Fugue : procédé artistique ou facilité artistique ?

Fugue est joué du mardi 2 au samedi 6 février au Théâtre de la Croix-Rousse. C’est un spectacle musical mis en scène par Samuel Achache, avec les acteurs et musiciens Vladislav Galard, Anne-Lise Heimburger, Florent Hubert, Léo Antonin Lutinier, Thibault Perriard et Samuel Achache.

©Jean-Louis Fernandez
©Jean-Louis Fernandez

Des personnages errants, en fuite dans le pôle Sud

Au pôle sud, une équipe de scientifiques creusent la glace pour parvenir à un lac encore jamais observé, et immaculé depuis toujours. Dans le grand froid, là où tout est blanc et désert – les comédiens emmitouflés évoluent dans de la fausse neige, et finissent par faire grelotter le spectateur – seul une petite cabane de trappeurs semble encore être habitée par des êtres vivants.
Noël est peut-être le seul personnage mu par de réels désirs de découvertes scientifiques. A son dictaphone qu’il ne quitte jamais, il raconte les avancées de l’expérience, mais aussi les difficultés pour la mener à bien, sa fatigue, et combien il peine à se faire entendre par les autres. Par Edouard, entre autres, personnage loufoque, débonnaire, pour qui le pôle Nord est plutôt le lieu de quête personnelle et existentielle plutôt que scientifique – il n’y a que lorsqu’il lutte contre le blizzard et la solitude qu’il sent alors sa « singularité » et son existence dans sa plus grande pureté. L’exploratrice qui dirige le projet rêve aussi de cet absolu, et voudrait que celui qu’elle a aimé, qui est mort et qui ne semble pas être perçu par les autres personnages, cesse enfin de la hanter…. Les scènes dans lesquelles ils se retrouvent sont les plus touchantes de la pièce : pas de fioriture, pas de lamentation – on voit seulement une femme qui, alors qu’elle lui demande de partir une bonne fois pour toute, le retient sans cesse.

©Jean-Louis Fernandez
©Jean-Louis Fernandez

La Fugue : de la forme musicale au geste théâtral

Pourquoi une fugue ? Surement parce que tous les personnages rassemblés ici fuient leurs existences passées, et espèrent du grand froid une expérience qui donne un sens à leurs vies. Sans doute aussi parce que la pièce est à l’image de la forme musicale qui lui donne son titre : différentes voix, indépendantes les uns les autres, se croisent, se répondent, et créent ensemble une œuvre d’Art.
Il y a une beauté esthétique indéniable à ce méli-mélo où tout se mélange : les voix et les identités des personnages, le français et l’allemand, le drame et la comédie – jouée d’ailleurs de façon grotesque, et, parfois, sans grande subtilité. Le temps accélère ou s’étend à souhait, et les situations se chevauchent de manière tout à fait irréaliste… Souvent, la narration est comprise avant tout par les dialogues, et non par les actes. La scène du blizzard, entre autres, est perçue par le spectateur avec l’imagination – par les mots des personnages, qui, eux, demeurent tranquillement assis autour de la table du campement.

©Jean-Louis Fernandez
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Un spectacle qui manque de cohésion ?

Si le théâtre est aussi lié à la musique, celle-ci ne soutient pas assez le texte dramatique, et semble trop souvent gratuite. Sans rapport direct avec la narration, la musique demeure indépendante – une simple pause à l’action dramatique – et le spectacle ne parvient pas à faire surgir une véritable émotion qui unirait le jeu théâtral et musical. C’est pourtant une telle émotion que recherche sans doute un spectacle total. Et justement : pour s’essayer au spectacle total, la maîtrise parfaite de tous les Arts est indispensable, et il n’est pas envisageable que la musique – le chant, surtout – soit, parfois, techniquement en-dessous du jeu théâtral.

De manière générale, on rit, on est ému, mais on reste aussi perplexe. A force d’actions décousues, qui ne convergent pas ensemble vers une direction précise, le spectateur comprend que le spectacle est terminé uniquement lorsque les comédiens s’avancent pour saluer ; on reste sur sa faim. D’où vient cette impression d’inachevé ? Sans doute parce qu’il manque un fil conducteur, ou quelque chose qui fasse davantage cohésion entre les différents éléments du spectacle : entre les personnages, entre les situations, et entre le théâtre et la musique. On aurait envie que la Fugue devienne un réel processus artistique, pensé avec précision, et non un prétexte pour proposer un spectacle, qui, finalement, ne tient pas toujours debout.

Chloé Dubost

Une pensée sur “Fugue : procédé artistique ou facilité artistique ?

  • 5 février 2016 à 16 h 12 min
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    Je ne suis pas d’accord avec ta critique, je crois qu’au théâtre, il ne faut pas s’attendre à voir quelque chose de spécifiquement intellectuel, ni même de cohérent, ce mot de cohésion ne veut rien dire, l’art du théâtre n’est pas cohésion mais plutôt dérision. je te laisse écouter cet ITW du dramaturge qui je pense éclairera tes réserves : http://www.lechodesplanches.info/#!Samuel Achache/zoom/ck0q/i2ein

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