Andromaque, tragédie modernisée au théâtre de l’Oulle

Du 8 au 30 juillet, dans le cadre du festival Off d’Avignon, le théâtre de l’Oulle propose une version très modernisée d’Andromaque à 17h10 les jours pairs. Succès du Off de l’an dernier, la compagnie Viva présente de nouveau ce spectacle théâtral très audiovisuel !

Une mise en scène cinématographique épurée

La compagnie Viva, par l’intermédiaire d’Anthony Magnier, le metteur en scène attitré de la compagnie, présente pas moins de quatre spectacles en Avignon cet été dont Andromaque, joué en alternance avec Othello. Tous les spectacles de la compagnie ont une esthétique similaire, à savoir la mise en avant du corps, un décor épuré et la volonté de rendre hommage au texte tout en cassant certains codes…
La mise en scène particulièrement moderne donne une esthétique cinématographique symbolisée par les stroboscopes au début de la pièce qui montrent les comédiens dans une pose puis dans une autre sans que l’on voit leur déplacement, comme des coupes au cinéma. Le fond de la scène renvoie aussi à cette esthétique puisque souvent, un rideau noir est tiré laissant apparaître une lucarne de lumière, pouvant faire penser à une télévision. Cet « écran » s’agrandit d’ailleurs ou se réduit selon les scènes. Les costumes très modernes et l’absence de lumière ambiante nous donne l’impression d’assister à des scènes de séries télés.
L’ambiance est sombre et pesante signifiant l’oppression de ces personnages en proie à leur passion. Le fait que Nathalie Lucas joue tous les confidents qui tentent de sauver leurs maitres ou maitresses renforce cette idée que rien ne peut entraver le cours de la tragédie. Elle essaye de tous les sauver, de les convaincre de renoncer à leurs projets, mais rien n’y fait. Cette personne semble être la plus lucide sur le plateau et c’est celle que personne n’écoute… La roue du destin est en marche et l’obscurité gagne les personnages notamment Hermione qui finit par danser sous une pluie de cendres, symbolisant la perte de son amour pour Pyrrhus et la destruction de son monde. Elle sombre dans la folie, dès lors qu’elle commande à Oreste de tuer un Pyrrhus qui la délaisse. Ces cendres sont d’ailleurs mises en branle à la fin de la pièce comme pour indiquer la tempête qui vient de passer sur leur vie…
Cette vie aurait pu être pure et propre comme l’est le mannequin qui trône nu au fond de la scène. Il est dévêtu par Hermione lorsqu’elle sort de son bain puis reste là et assiste immobile, impassible, à tout ce qui se passe. Il semble à la fois être le juge et témoin de l’horreur de la passion mais aussi l’idéal de pureté et de noblesse vers lequel auraient dû tendre tous les personnages.
Toute la mise en scène a pour but de montrer l’abandon à la passion et ses conséquences tel que le voulait Racine dans son texte.

© Compagnie Viva
© Compagnie Viva

Et le texte de Racine dans tout ça ?

Pour pouvoir jouer Andromaque en 1h35, il faut inévitablement faire des coupes. De nombreuses coupes sont effectuées mais les passages clés de la tragédie sont évidemment conservés et très bien joués. On retrouve Andromaque fidèle à son défunt Hector, aimée par Pyrrhus, aimée d’Hermione, aimée d’Oreste et à quel point les jalousies sont causes de souffrances !
Souvent les morceaux tragiques d’une pièce sont interprétés dans les cris à outrance ou en faisant des gestes exagérés pendant le texte dans le but de parvenir à montrer les tourments ressentis par les personnages. Dans cette mise en scène, les cris outranciers ne sont pas légions donnant une noblesse et un côté solennel au texte. Les moments de tortures physiques sont évidemment présents mais interviennent le plus souvent à la fin d’une scène et non pendant la tirade, rendant grâce à la poésie de la langue racinienne. Ces tourments extrêmes saisissent la plupart des personnages, sauf Andromaque qui tente de rester noble voire distante dans tous ses choix et paraît un peu fade à côté d’Hermione.
Si le personnage d’Oreste est un peu moins convaincant que les autres, en raison de sa posture quelque peu dandinante, l’énonciation des comédiens est excellente et le texte de Racine s’insinue admirablement dans nos oreilles pour nous livrer sa poésie et sa douleur la plus pure !
Même incomplet, le texte reste puissant, le sens reste cohérent et on ne peut que féliciter la compagnie Viva et son metteur en scène pour cette jolie partition dont la modernité saura vous conquérir !

Jérémy Engler

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