Des adieux silencieux– Juste la fin du monde au théâtre petit Louvre (Templiers)

Allez découvrir, pendant le festival off d’Avignon, du 7 au 30 juillet, à 19h35 au Théâtre petit Louvre, une mise en scène intéressante et intelligente de Juste la fin du monde.

Une communication interrompue

Un jeune homme de trente-quatre ans retourne chez lui pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Cette pièce sur la fin de la vie, et sur la façon dont on peut l’annoncer à ses proches, est d’autant plus intéressante que ses thématiques ressemblent douloureusement à celles qu’a connu Jean-Luc Lagarce, mort à moins de quarante ans du SIDA. Cette pièce approche donc l’idée de la nécessité et de l’impossibilité de faire ses adieux.

Le décor est constitué de tables renversées empilées les unes sur les autres pour former un amas, une pile qui s’élève. Les tables, qui sont des lieux de communication, sont détournés de leur utilité première, et symbolisent ainsi le manque de communication qui caractérise la famille. De plus, cette construction pyramidale rappelle l’absence du père (qui siège traditionnellement au sommet, à cette époque), une mort qui semble avoir traumatisé et transformé les relations fraternelles. Le décès de son père apparaît avoir eu un très gros impact sur Louis, qui a quitté sa famille. C’est la première fois qu’il revient au sein de celle-ci depuis longtemps.

De façon tout à fait pertinente, le décor est arrangé de façon à ce que des chaises soient alignées d’un côté du plateau. Les comédiens y sont tous assis au début de la scène, et vont progressivement les rejoindre à la fin de la représentation. Ces chaises viennent donc nous raconter l’histoire de cette famille qui est en en quelque sorte en représentation elle-même, et que la venue soudaine de Louis ne perturbe pas durablement.

La communication entre les différents protagonistes semble s’être interrompue complètement. Le texte n’est pas composé de dialogues – sauf à de brefs moments – mais de monologues autocentrés soudés les uns aux autres. Mais en ceci encore, la mise en scène est particulièrement pertinente, puisqu’elle autorise aux différents membres de la famille de se retrouver pour danser autour d’une chanson. Si les mots ne suffisent visiblement pas à transmettre l’appartenance familiale, il semble malgré tout que cette famille existe. Cette interprétation de la pièce de Lagarce n’est donc pas totalement dénuée d’espoir.

© Marie Coulonjou
© Marie Coulonjou

La solitude de l’homme

Cette fresque familiale est encadrée par deux monologues de Louis, le personnage principal, qui ouvrent et ferment la pièce – et par ce procédé on a l’impression que le temps a été annulé, et qu’il ne s’est finalement rien passé, ce qui n’est pas loin de la réalité.

Comme enfermés dans leur douleur propre, les membres de cette famille sont déroutés par la venue de Louis, qu’ils n’avaient pas vu depuis tant de temps. Cette pièce, à l’image de la mort, rend compte de l’impossibilité de revenir – sa famille aime déjà Louis comme s’il était décédé, ils l’aiment tous de loin.

L’ambiance pesante de Juste la fin du monde, est allégée par des notes d’humour fréquentes. Elles reposent notamment sur une ambiguïté de conjugaison. Souvent, les acteurs se reprennent sur l’utilisation d’un temps « tu as eu, non tu as… ». Ce constant mélange du passé, du présent, qui semblent corriger l’emploi du futur, rappellent la mort de Louis, et l’on a donc l’impression que les membres de la famille ont tous l’intuition de ce décès. La mère sort de sa poche régulièrement un mouchoir avec lequel elle joue. Témoignage de sa tristesse à venir, ce mouchoir est également un témoignage de ses angoisses actuelles. Le texte, qui marche également grâce aux répétitions, donne l’impression au spectateur d’être pris au piège dans un cercle de non-communication.

Une pièce intéressante, rajeunie par une mise en scène qui profite pleinement de l’absence de didascalie du texte de Lagarce. Sombre, ce thriller psychologique vous tiendra en haleine.

Adélaïde Dewavrin

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