Amitié, loyauté, révolution : Camarades  de Shaïne Cassim

Shaïne Cassim est une auteure contemporaine, née à Madagascar, mais qui publie ses romans en France. Quoiqu’on considère en général qu’elle s’adresse aux adolescents en priorité, ses livres abordent des sujets universels, notamment la souffrance de vivre, d’une façon très adulte, mêlant douleurs et joies, tristesse et amitié.

Avec Camarades, publié en février 2016 à l’école des Loisirs, Shaïne Cassim nous raconte les destins croisés d’Evgueni, Eulalie, Gisèle et Eddie, des adolescents venus de Paris, de province, d’Angleterre et de Russie, qui se rencontrent dans la Ville lumière, pour échapper à leur destin, à la veille de la guerre de 1870 contre la Prusse.

Une apologie de la camaraderie

AVT_Shaine-Cassim_8376Les quatre adolescents sont introduits dans le roman chapitre par chapitre, et l’histoire de l’un s’interrompt pour laisser place à l’histoire de l’autre. Au fur et à mesure du roman, tandis que leurs histoires s’entremêlent, la dissociation des personnages par chapitre s’estompe, jusqu’à la fin où la narration s’intéresse à un adulte, le père biologique d’un des enfants.

Il y a Evgueni, qui survit à peine dans un goulag sibérien, dans lequel il a été envoyé puisque son père a écrit un poème contre le Tsar, et qui s’enfuit et veut rejoindre la France. Mais il y a aussi Eulalie, qui s’ennuie dans un petit village normand, et brûle, par dégoût et lassitude, le verger de sa grand-mère, qui l’envoie à Paris. Gisèle, quant à elle, s’échappe de la maison de son père, alcoolique et violent, pour rejoindre Pernille, une femme médecin qui l’aide à se soigner. Ces adolescents, qui souffrent du vide de leur vie, et dans l’inconsistance du quotidien, ou qui souffrent  de la brutalité et de la violence des hommes, décident de se lever pour fuir une certaine image de la mort qui les menace, et pour se réconcilier avec eux-mêmes. Et cette détresse commune se transforme en amitié. Les quatre personnages principaux du roman proviennent de milieux sociaux différents, ils ont des histoires très différentes, et des comportements très différents. Contrairement à ce que ce mot laisserait supposer, le mot ne fait pas référence au communisme, quoiqu’il soit également question de révolution dans le livre. Il s’agit d’un roman sur l’empathie, sur la douleur et la camaraderie qui peut aider à surmonter les épreuves.

Ils ont tous une souffrance différente, qui se manifeste différemment, mais finalement, même leurs caractères sont très différents. Il ne s’agit pas là d’un roman sur le communiste, mais plutôt un roman sur l’empathie, sur la douleur et la camaraderie qui peut en ressortir.

On pourrait reprocher aux dialogues d’être un peu métalliques ; la description de la souffrance oscille entre une représentation trop explicative pour sonner juste, et une dynamique mécanique, basée sur des phrases courtes et comme interrompues, qui pourraient servir l’empathie, mais qui est trop évidente pour vraiment nous faire souffrir avec les personnages. Mais le style général du roman est plaisant, et la lecture facile.

Un contexte historique

41lFbG21NLL._SX195_L’auteure a choisi de placer son œuvre dans un contexte historique précis : la France, et plus exactement Paris, à la vielle de la guerre franco-prussienne de 1870. Certains anachronismes, récurrents dans le texte, peuvent agacés les plus historiens d’entre nous. De plus, les personnages ne cadrent pas toujours avec la charpente historique avec laquelle on les a construits : ainsi, il serait étonnant à cette époque de connaître une jeune paysanne sachant lire parfaitement, dont la mère aurait quitté le nid familial pour reconquérir une indépendance de cette manière – mais il serait également étonnant de retrouver dans les hôpitaux parisiens des femmes médecins… Ces cas semblent bien exceptionnels, et en aucun cas représentatifs, et on peut se demander les raisons pour lesquelles l’auteure a choisi cette époque pour implanter son récit – peut-être pour nous démontrer la modernité de la pensée révolutionnaire d’alors, ou pour insister sur le fait que l’humanité ne change pas, n’évolue pas dans son essence ? En tous cas, on remarque à la fin du roman l’exploitation d’évènements historiques ponctuels, notamment de l’épisode sanglant de la Commune à Paris, qui servent à insister sur un amour pour la jeunesse et une haine pour la politique.

On a particulièrement apprécié, dans ce roman, le personnage de l’aubergiste de « Second Chance », qui se fait appeler différemment en fonction de son humeur (Selma, Sophie…) : son prénom devient un moyen de faire passer ses émotions, un vecteur de communication directe – et symboliquement, c’est très fort : les sentiments qui la caractérisent lui donnent une identité au sein du roman.

Camarades est un livre facile à lire, simple, mais qui traite de la souffrance d’une manière intéressante et qui plaira particulièrement aux adolescents.

Adélaïde Dewavrin

 

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