Le 6ème jour, un enchantement aux accents d’Arletti

Au commencement… Oui quoi au commencement ? Comment cette terre a bien pu être crée ? La nuit et la lumière, l’eau, l’herbe… Comment tout cela a pu voir le jour ? Et si un monsieur du nom de Dieu était passé par là ? Ou ne serait-ce pas plutôt un petit bout d’être, un clown au doux nom d’Arletti ? Parce qu’une rencontre à Marseille avec la compagnie de l’Entreprise est toujours un voyage, un rêve, « collectif et éphémère. »

Quand le monde s’ouvre à nous…

© Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

Au début donc, il y a un maitre conférencier endormi dans l’herbe. Un monsieur de gris, fatigué peut-être de raconter toujours la même histoire. Passe alors par ici un toute petit personnage, plein de vie et de couleurs. Un être curieux, un ange qui a soudainement envie de parler à ses congénères, et à son tour, de raconter une histoire. Elle prend alors la valise à histoires du Monsieur allongé, et commence alors le spectacle. Doucement, elle entre dans un nouveau monde, un nouvel espace de jeu. Tout est à découvrir, à apprivoiser. Tout semble bien loin de qu’elle a l’habitude de voir, et pourtant, petit à petit, elle s’approprie cet espace. Et avec lui, le public. Mais il faut bien avouer que l’apprivoisement se fait ici instantanément. Dès les premiers pas, on s’attache à elle, à sa démarche branlante et à son sourire innocent. Il ne suffit que d’une minute pour le coup de cœur soit. Viendra bien sûr plus tard, une tendresse profonde et sincère pour ce personnage fait de bric et de broc. Au fil du temps, l’apprivoisement est complet, et révèle alors toute la profondeur du clown. L’innocence se voile d’une réelle malice, l’ange se pare d’un côté bestial, et l’ignorance des origines, d’un profond questionnement.

… Les questions fussent.

Car la découverte d’un monde, dans l’entièreté qu’il représente dans une salle de spectacle, pose en effet tout un tas de questionnements plus ou moins philosophiques. Particulièrement quand la question de religion entre en je(u). Face à la lecture de la Genèse, l’étonnement s’intensifie. « Mais il a fait tout ça en un jour ? » De la surprise innocente au début, un décalage profondément humoristique s’installe. À nos oreilles se dévoile alors une critique, toute en justesse, d’une histoire où un Homme aurait créé notre monde en sept jours. Sans jamais tomber dans une accusation ouverte ou des propos déplacés, la Compagnie de l’Entreprise questionne, simplement. Elle évoque une histoire, en n’en étant pas que simple spectateur. Et c’est un réel plaisir pour nos cerveaux tout comme pour nos zygomatiques qui ne se reposent pas une seconde. Mais si Arletti chatouille un peu les pieds de Dieu, sur scène, ce dernier semble reprendre ses droits… Car doucement, l’eau reprend le dessus, envahissant le plateau, la neige tombe, et les plantes poussent étrangement vite. Une note de merveilleux, que chacun interprétera à sa manière. Le plus important est là : que chacun ait pu, le temps d’une heure ou deux, rire, réfléchir, ou être ému. Et quand les trois se produisent ensemble, on ne peut alors faire qu’une seule chose : ressortir ensemble, le sourire aux lèvres.

Un art de clown

Un très beau spectacle donc, drôle, poétique et de surcroit intelligent, qui ne pourrait se faire sans la force du personnage du clown Arletti. Catherine Germain qui le porte, aidée à la mise en scène par François Cervantès, le façonne depuis près de trente ans. Elle a dessiné ses traits, colorisé ses caractères, et verni son cœur. Quand le clown vient du plus profond de son être, c’est là qu’il est le plus passionnant, le plus marquant. Double du comédien, il en tire ses qualités les plus sincères, ainsi que ses défauts. Ainsi, nait un autre être, qui prend vie devant le miroir des coulisses. Une fois mis ce masque de seconde peau, le clown apparait, et l’homme s’efface alors. C’est d’ailleurs avec énormément de justesse que Catherine Germain décrit cela dans le livre « Le clown Arletti, vingt ans de ravissement ». Mais si ses mots de papier sont justes, c’est bien dans la pratique que cette authenticité se perçoit plus que jamais.

Car on a tous besoin d’un clown dans nos vies. Le nôtre ou celui de notre voisin de plateau, il est essentiel à la contemplation du monde. Car quoi qu’il arrive, un clown n’a jamais peur de l’échec. Il essaiera, encore et encore. Triste ou joyeux, l’espoir, lui, reste là. Alors si Le 6eme jour passe un jour par chez vous, allez à sa rencontre. Et si quelques années après, il repasse encore, retournez y. Et entre temps, on s’écrit ?

Marie-Lou Monnot

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