À l’appel du loup, on court tous au théâtre !

Du 11 au 23 octobre 2016, le théâtre des Clochards Célestes de Lyon, accueille l’ensemble TaCTuS pour le spectacle L’appel de la forêt, adapté de l’œuvre de Jack London. Ce spectacle dessiné et musical, mis en scène et adapté par Quentin Dubois, saura vous émerveiller et vous transporter dans le Grand Nord américain pour une aventure géniale dans la tête d’un chien très particulier.

© Marion Cluzel
© Marion Cluzel

Buck, une légende

En 1903, Jack London publie le récit d’un chien domestique californien qui, enlevé à son maître, se retrouve en Alaska et devient un chien de traîneau. Buck, ici interprété en off par Jacques Verzier, nous raconte donc ses aventures de son cocon californien à la rudesse du Grand Nord américain. Roman d’aventures étudié au collège, ce spectacle s’adresse évidemment aux plus jeunes en faisant du chien le conteur de ses aventures. Le texte de Jack London ne fait pas parler le chien car il préfère privilégier l’instinct de l’animal à une capacité de raisonnement de ce dernier – le début du XXème siècle refusant de reconnaître que les animaux pouvaient avoir une conscience. Toutefois, c’est du point de vue de Buck que tout nous est décrit et c’est donc assez logiquement et pour créer un spectacle plus immersif que la compagnie a décidé de raconter l’histoire à travers la voix de Buck.

Malgré ce parti pris narratif, le spectacle n’épargne rien et n’édulcore pas la violence de certaines batailles et retranscrit parfaitement les craintes et aspirations de Buck et même celles des humains. L’ensemble TaCTuS nous offre un récit initiatique dans lequel le héros, sorti de son confort, est obligé de s’adapter mais n’est-ce pas le propre de l’humain de devoir s’adapter à tout ? Rousseau disait que « l’homme est un animal perfectible » et c’est bien à cela qu’on assiste. On découvre un chien qui améliore ses sens, ses réflexes et réussit à s’adapter à toutes les situations et à devenir le leader des attelages ou des meutes. Il est alors facile de faire un parallèle entre cet animal et nous et c’est ce qui rend cette pièce tout aussi intéressante pour un public adulte.

© Ensemble TaCTuS
© Ensemble TaCTuS

Un théâtre d’objets, musical et dessiné

Dans ce spectacle, les comédiens présents sur scène sont avant tout musiciens pour Ying-Yu Chan, Quentin Dubois et Théo His-Maier et dessinateurs pour Marion Cluzel, même si tous viendront dessiner des loups à un moment donné. Ils ne jouent pas le rôle d’un humain de l’histoire mais tous ou presque commentent ce qui arrive à Buck ou deviennent narrateur le temps d’une ou deux répliques. Ils ne jouent pas la comédie, ils nous racontent une histoire en musique et en dessin. Les percussions occupent une grande partie de l’espace scénique et la dessinatrice est installée de l’autre côté de la scène à son atelier. Les musiciens jouent des instruments pour créer une ambiance d’aventure vraiment efficace, mais pour rendre le tout plus réaliste, ils détournent des objets du quotidien pour imiter des sons d’oiseaux, avec par exemple des outils de chasse, imitant ainsi leurs cris. Des sons de marche dans la forêt sont reproduits avec du polystyrène et le vent de la forêt avec des papiers de papillotes ou en tout cas de l’aluminium. L’inventivité de la troupe quant à l’utilisation des objets du quotidien ne se limite pas à la création de nouveaux instruments, puisque des crayons deviennent de loups etc. Le décor est totalement absent et est remplacé par des projections de dessins ingénieusement mis en mouvement. Marion Cluzel est filmée du dessus en train de dessiner, ainsi on voit les animaux et les paysages prendre vie sur l’écran au fond de la scène. Parce que certains dessins seraient trop longs à représenter sur scène, ces illustrations live sont mélangées avec d’autres créations déjà réalisées sur lesquelles elle rajoute parfois des détails, donnant l’impression d’un paysage sans cesse en évolution, tout aussi adaptable que l’est Buck. Les dessins deviennent donc décor et espace de jeu puisque certains sont animés. En superposant des calques ou des dessins au bout de bâtons, l’illustratrice parvient à donner vie à ses créations et on voit les animaux bouger rendant encore plus brillante l’idée de faire un spectacle dessiné. Le crayon, l’aquarelle, la peinture à l’eau, les collages, les projections et calques se mélangent pour donner vie au monde dans lequel évolue Buck. On voyage grâce aux merveilleux dessins de Marion Cluzel, le tout sur une musique qui parvient à nous projeter dans le Grand Nord et dans la tête de Buck.

La compagnie TaCTus réussit à nous emporter dans un monde sauvage et plein de poésie musicale, textuelle et dessinée !

Jérémy Engler

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