Angoisses maternelles au naturel

Au théâtre des Lucioles ce mois de juillet, allez découvrir tous les jours à 15h45 au festival OFF d’Avignon C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde, un texte et une mise en scène de la Compagnie Les filles de Simone. Tiphaine Gentilleau, Chloé Olivières et Claire Fretel ont été sacrées l’année dernière « Coup de cœur du club de la presse off 2016 ». Ce spectacle féministe est amusant, juste et pertinent !

Une belle pièce, un beau texte
Le ton est ironique et pinçant, et l’on rit tout au long du spectacle. Les comédiennes ont souvent recours à des accessoires dont elles dénaturent, où multiplient l’utilité. Le panneau SDB, salle de bain, devient une pancarte SDB que Chloé s’accroche sur le front quand elle interprète Simone de Beauvoir.

©Giovanni Cittadini Cesi
©Giovanni Cittadini Cesi

On sent que ce texte est né d’une improvisation, parce qu’il se déroule de façon très naturelle, sur un ton toujours juste, jamais de façon guindée. Les comédiennes et auteures, très sympathiques, font participer – passivement – le public. Elles nous donnent vraiment un spectacle, et sans nous faire monter sur scène pour nous faire faire la roue, elles réussissent à nous prendre à parti personnellement sur les conséquences d’une grossesse pour une femme. Les deux comédiennes en scène, Tiphaine Gentilleau et Chloé Olivières, ouvrent le spectacle avec le résultat d’un test de grossesse positif. Quoi que celle-ci soit désirée, la réaction de la future mère est ambiguë. Elle crie : de joie, de désespoir ? Les deux. En effet, cette pièce vise à montrer la difficulté de ce que c’est qu’être mère. « Les filles de Simone » est une compagnie remarquablement nommée, puisque ses membres dépassent la pensée de Simone de Beauvoir, et démontrent que la relation enfant-mère n’est pas nécessairement une relation de soumission à sa condition pour la femme.

Ceci n’est pas un portrait de mère modèle :
C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde repose sur un charmant paradoxe : tandis que les deux protagonistes tentent d’expliquer à quel point il est compliqué de mettre des mots sur la maternité, elles réussissent à brosser un portrait juste et touchant des angoisses maternelles. Elles décrivent ainsi l’inconsistance des différents propos tenus aux femmes enceintes. Avec des listes de recommandations médicales interminables et liberticides, on tombe dans l’absurde. La femme enceinte semble être dépossédée de son corps, et les comédiennes poursuivent l’idée que l’enfant est au centre de toutes les préoccupations, tandis qu’on laisse la femme errer et douter. Décomplexante, cette pièce montre que devenir mère s’apprend, et que grossesse et maternité sont loin d’être des parties de plaisir, quoi que l’on puisse ressentir pour son enfant.

©Giovanni Cittadini Cesi
©Giovanni Cittadini Cesi

Entre charge mentale et discriminations au travail :
Sans s’opposer aux hommes, avec ironie et pertinence, C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde parle également des problèmes de discriminations que le monde théâtral leur fait connaître. Visiblement, il est très dur d’être à la fois mère et actrice, et la metteure en scène que les comédiennes imitent paraît hypocrite, peu arrangeante et, finalement, assez sexiste. La pièce paraît être tissée d’expériences personnelles, ce qui en fait un texte très intime. Mais il conserve malgré tout une portée universelle, confirmée par l’inversion des rôles fréquent tout au long de la pièce : l’une est enceinte, et l’autre metteure en scène, puis l’une est enceinte et l’autre l’aide à accoucher…

Naturel, drôle, franc et intelligent, ce spectacle va bien marcher cette année à Avignon ; donc réservez rapidement vos places !

Teaser pour vous donner l’eau à la bouche…

Adélaïde Dewavrin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *