Amphitryon, quand les astres descendent sur Terre

Le Molière des Célestins se pose sur Lyon en ce début d’année 2017. Chaque année le théâtre de la presqu’île lyonnaise accueille une pièce de Molière, cette année, c’est au tour d’Amphitryon, mis en scène par Guy Pierre Couleau, d’être présenté sur les planches de notre métropole. Du 17 au 28 janvier 2017, Clémentine Verdier, plutôt habituée au TNP car ancienne membre de la troupe du théâtre, foule les planches des Célestins – Théâtre de Lyon dans le rôle d’Alcmène pour notre plus grand plaisir.

Amphitryon, le plus grand et pathétique cocu du théâtre

© D.R.
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Alcmène est la mère d’Hercule, ce qui signifie qu’elle a eu une aventure avec Jupiter. Afin de séduire les mortelles qui lui plaisent, le dieu latin aime se travestir, cette fois-ci, c’est en prenant l’apparence du mari d’Alcmène qu’il réussit à la mettre dans son lit. De fait, Alcmène n’a pas l’impression de tromper son mari et Jupiter peut satisfaire son appétit sexuel. Seul problème, Amphitryon rentre le lendemain de l’affaire et ne comprend pas comment sa femme a pu coucher avec lui la veille alors qu’il n’était pas là. Les deux se querellent et ne comprennent pas les réactions de l’un et de l’autre. Amphitryon finit par découvrir que quelqu’un a pris son apparence, ses biens, et sa vie. Au bord de la folie, l’usurpateur finit par lui révéler qu’il est Jupiter et que de fait, il n’a rien à dire et doit même être content de son sort, laissant le pauvre homme sans réaction. Avec cette pièce, Molière s’attaque évidemment au problème du cocuage très présent dans ces pièces mais aussi et surtout à la religion. Sous couvert de parler de dieux romains dont il dénonce les agissements et la cruauté envers les hommes, il critique la religion chrétienne ainsi que le pouvoir en place. Il invite ses contemporains à réfléchir sur le sens des actions divines/royales et de ses représentants/sa Cour en expliquant que tout ce que fait Dieu/Le roi n’est pas forcément que bon ou miséricordieux. Dieu/Le roi peut être cruel comme l’étaient les dieux romains tels que Jupiter qui manipule les sentiments d’Alcmène ou tourmente le pauvre Amphitryon qui en perd son honneur, ou Mercure qui essaie de faire douter Sosie de sa propre identité, lui engendre des problèmes avec sa compagne et le « rosse de coups ». Les dieux semblent omnipotents et c’est ce qui les rend dangereux, sous prétexte d’un divertissement ou d’une frivolité, ils se permettent de détruire des hommes ou des femmes et ils doivent être reconnaissants.

© André Muller
© André Muller

La danse des astres

© D. R.
Mercure © D. R.

Comme chacun sait, les planètes ont été nommées à partir des noms des dieux romains. Mercure et Jupiter, en plus d’être des dieux, sont aussi des planètes, tout comme la Lune, aussi présente dans cette histoire. Partant de cette idée, Guy Pierre Couleau a décidé d’inscrire sa pièce dans une dimension cosmique, probablement pour la rendre plus atemporelle. Les planètes habillent le plateau. Les dieux évoluent au milieu d’elles tandis que les humains restent bien en dessous, insistant sur le fait que ce sont bien les dieux qui ont la main et mènent la danse dans ce monde. Le décor est donc assez intéressant à la différence des passages dansés entre les actes. À part permettre à la pièce de gagner une dizaine de minutes en tout, cela n’apporte pas grand chose sinon un peu de comique, mais était-ce vraiment nécessaire ? La situation de malentendu chez les humains est déjà assez cocasse, tout comme le fait que Sosie se fasse battre par Mercure qui l’invective pour qu’il renonce au nom qu’il porte. D’ailleurs l’utilisation d’un épouvantail représentant Sosie pour le battre est hilarante et montre la démesure et le ridicule des dieux. En donnant à Mercure une « poupée vaudou » qui lui permet de blesser quelqu’un sans le toucher, le metteur en scène lui confère réellement le pouvoir d’un dieu qui n’a pas besoin de se déplacer ou du moindre effort pour contrôler la vie des hommes et les blesser. À l’exception des danses, la mise en scène de Guy Pierre Couleau est bonne. Les acteurs excellent dans le jeu outrancier et burlesque. Le travail sur la gestuelle et les expressions exagérées du visage est impressionnant et crée un véritable dynamisme dans la pièce.
Les personnages identiques portent les mêmes vêtements mais sont clairement identifiables afin qu’on sache chaque fois qui est la dupe.

« Sur de telles affaires, toujours / le meilleur est de ne rien dire », Molière

Parce que Sosie nous y invite en conclusion de la pièce, nous ne dirons rien de plus sur cette mise en scène mais elle mérite le détour ! Elle permet de découvrir une pièce moins connue du dramaturge classique et de rire de bon cœur devient les réactions et les bouffoneries effectuées par les personnages.

Jérémy Engler

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