A la recherche de l’utopie perdue : Le Cercle des utopistes anonymes

Dans le cadre du Festival Off La Compagnie L’Envers du décor investit la Maison de la poésie d’Avignon du 7 au 30 juillet à 14h45. Mais quel spectacle se cache derrière ce titre accrocheur ? Qu’ont à nous dire ces utopistes ? Eugène Durif, auteur et interprète, Stéphanie Marc, interprète et Jean-Christophe Cornier, interprète et musicien prennent place sur scène sous la direction de Jean-Louis Hourdin pour nous faire pénétrer au cœur du cercle restreint des utopistes anonymes.

Trio d’utopistes
Décor minimaliste et ambiance confinée pour ces trois utopistes anonymes. Une table avec des papiers manuscrits et des livres. C’est la table de travail d’Eugène, ce grand homme aux allures de philosophe nostalgique. Pour lui, l’utopie c’est un travail de chaque instant, une introspection constante, des références aux penseurs passés. Ensuite, il y a le piano et à son pied flûtes et accordéons. Derrière les instruments se trouve bien évidemment le musicien Pierre. Il est le binôme d’Eugène. On comprend à force de clins d’œil verbaux fréquents leur complicité. Pierre est le personnage même du sceptique. Il pense que l’utopie est une belle idée, cependant il n’est pas sûr qu’elle soit raisonnablement envisageable, c’est une chimère qui va décevoir ceux qui la poursuivent en quelque sorte. Le dernier élément sur scène est un tabouret tout simplement. Le tabouret de Stéphanie. Elle est la naïve et celle qui croit certainement le plus en l’utopie. Elle vient bousculer le duo de compères, elle espère devenir leur muse, leur passionaria. Fougueuse et présentée comme un peu niaise, elle est très bien accueillie par Eugène et nettement moins par Pierre, comme on peut s’en douter. Très vite la dynamique du groupe apparaît et on peut regretter le manque d’évolution des caractères de ces trois personnages. Seule Stéphanie, lueur du fond de scène, a des fulgurances. Elle déclame ses monologues et apporte de la nuance.

©François Paumard
©François Paumard

Le texte d’Eugène Durif, très intéressant par ailleurs, souffre dans la mise en scène d’un manque de théâtralisation. Les interprétations de cette convocation des penseurs de l’utopie, ne sonnent pas juste, le propos est confus et on se perd dans la profusion de matière textuelle.
La réflexion en germe de ces trois utopistes sympathiques est entrecoupée d’intermèdes musicaux. Chansons légères et drôles, elles arrivent toujours à point nommé. Elles apportent une touche d’émotion et d’humour.

Utopia mon amour
Les deux compères, Eugène et Pierre sont fatigués de ce long voyage immobile qui dure déjà depuis longtemps. C’est alors Stéphanie qui apparaît à la fin de la pièce, l’œil pétillant et gourmand, la plus engagée dans la recherche de l’utopie. Elle apporte la lueur d’espoir et l’engouement et nous invite ainsi à tenter l’aventure utopiste à leurs côtés. Transmission écrite, transmission orale, transmission d’idéaux, c’est un joli projet que celui de ces doux utopistes. On part avec eux dans leur voyage et leur quête intérieure. On revient sur les espoirs et les échecs des utopies qui ont tenté de se réaliser. Constat assez négatif après les lendemains qui ne chantent plus. Comment le regard poétique appelle-t-il alors à l’action ? Comment réaliser et rester fidèle aux utopies déjà imaginées ? C’est une déclaration d’amour à l’utopie, celle qui nous fait réfléchir à notre société, qui interroge nos fonctionnements. Les mots de Nietzsche, Thomas Moore et autres hommes de lettres se font les échos des rêves passés. Le spectacle est donc une invitation à les redécouvrir et à s’en inspirer.

©François Paumard
©François Paumard

C’est un spectacle sur le fond politique et poétique qui nous est livré avec Le Cercle des utopistes anonymes.
Le projet est intéressant et nous souhaiterions poursuivre la discussion, plus au calme avec ces utopistes, entrer un peu plus dans leur univers pour pouvoir en savourer les subtilités et arpenter avec eux les sentiers d’un rêve de société.

Anaïs Mottet

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