Adultère de Paulo Coelho : un remède éventuel à l’ennui d’une vie de couple ? Pour Françoise Engler, c’est le coup de coeur

Paulo Coelho est né le 24 Aout 1947 à Rio de Janeiro, au Brésil, sa famille appartient à la classe moyenne brésilienne. Il étudie dans une école jésuite de San Ignacio. Ses parents le destinent à des études d’ingénieur pour suivre le chemin du père, dont c’est le métier. Mais l’auteur est un enfant rebelle et indiscipliné. Ses parents ne le contrôlent pas et décident de le faire interner en psychiatrie à l’âge de dix-sept ans. Il en sort à vingt ans. Paulo Coelho ne garde aucune rancune vis-à-vis de son père et sa mère pensant que ces derniers ont agi pour le bien de leur enfant. Trois ans plus tard, il part voyager à travers différents pays : Pérou, Mexique, Bolivie, Chili, Afrique du Nord et Europe. Il participe activement au mouvement hippie en abusant de tous ses excès : sexe, drogue et rock’n roll. A vingt-cinq ans, de retour au Brésil, il compose des chansons pour des musiciens tels que Raul Seixas. Il est accusé d’opposition au régime dictatorial brésilien et se retrouve incarcéré brièvement. Il reprend le chemin de la confession catholique suite à sa rencontre avec son épouse, Cristina, artiste peintre. Depuis une petite dizaine d’années, il réside à Genève en Suisse. Une partie de ses revenus est reversée à sa fondation domiciliée à Rio de Janeiro au Brésil. Elle vient en aide aux jeunes et aux personnes âgées délaissées.
En 1987, il abandonne la carrière d’interprète et ne se consacre plus qu’à l’écriture. Son deuxième roman L’alchimiste le rend célèbre dans le monde entier. Il sera traduit dans 53 langues étrangères et vendu à 65 millions d’exemplaires. Il enchaîne les romans, parmi les plus conuus, se trouvent Maktub, La Cinquième Montagne, Manuel du guerrier de la lumière, Véronika décide de mourir, Le Zahir, La Solitude du vainqueur, Aleph, Le Manuscrit retrouvé, Adultère. Aujourd’hui il dépasse les 165 millions d’exemplaires vendus à travers le monde, traduits dans environ 80 langues étrangères. Il a reçu de nombreux prix internationaux prestigieux. Il est membre de l’académie des lettres brésiliennes depuis 2002 et « messager de la paix » des Nations Unies depuis 2007. Il est l’auteur qui compte le plus grands nombres de fans, trente millions, sur les réseaux sociaux.
Ces thèmes d’écritures favoris sont religions, courants philosophiques, mysticisme, spiritualité, méditation, etc. L’écriture de ces romans, directe, dans un langage aisé, permet de toucher un vaste public de lecteurs quelle qu’en soit la culture, la religion et le milieu social.
Adultère, traduit par Françoise Marchand Sauvagnargues et paru en mai 2014, est le dernier roman de Paulo Coelho. Le romancier plonge cette fois-ci dans les méandres de la psyché féminine.

photo de couverture coelho

L’amour coûte que coûte

Linda, 31 ans et deux enfants, est journaliste et mariée à un homme merveilleux, patron d’un fond d’investissements suisse en évolution perpétuelle. Ils font partie des familles les plus riches du pays et habitent Genève. Linda est sur le chemin d’une carrière journalistique très prometteuse, elle voyage à travers le monde et côtoie des personnalités différentes. Pour son entourage proche, sa vie se rapproche de la perfection.
Mais l’ennemi juré d’un couple pointe le bout de son nez : l’ennui.
Linda souffre, de plus en plus, de devoir faire semblant d’être heureuse. Quelques dizaines d’années de vie commune lui pèsent et la propulsent lentement dans le monde de la dépression. Elle se sent emporter par un tourbillon d’indifférence et d’apathie grandissants et glisse dans les méandres des émotions perdues. Des tonnes de questions rythment ses journées en remettant en cause sa condition de femme au cœur imperméable. Jusqu’au jour où une rencontre inattendue va changer le cours de sa vie.
Dans le cadre de son travail, elle doit faire l’interview d’un homme politique, Jacob König, futur membre du conseil d’état suisse. Linda découvre avec une certaine joie que son interlocuteur est en fait un ancien amour d’adolescente. A ce moment précis, elle sent montée en elle une bouffée d’hormones, réveillant un désir immédiat pour cet homme. A la fin de son interview, l’attirance est à son comble. Profitant d’un moment où Köning est seul, elle ose un geste sexuel qui la surprend et la conduit tout droit dans une relation adultérine. Perturbée par son acte, elle est en proie à diverses batailles intérieures. Elle consulte plusieurs psychologues, chaman cubain jusqu’à un dealer qui refuse de lui vendre de la drogue en se lançant dans une leçon de morale.
Jacob, ayant le feu politique en poupe, est constamment sous les projecteurs et doit user de milles subterfuges pour ne pas être pris en flagrant délit d’adultère. Surtout qu’il est marié lui aussi et sa vie avec sa femme parfaite, Marianne, lui sied à ravir. La plupart des hommes rêverait d’avoir ce style de femme : belle, intelligente, dévouée, etc.

La passion de Linda pour Jacob s’installe au fil de leurs rencontres mais pour lui les choses sont différentes. Il ne voit en elle qu’une relation sexuelle et ne veut pas gâcher son mariage parfait pour elle. Pendant cette période, le mari de Linda redouble d’attention et cherche par tous les moyens à aider sa femme, fermant les yeux sur ce qu’il subodore. Son seul but est de retrouver la femme qu’il continue à aimer.
Pour Linda, cette relation vire à l’obsession et exacerbe sa jalousie à l’extrême. Ces réactions deviennent incontrôlables et son comportement en est affecté. S’ensuit alors un vrai festival de grands écarts entre illusions et désillusions ponctués de scènes sexuelles torrides.
Un saut dans le vide, depuis un parapente, vient terminer le récit et surtout amène une solution, LA solution à Linda mettant ainsi un terme à ses états d’âmes.

adultère Pailo Coelho

Le questionnement sur l’ennui au sein d’un couple passé au crible

L’auteur aborde l’ennui dans un couple à travers Linda. Le rendez-vous avec le destin de son personnage principal est aisément perceptible grâce à l’expression détaillée des émotions. La protagoniste réfléchit tout haut en exprimant ses propos à la troisième personne, un peu comme si elle était allongée sur un divan en étroite conversation avec son psychologue. Ce procédé d’écriture met le lecteur dans les confidences de Linda. On se sent investi par son désarroi par le biais de mots couchés sur les pages de ce roman. Paulo Coelho montre la routine des couples d’aujourd’hui, happés par une société où les sentiments amoureux se font et se défont à la vitesse de la lumière. Les mots employés sont simples et faciles de compréhension mais les scènes de sexe décrites sont parfois un peu osées et crues. Le rythme est parfois un peu lent, itératif voire redondant.
Le sujet choisi semble a priori un peu banal mais a le mérite de figurer dans les thèmes favoris de l’auteur, et beaucoup de femmes se reconnaîtront en Linda. Les autres, épanouies, le vivront comme une offense à leur lumière intérieure. Un regard féminin écrit par un homme ! On peut souligner l’analyse brillante de l’auteur sur la quête du bonheur en passant par l’adultère pour finalement se recentrer sur l’essentiel. On passe allègrement des ténèbres à la lumière en tombant dans « le très bas » pour remonter « vers le très haut », comme le démontre le récit par ses éternels allers-retours émotionnels pour finir en véritable apothéose sentimentale. Une sorte d’ascenseur qui monte et descend sur l’échelle de la vie quotidienne. Le récit est également ponctué d’un peu de culture, parfois maladroite, sur la Suisse particulièrement sur Genève et ses habitants.

Françoise Engler

4 pensées sur “Adultère de Paulo Coelho : un remède éventuel à l’ennui d’une vie de couple ? Pour Françoise Engler, c’est le coup de coeur

  • 22 juillet 2014 à 20 h 58 min
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    Siempre encontraré el tiempo para perderme en los paisajes, ideas y personajes. Es un agasajo.

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  • Ping : Adultère de Paulo Coelho : un rem&egrave...

  • 26 novembre 2014 à 11 h 55 min
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    « se recentrer sur l’essentiel » ? Mouaif, une fin digne de Coelho, où la morale chrétienne écrase toute velléité de sortir des sentiers battus. La droite route tu dois suivre et tu suivras, voilà pour lui la recette du bonheur. Qu’importe si cela paraît artificiel, si cela ne reflète guère le monde réel, l’héroïne va à la fin balayer craintes et doutes dans une révélation lumineuse et totale, quasi Divine, pour tout dire un miracle. Ni intéressant, ni crédible.

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    • 30 décembre 2014 à 18 h 38 min
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      Donc partant de votre analyse, si on dit à un voleur ne vole pas c’est pas moral. Que le voleur continu de voler nous sommes dans la réalité! Un voleur ne pourrait pas se remettre en question ses actes?

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