezuela. Avec un humour noir et décalé, il nous montre tout d’abord cette famille aux mœurs étranges, puis tout l’univers des miss. Un univers où les filles s’affament pour ne pas être traitées de grosses, où elles sont prêtes à se planter des poignards dans le dos à chaque occasion, même si elles sont sœurs. Il dépeint une fabrique à miss, où s’enchaînent castings et pesées, où les filles dansent en talons, se font vomir, écoutent les reproches et les conseils des coachs… Toutes les filles semblent être happées dans cette course à la beauté, pour ce prix incroyable de Miss Republica, le concours national. On voit alors les deux filles de la famille évoluer dans ce système, sans même parfois comprendre ce qui leur arrive, et ce qui arrive aux autres autour d’elles. Elles ne sont plus animées que par la concurrence et l’envie de gagner et d’afficher son plus beau sourire avec le diadème sur la tête. Loin d’une comédie de filles un peu pimbêche, ce film joue avec l’humour noir pour nous montrer cette course effrénée et sans limites, sans fin, cette course à la beauté idéale qu’apporte le statut de Miss.

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3 Bellezas nous montre alors à travers cette famille totalement hors norme les dangers d’une politique de l’apparence qui vise à entretenir un certain type d’idéal de beauté. Niant la beauté intérieure, ce système prévient les femmes de leur inutilité si elles ne sont pas belles. En voyant cet extrême, qui pourtant, on n’en doute pas, touche certaines personnes, on espère que notre société ne tombera pas dans le piège de ce système qui promet tout aux élues et détruit la vie des autres.

Solène Lacroix

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