96 heures pour une rencontre entre deux acteurs français particulièrement charismatiques

Le dernier film de Frédéric Schoendoerffer, 96 heures, avec Gérard Lanvin et Niels Arestrup dans les deux rôles principaux, est sorti le 23 avril sur nos écrans, voici ce que nous en avons pensé…
Dans la lignée de Switch et de Truands, Frédéric Schoendoerffer nous livre un nouveau thriller angoissant porté par deux figures charismatiques du banditisme cinématographique : Gérard Lanvin qui depuis Les Lyonnais, A bout portant ou Secret défense, est associé à cet univers du polar et du thriller et Niels Arestrup, magistral dans Un prophète, qui lui a valu le deuxième de ces trois césars du meilleur acteur de second rôle.

« J’aime les films dont la fin est ouverte, un peu ambiguë, cela me permettait une fois rentré chez moi de continuer de penser au film. » Frédéric Schoendoerffer

Une histoire redoutable et efficace :

emprisonnement

L’idée de départ a été présentée aux producteurs par Philipe Izard et Simon Michaël, deux anciens flics aujourd’hui reconvertis dans le milieu du cinéma et qui ont participé à de nombreux films policiers : Mains armées, Ripoux contre Ripoux, Ripoux 3 pour le premier et Une nuit – coécrit avec Michael Simon – et Flics pour le second. Baignant donc dans les thrillers policiers depuis quelques années, ils ont proposés aux producteurs l’idée originale de faire passer une garde à vue non pas à un truand mais à un commissaire. De là, Frédéric Schoendoerffer a pensé à Gérard Lanvin dans le rôle du policier interrogé et avec les producteurs, ils ont choisi Niels Arestrup pour jouer Victor Kancel, le malfrat qui interroge le commissaire Gabriel Carré.
Les hommes de main de Victor Kancel kidnappent le commissaire Carré en menaçant sa femme (jouée par Anne Consigny), elle-même menacée par les truands pour qu’elle poursuive sa vie comme si de rien n’était et qu’elle invente une histoire sur l’absence de son mari. Kidnappé et pour ne pas mettre en danger sa femme, Gabriel est obligé d’obtenir une exfiltration de 96 heures pour Victor Kancel, criminel dangereux qu’il a coffré trois ans plus tôt. Alors qu’on pourrait se dire qu’une fois sorti de prison, Kancel mettrait les voiles vers l’étranger, il n’en fait rien car il veut découvrir qui l’a balancé. Pour cela, il organise une petite garde à vue dans le couloir d’un des sous-sols d’une villa et c’est le truand qui devient policier et enquête pour découvrir qui l’a trahi. S’en suit donc une terrible guerre psychologique durant laquelle Kancel s’évertue à déstabiliser son adversaire par tous les moyens : menaces corporelles, menaces contre sa femme et sa fille tandis que Carré, lui, tente de gagner du temps en donnant de faux noms et en essayant de retourner les sous-fifres contre leur chef pour essayer de les désorganiser et de s’en sortir. La tension est palpable et plus le film avance, plus on se demande comment le commissaire fera pour revenir sain et sauf.
L’intrigue est excellente et d’une vraisemblance incroyable mais il est dommage que quelques éléments nous laissent anticiper certains éléments finaux…

« L’important c’est pas ce que tu dis mais comment tu le dis », Commissaire Gabriel Carré (Gérard Lanvin)

Un film qui repose sur le charisme de deux pointures :

arestrup gun

Une fois dans la maison, un huis-clos s’installe entre les deux personnages. Malgré certaines incursions de Victor Kancel hors de la maison, et quelques passages où la collègue de Carré, Marion, jouée par Sylvie Testud, enquête sur la disparition de son ami, toute la tension dramatique réside dans cette maison, lieu d’emprisonnement du commissaire Carré. Très peu de plans montrent les deux personnages ensemble à l’écran. Une fois dans la maison, la caméra se fixe sur l’un ou sur l’autre selon l’intensité de la réplique. Celui qui dit la réplique est rarement vu en train de l’énoncer, le réalisateur préférant surtout capter la réaction de celui qui la reçoit, notamment avec des plans très serrés et rapprochés sur chacun d’eux. Tout tient dans le regard et les mimiques des deux personnages. On se croirait dans une partie de poker menteur, ou comme le dirait Jean-Paul Sartre, « l’enfer c’est les autres » Kancel utilisant tous les moyens possibles pour déstabiliser un Gabriel Carré tentant de gagner du temps par des mensonges dit sur un ton tellement assuré qu’ils paraissent tous crédibles. La tension repose sur la faculté du commissaire à rester serein devant toute menace et à tenter de retourner un à un tous les complices de Kancel tandis que son interrogateur perd patience petit à petit et finit par craquer si bien qu’une fois à bout, lorsque le commissaire lui dit la vérité, il ne le croit pas…

regard arestrupregard lanvinPour qu’un huis clos fonctionne il faut une excellente intrigue et un suspens haletant mais aussi et surtout des comédiens charismatiques capables de nous emmener dans leur monde, de nous faire sentir la peur qui monte et de rendre palpable la tension qui émane de leur jeu. Ces deux « gueules » du cinéma français ont une telle puissance visuelle que chaque confrontation renforce une tension dramatique déjà latente. La musique absolument sublime composée par Max Richter favorise aussi cette tension. Gérard Lanvin et Niels Arestrup prouvent une fois encore avec ce film qu’ils sont deux immenses acteurs et à chacune de leur confrontation l’un sublime l’autre et vice versa, ce n’est pas pour rien que Gérard Lanvin disait à propos de Niels Arestrup : «  J’ai trouvé mon partenaire idéal pour vous divertir sur ce film ». Quant à Frédéric Schoendoerffer, il nous montre une nouvelle fois qu’il a du talent pour tourner des films avec des points de vues originaux ou tout du moins inattendus…

Jérémy Engler

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