A la recherche de La Belle Époque

 

Victor – dessinateur nostalgique – se fait larguer par sa femme Marianne – psychanalyste freudienne, en perpétuelle analyse des autres et d’elle-même. Victor se laisse tenter par l’expérience proposée par l’entreprise Les voyageurs du temps. Celle-ci fabrique des reconstitutions historiques sur mesure, avec comédiens, scénario et tutti quanti. C’est simple, « si vous vouliez vivre dans une époque, ce serait laquelle ? ». (Image mise en avant La belle époque © Constantin Film Verleih GmbH)

 

2. la belle époque (c) Constantin Film Verleih GmbH
La belle époque © Constantin Film Verleih GmbH

 

« – Tu te prends pour Dieu ou quoi ? – Je suis scénariste » et maintenant… Action !

Certains rêvent d’un tête-à-tête avec Marie Antoinette, d’autres de partager un verre avec Hemingway ou de serrer la main d’Hitler. Victor, lui, demande à l’entreprise d’Antoine de revivre sa rencontre avec l’amour de sa vie, le 16 mai 1974. La magie de cette drôle de première fois semble opérer avec une Marianne incarnée par une comédienne de l’entreprise, Margot. Dans ce Truman show consenti, on croise aussi Pierre – incarné tendrement par Pierre Arditi – venu revivre le dîner qu’il aurait aimé partager avec son père avant qu’il ne meurt. Un peu de fiction pour venir dire les mots qui sont restés coincés dans le passé, pour venir se guérir un peu de nos regrets. Pierre incarne le guide chaleureux et discret du parcours thérapeutique de Victor. Car c’est bien de thérapie dont il s’agit. L’expérience du revivre vient concurrencer la méthode psychanalyste. Qui on est ? Qui on devient ? Qui on naît ? Tous les personnages du film touchant et drôle de Nicolas Bedos, se posent à leur manière ces questions là. Ces questions qui comptent vraiment. Mais quelles réponses ? D’un côté le monde numérique aseptisé de « l’e-convivialité », de l’autre l’univers des années 70 et des rencontres enfumées dans les bistrots du quartier. La nostalgie sépia face à la transparence de l’open space ; les dessins à l’aquarelle face aux animations sur tablette… Autant de mondes qui se confrontent, qui se fondent les uns dans les autres, à ne plus savoir où est la vérité. Le fake assumé des reconstitutions historiques dévoilent peut être le fake caché du monde qui nous entoure. Et si le monde n’était qu’un « grand théâtre » ? Comme le disait l’ami Shakespeare, qu’on pourrait bien croiser dans un des décors d’Antoine. Dans ce labyrinthe plaisant d’époques et de niveaux de fiction, au milieu des souvenirs, on peut se perdre un peu, se retrouver peut être. Où est le commencement ? Peut-on le recréer ? Marianne répond avec Freud à tout bout de champ : « Au commencement était l’action. ». Victor, lui, revient au commencement de l’amour. Et au commencement était un jeune homme et une jeune femme dans un café des années 70 en train de manger des œufs au sucre.

 

3. la belle époque (c) Constantin Film Verleih GmbH
La belle époque © Constantin Film Verleih GmbH


«
 Au risque de vous paraître folle…Auriez-vous des œufs durs avec un peu sucre ? »

Quelle drôle d’idée. Quel mélange incongru. Parlons viande au chocolat que ça nous ferait le même effet. Cela dit, tentons de regarder au-delà de la simple curiosité culinaire. Pour Victor, ce petit péché mignon de Marianne, fera toujours partie du souvenir de leur rencontre et de leur amour naissant. Une vraie madeleine de Proust. Mais encore, ce petit encas semble être à l’image du film. Comme un symbole de tous ces mondes qui s’opposent et se rencontrent, tels que ces couples dysfonctionnels : d’un côté l’œuf, qui ramène à des choses plus rustiques, essentielles et de l’autre le sucre, qui évoque plus de raffinement et de complexité. On pense donc à Marianne au volant de sa Tesla avec Victor à ses côtés insultant le GPS. C’est un homme entier, authentique qui aime les petits bonheurs simples de la vie. Il préfère lire un livre avec ses yeux et tourner les pages avec ses mains tandis qu’elle se relaxe au bord d’une plage paradisiaque derrière son casque de réalité virtuelle. De toute évidence, il a rapidement tendance à se sentir dépassé dans un monde submergé de gadgets électroniques, quand sa femme embrasse le changement et la nouveauté. Elle a le goût des belles choses et fait tout pour ne pas se sentir dépassée quitte à adopter un rôle.

Et de la même manière, nous avons Antoine, le perfectionniste qui ne laisse rien au hasard. Pathétiquement jaloux et emporté, il peut avoir tendance à se prendre pour ce qu’il n’est pas. Et Margot sa compagne, elle qui change sans cesse de personnage, de vie, c’est une femme droite dans ses bottes, sensible et franche.

Ainsi, paradoxalement comme les œufs durs au sucre, ils offrent un mix de saveurs inattendu et riche. Ce qui confirme l’adage : les contraires s’attirent. Pour la tendresse et l’humour, pour la musique et les couleurs des années 70, pour les cocktails explosifs Fanny Ardant – Daniel Auteuil et Guillaume Canet – Doria Tillier, pour les yeux pétillants de Pierre Arditi et le regard vide de Denis Podalydès, pour les regrets et les rêves, les premières et les deuxièmes fois, pour les œufs durs et le sucre, filez en douce pour voir ce film !

La belle époque de Nicolas Bedos, sorti en salle le 6 novembre 2019, toujours disponible.

 

Article rédigé par Élisabeth Coumel et Lysiane Cadeo

 

 

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