Burn Burn Burn, un hommage sous le signe du voyage

Le Festival Ciné O’Clock est un festival du cinéma anglais et irlandais organisé par le cinéma Le Zola de Villeurbanne. Ce mercredi 10 février 2015, nous avons pu assister à l’avant-première du film anglais Burn Burn Burn réalisé par Chanya Button. Retour sur un film émouvant placé sous le signe du road-trip.

Mike, un court-métrage déroutant en amont

Avant de nous dévoiler Burn Burn Burn, le cinéma Le Zola a préparé une petite surprise pour ses spectateurs. La séance a en effet débuté par un court-métrage d’une dizaine de minutes nommé Mike. À travers ce projet, on découvre déjà quelques thèmes développés dans le film de Chanya Button comme les liens familiaux et la réaction face à la mort d’un être cher. En effet, on découvre Mike, jeune homme-adolescent, qui doit malgré son match emmener son petit frère Jack chez le coiffeur. Suite à une attente, on est confronté à la panique de Mike qui tente de retrouver son frère dans le salon. C’est à la venue de leur mère qui le convint d’attendre Jack dans la voiture que le spectateur découvre le destin de Jack. Ce court-métrage, quoique déroutant, tient finement ses spectateurs jusqu’au bout sans que celui-ci ne s’attende une seconde au dénouement.

Burn Burn Burn, un bel hommage à l’Amitié

C’est film assez unique en son genre, qui sait surprendre et toucher ses spectateurs. En effet, celui-ci débute par une soirée filmée par un certain Daniel (Dan) qui nous présente les futurs protagonistes de l’histoire : deux jeunes filles Alex (Al) et Perséphone (Seph). On ressent dès cette scène le lien très fort qui unit les trois amis. Ce lien si fort contrebalancé par la scène suivante : les obsèques de Dan. Cette scène est le point de départ du film ; celui où Al et Seph découvriront la dernière requête assez folle de leur meilleur ami. Il leur demande de prendre la voiture de son beau-père (préparer pour), un ordinateur portable et de partir en road-trip afin de découvrir et de disperser ses cendres dans 4 lieux marquants pour lui. Bien évidemment ses destinations sont éloignées les unes des autres mais surtout sur toute la Grande-Bretagne (Stonehenge, Cardiff, York, Ben Lomond). À travers ce périple, Alex et Seph font un grand nombre de rencontre allant d’Adam et sa communauté de Hippies à une dame âgée, partant à la recherche de son fils Daniel à Oxnam (Ecosse). Chaque rencontre permet aux personnages de se retrouver un peu mieux et rapproche de plus en plus les deux protagonistes.

©British Film Institute
©British Film Institute

Un formidable trio : « Thelma et Louise, avec Casper le petit fantôme » !

Une fois la décision prise, les deux femmes entament leur hommage. Afin de comprendre au mieux les lieux que Dan impose à ses deux amies, il prépare une vidéo expliquant sa dernière volonté ainsi qu’une vidéo pour chaque destination. L’ordinateur portable a donc un but et c’est sûrement l’objet le plus important de tout le film. À travers ces vidéos, c’est un ami fidèle, aimant que l’on apprend à connaître. Il en profite également pour aider Al et Seph à être honnête avec entre elles mais aussi avec elles-mêmes. Le spectateur découvre également un homme qui, au fil des vidéos, se trouve dévoré par le cancer. Dan est le genre d’ami qui ose tout dire, surtout que personne ne peut l’en empêcher à présent. C’est à travers des scènes fortes ou l’on sent son combat contre le cancer qu’il se lâche, ressortant ainsi de vieux dossiers enfoui dans le cœur d’Alex.
On pense qu’il peut être assez déroutant d’être dans un film où la mort d’un personnage n’empêche pas l’évolution de celui-ci. C’est un très gros point fort du film ! À travers l’évolution du cancer de Dan, on le voit submergé de tant de questions et d’émotions qu’il est impossible pour le spectateur de ne pas se sentir proche de lui. On ne peut donc que saluer la qualité d’interprétation des acteurs : Laura Carmichael (Perséphone), Chloé Pirrie (Alex), Jack Farthing (Daniel) qui ont su faire partager leur lien avec le spectateur.
Burn Burn Burn. On ne comprend le titre du film qu’à travers la première destination : l’abbaye de Stonehenge (où reposerait le Roi Arthur!). Dan cite le roman  On The Road de Jack Kerouac : « The only people for me are the mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved, desirous of everything at the same time, the ones who never yawn or say a commonplace thing, but burn, burn, burn like fabulous yellow roman candles exploding like spiders across the stars » ( « Les seules personnes pour moi sont les fous, ceux qui sont fous de vivre, fous de parler, trop fous pour être sauvé, désireux de tout faire en même temps, ceux qui ne baillent pas ou ne disent pas une chose banale, mais brûlent, brûlent, brûlent comme de fabuleuses chandelles romaines jaunes qui explosent comme des araignées à travers les étoiles »)

©British Film Institute
©British Film Institute

Une réalisation intimiste

Aujourd’hui on est rattrapé par l’ère d’internet et les évolutions techniques (3D, effets spéciaux etc.). Ce film est proche de son public ; bien sur internet est présent (ainsi que deux ou trois marques omniprésente sur la toile) mais à travers ce film, le spectateur apprend à profiter à nouveau des choses simples, le plongeant dans un moment « hors-du-temps » où il peut se recentrer sur ce qui est vraiment important. Nous sommes confrontés à un film qui veut donner du temps au temps ; donner une nouvelle chance aux rapports simples, non calculé entre les hommes. À travers une réalisation simple, il n’y a pas de prise de risque et à ce niveau-là, le spectateur se sent inclus au fil du film.

Chanya Button a réussi à ne pas tomber dans un genre particulier du cinéma, mais se situe entre comédie et drame, rires et pleurs, situations burlesques et réalité brutale, et le spectateur se retrouve envahit de toute part. On ressent certains codes du film Into The Wild de Sean Penn, mais avec une réalisation plus légère et l’humour très anglais du film nuance la dureté du fond. Et c’est avec une certaine finesse que ce jeu entre les tons rythme le film.

Camille Pialoux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *