5 terroristes au cœur pur

L‘Espace 44 accueille la compagnie  Le 6’Thèmes Théâtre du 5 au 10 mars. Le 6’thèmes théâtre est une jeune troupe de théâtre champenoise. Les pièces représentées sont de tous horizons : pièces contemporaines, classiques, de boulevard, ou même des créations. Cette semaine la troupe a choisi de reprendre la pièce d’Albert Camus, Les justes.

5 terroristes : 5 personnalités poignantes

Cette pièce a été écrite en 1949. À travers elle Camus s’interroge sur l’usage de la violence dans les combats révolutionnaires en mettant en scène 5 terroristes aux personnalités très différentes. Stepan est froid et il n’a, comme il le proclame, d’amour qu’envers la cause qu’il sert. Kaliayev au contraire est un terroriste comme nous les imaginons difficilement, il aime la vie. Il place l’importance de celle-ci au dessus de celle de la justice, à l’inverse de Stepan, ce qui le rend heureux. Heureux de servir sa cause. Dora son amante admire sa philosophie et défend la cause avec ferveur et investissement. Annenkov  est un chef droit et juste . Il fait preuve d’une impressionnante compréhension envers les doutes de son équipe. Des doutes surtout éprouvé par Alexis qui oscille entre « lâcheté » et courage. Ces  cinq personnages avec leur caractères, leurs changements d’humeurs et leurs doutes constants sont magnifiquement joués par les comédiens. Grâce à la mise en scène d’Aurélie Camus la tension est palpable du début à la fin. Les cris des personnages, leur désespoir, leur rire, leur bonheur nous transportent.

Nous nous trouvons à Moscou, en 1905 au moment de la révolution russe. Ce groupe de combat de socialistes révolutionnaires projette d’assassiner le grand-duc Serge, qui gouverne la ville en despote, afin de lutter contre la tyrannie exercée sur la Russie. Mais tout ne se passera pas comme prévu..

Une pièce qui pourrait bouleverser notre vision des terroristes ?

Camus nous montre qu’il est possible de ressentir de la compassion voir de la compréhension pour des terroristes. Et si ceux-ci n’étaient en fait pas des monstres sans cœur, mais juste des personnes se battant pour la justice ?

De nos jours il est difficile de penser une figure du mal plus noire que les terroristes. Mais Camus nous montre cinq hommes blessés, souffrant pour leur pays qui n’ont d’autre choix que de devenir terroristes pour sauver leur pays : « nous acceptons d’être criminel pour qu’un jour il n’y en ai plus », « il est tout aussi abjecte [que l’acte terroriste] de pousser au crime celui qui n’est pas fait pour lui. » ..

Ainsi la pièce soulève énormément de questions.. Qu’est ce qu’une cause juste ? Quelle est la limite qui sépare le justicier de l’assassin ? Pouvons nous justifier l’injustice vivante pour une justice future ?

Des questions qui pourrait remettre en doute notre haine pour envers les terroristes ?

Nous voyons comment les terroristes dans la pièce de Camus sont poussés par un amour, un besoin de justice, une pulsion à travers tout le jeu parfaitement réalisé des comédiens qui se mettent à merveille dans la peau de leurs personnages. Une pulsion qui est née en eux ou que quelqu’un à fait naître en eux ? Freud caractérise la pulsion notamment par la poussée, qui est une tendance à s’imposer au sujet. Ici nous voyons comment la pulsion qui est inhérente à l’homme n’implique pas obligatoirement une aliénation de la liberté. Tous ces terroristes croient à la cause et sont là par choix ! Un choix souvent remis en cause par des doutes, des peurs, des questions.« Mieux vaut tuer pour rien que ne pas tuer assez » ? Peut-on tuer des enfants pour la justice ?

A une époque où nous sommes très sollicités par nos sentiments avec les attentats, Camus nous rappelle qu’il y a deux aspects au terrorisme : celui de la destruction mais aussi celui de l’idéologie, de la volonté de servir une cause par amour.

Léonie Schroeder

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