À la conquête de l’éther avec Alex Alice

Alex Alice, édité chez Rue de Sèvres pour la première fois,  a pu développer une seule œuvre sous de multiples supports. L’histoire du Château des étoiles, actuellement publiée en deux tomes est d’abord parue sous la forme d’un journal pour rendre hommage aux récits du XIXe siècle qui furent d’abord publiés dans des journaux sous forme de feuilleton. Le rythme du feuilleton favorise le dynamisme puisqu’il faut capter le lecteur beaucoup plus rapidement. C’est d’ailleurs ce dynamisme qui se retrouve dans l’œuvre complète et qui facilite l’entrée dans cet univers merveilleux…

À la conquête de l’espace

Qui n’a jamais rêvé de conquérir l’espace ? Pas la mère de Séraphin qui pense que l’éther lui permettra de flotter autour de la terre en cette fin de XIXe siècle. Malheureusement, l’expérience tourne au désastre et elle meurt en tentant d’atteindre les étoiles. Son fils ne rêve que d’une chose : la retrouver. Il se prend alors de passion pour l’éther et l’espace. Tout le monde le prend pour un fou avec ses histoires de sciences modernes et de conquête de l’espace. Mais une lettre venue de Bavière lui annonce qu’on a retrouvé le carnet de bord de sa mère. Fou de joie, il convainc son père de se rendre en Prusse mais apparemment, ils ne sont pas les seuls à la recherche du secret du voyage en orbite…

En Bavière, ils rencontrent le roi Ludwig qui demande à Séraphin et son père de construire un « éthernef » pour côtoyer les étoiles. Avec l’envie de concrétiser le rêve de sa femme, le professeur Dulac accepte. Aidé de Sophie, servante au palais du roi et Hans, enfant mécanicien, ils construisent la machine qui permettra au roi de quitter ce monde au bord de l’implosion et à Séraphin de retrouver sa mère… Mais tout ne se passe pas comme prévu !

©Alex Alice
©Alex Alice

L’espace du XIXe siècle

Si le tome 1 de cette histoire raconte la construction de l’éthernef, la deuxième partie aborde leur aventure dans l’espace. De nombreux rebondissements amènent nos aventuriers à tomber sur la Lune, a priori sans moyen de retour… C’est alors que l’éther, la matière qui à l’époque était censée remplir l’espace, entre en jeu. Il aura fallu attendre Einstein pour découvrir que l’éther n’existait pas. Aussi, le tour de force d’Alex Alice est d’avoir inventé une histoire, une science à partir d’une variable défaillante en extrapolant les théories de l’époque. Il lui aura fallu tout un travail de recherche pour réussir à monter cette histoire qui passionnera petits et grands à n’en point douter. Cette entreprise ressemble grandement aux aventures de Jules Verne qui s’inspirait des connaissances scientifiques de l’époque pour extrapoler et créer des machines et des univers complètement fantastiques. Grâce à ce voyage, ils vont découvrir le secret de l’éther, le secret du Graal.

Une ou plusieurs quêtes

Ce qui fait que tout se tient, malgré le postulat de départ qui se base sur une fausse idée, c’est la qualité du récit et ses multiples focalisations. Chaque personnage est animé par le même but, découvrir l’éther, mais tous poursuivent des quêtes différentes. Si Hans et Sophie sont là plus par curiosité et amitié avec Séraphin, le professeur Dulac veut poursuivre le rêve de sa femme tout en préservant son fils. Séraphin, lui, veut retrouver le corps de sa mère qui n’est jamais redescendu sur Terre. Quant au roi Ludwig, il veut s’affranchir du monde des hommes qu’il trouve absurde, en raison du trop grand nombre de conflits politiques et militaires, et atteindre le secret de l’espace. Tous deviennent les « chevaliers de l’éther » en référence aux « chevaliers du Graal ». Eux-aussi visent un objet mystique et la découverte qu’ils feront bouleversera leur vie à tout jamais !

©Alex Alice
©Alex Alice

Une double lecture

La force de cette BD est que selon le point de vue qu’on aborde, elle peut paraître optimiste ou pessimiste. Les enfants la trouveront probablement optimistes et rêveront d’aventures car ce qui arrive aux protagonistes de leur âge est tout de même assez incroyable. Et s’ils se rendent compte de la chance qu’ils ont et s’ils sentent les tensions du monde des adultes, ils ne renoncent pas et cherchent toujours une solution, à la différence des adultes.

Le père de Séraphin a peur pour son fils, qui est tout ce qu’il lui reste, et son envie de découverte est freinée par la peur de le perdre. Le professeur est vraiment le personnage le plus rationnel, il incarne évidemment la figure paternelle mais aussi la figure raisonnée de toute l’équipe, qui serait prête à mourir si l’aventure en valait la peine ! Enfin le roi Ludwig fuit justement ce monde rempli de tensions et d’horreur. Il a connu et fait la guerre, il sait que son royaume va être annexé, tout est noir pour lui et son pessimiste contraste avec l’optimisme des enfants. Si eux cherchent l’aventure, lui cherche avant tout une nouvelle vie ! Les adultes s’identifieront plutôt à ces deux derniers personnages et sentiront probablement plus le pessimisme et le poids de cette société en pleine révolution, comme peut l’être la nôtre…

Si ces deux BDs vous feront rêver par la beauté des dessins et la découverte des personnages, elles ne manqueront pas de vous faire réfléchir sur notre société et de vous amener à vous poser les bonnes questions. Avant de conclure, vous me direz mais pourquoi cela s’appelle Le château des étoiles, à aucun moment, on ne nous parle de château… Je répondrai alors ceci : le château étant le but de la quête, chacun peut le bâtir comme il veut mais si vous voulez savoir quel est ce château pour les personnages, je n’ai qu’une chose à vous conseiller, lisez ces BDs au plus vite car croyez-moi le château vaut le coup d’œil !

Jérémy Engler

Venez découvrir notre interview d’Alex Alice !

2 pensées sur “À la conquête de l’éther avec Alex Alice

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