Alice’s Adventures in Wonderland, une interprétation pleine de fraîcheur

La Compagnie des Enfants sauvages est fondée en 2013 par Timothée Moynat ; il adapte des textes classiques ou contemporains à travers la technique du cut-up : il part d’un texte original, qu’il découpe en fragments aléatoires. Il réarrange ensuite ceux-ci pour produire un nouveau support pour ses pièces. C’est ce procédé artistique qu’il met en place pour créer Alice’s Adventures in Wonderland, qui se joue du 18 au 28 février 2016 au théâtre Le Carré 30.

Une histoire attachante 

Alice, une petite fille anglaise de sept ans, se questionne sur le monde qui se trouve en face d’elle, de l’autre côté du miroir, semblable au sien, mais différent. En effet, elle y voit des livres, mais qui sont écrits à l’envers. Et puis, à force de s’agiter autour du miroir, Alice finit par tomber à travers. Elle atterrit dans un monde étrange, absurde, dans lequel les apparences sont plus importantes que le reste : un lapin qui est terriblement anxieux de retrouver ses gants blancs et son éventail pour aller à la soirée d’Alice, et les accessoires sont devenus plus nécessaires que l’indispensable (on note en passant que le costume de lapin est particulièrement réussi). La reine rouge dit à Alice : « soyez ce que vous semblez être ».
La scène se déroule sur un échiquier géant, et pour qu’elle devienne reine, Alice devra franchir huit étapes, qui correspondent à huit carreaux de cet échiquier. Le décor, quoi que simple, nous invite à entrer dans ce monde parallèle, et de sa simplicité même découle une forme de sincérité.
Cette représentation n’est pas précisément drôle, mais de nombreuses pointes d’humour se retrouvent cachée à l’intérieur de la mise en scène ; ainsi, la voix est déformée de l’autre côté du miroir, et les personnages du pays merveilleux parlent avec un accent anglais en français voire en anglais – comme si, en traversant le miroir, on traversait la Manche. De plus, l’intervention du caterpillar (de la chenille), qui arrive en pyjama et fume la chicha, provoque le rire, mais pas autant que la berceuse que chante la jeune Alice pour endormir les reines : « une chanson douce, que me chantait lapin blanc, en suçant mon pouce, je m’endors en le cherchant ».

©Amélie Coudurier
©Gilles Aguilar 2015

Une plongée dans le rêve, le double et la folie

On se questionne tout le long de la pièce sur la nature du pays des merveilles qu’Alice découvre en traversant le miroir : est-ce un monde absurde parallèle au notre, un rêve de la petite fille, ou est-ce une construction de l’esprit du caterpillar, et dans ce cas Alice n’existerait que tant que celui-ci ne se réveille pas ? Comme le monde imaginaire, la pièce passe comme un songe, fantastique et absurde. La folie se mélange au rêve, car comme le dit le reflet d’Alice, « nous sommes tous fous ». Et le reflet est devenu une réalité tangible, qui à la fin essaye de prendre la place de l’original.
Alice tombe dans le miroir, et décide de jouer le jeu, et de croire en ce monde absurde ; elle croit en l’existence de cet univers, puisqu’elle montre, malgré son envie de rentrer chez elle, une volonté à sauver le lapin blanc, qui va être condamné pour un crime qu’il n’a pas encore commis. La mise en scène met l’accent sur cette absurdité, et tout en étant émerveillé par ce qui se trouve de l’autre côté du miroir, et par l’absence de règles qui régit ce monde, nous sommes contents du monde ordonné dans lequel nous nous trouvons, et du côté moins aléatoire de la justice.

©Carre30.fr
©Carre30.fr

Les personnages de Wonderland ont une mémoire de ce qui se passe dans le futur. Cette notion absurde peut nous paraître même dangereuse, parce qu’elle supprime le libre-arbitre de ses habitants, qui ne veulent pas intervenir contre le cours des événements. On pense notamment à l’amusant épisode où la reine prédit qu’elle va saigner du doigt, et qu’elle crie en prévision du mal qu’elle va avoir, tout en n’essayant pas de prévenir le mouvement qui, elle le sait, va la blesser.
Alice est amusée, puis angoissée par l’absurde ambiant de Wonderland. Elle cherche à donner un sens à cet espace qui n’en a pas. Le savoir qu’elle a acquis dans le monde réel ne lui sert pas à pouvoir donner des réponses aux reines blanche et rouge quand elles lui posent des questions (comme par exemple, ce qu’il reste quand on soustrait un os à un chien). De plus, quand elle essaye de se rappeler de ce qu’elle a appris, « les mots changent » : la parole dépasse la pensée, et ce qu’on sait par cœur perd de son sens.
Mais Alice prend ce rêve trop au sérieux, alors que pour les personnages, il ne s’agit que d’un jeu : le lapin lui dit : « It’s just a joke, no one is properly executed » (ce n’est qu’une blague, personne ne se fait véritablement exécuter).
Ponctué d’intermèdes musicaux entraînants, la pièce est jouée avec beaucoup de fraîcheur, notamment par les deux jeunes Alice. Il faut aller la voir !

Adélaïde Dewavrin

Une pensée sur “Alice’s Adventures in Wonderland, une interprétation pleine de fraîcheur

  • 2 mars 2016 à 14 h 52 min
    Permalink

    he did. He was captured bu the red gudras and then later on you saw him in the gardens of the red queens castle working for her. And you herd his voice before she enters wonderland through the door.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *