Les animaux fantastiques : quelques « obscurus » au tableau

Les animaux fantastiques, adaptation du manuel de J.K Rowling et prolongation de l’univers d’Harry Potter, est le premier film d’une saga cinématographique, écrite par Rowling elle-même, et réalisé par David Yates (auquel on doit, entre autres, les quatre derniers films Harry Potter, et approché par la BBC pour réaliser un film Doctor Who – ce détail est important). Les rôles principaux sont tenus par Eddie Redmayne (Norbert Dragonneau), Katherine Waterston (Tina Goldstein), Dan Fogler (Jacob Kowalski), Alison Sudol (Queenie Goldstein) et enfin Colin Farrell dans le rôle de Percival Graves.

Des lourdeurs narratives

205295Norbert Dragonneau (auteur en devenir d’un célèbre manuel scolaire de Poudlard et personnage principal de l’œuvre) débarque en même temps que le spectateur à New York, dans les années 1920, période où la prohibition était encore en place. Muni d’une « simple » valise, il se plante dans une foule, attirée par un discours de haine porté par un gourou prêchant pour la mort des sorciers et sorcières. Dans cette foule, au même moment, se rencontrent Dragonneau et Jacob Kowalski, – un moldu ou plutôt Non-Maj’ – qui, par la force des choses, vont devoir se suivre pendant quelques tours de magie. Ces tours sont rapidement repérés par Tina, ancienne Auror (comprendre « agent du FBI du ministère de la magie ») et emmenés dans l’équivalent américain du ministère de la magie : le CoMUSA. Dragonneau est accusé d’avoir libéré des animaux fantastiques, maintenant visibles par les moldus, dont un gigantesque, mortel, et ce dans le but de provoquer une guerre moldu/magiciens.

Ce paragraphe est volontairement dense, et pour cause : la narration va dans tous les sens. On a trois antagonistes principaux (une sectaire, un monstre géant et un terroriste), une pelleté d’intrigues et de sous-intrigues qui servent souvent l’univers, mais cassent souvent le rythme général du film, des personnages secondaires fascinants parce qu’adjuvants qui « n’existaient pas » jusqu’ici dans l’univers (Kowalski/Queenie Goldstein) mais des personnages principaux et antagonistes archétypaux… À ce sujet, mention spéciale au personnage de Dragonneau, qui n’est rien d’autre qu’un pastiche de Doctor Who (personne à qui on ne saurait donner d’âge, qui dispose d’un gadget portable qui permet d’avancer dans l’intrigue, qui accorde de l’importance à chaque vie, et qui dispose d’une valise qui est « plus grande à l’intérieur », pour ne pas dire d’un zoo portatif.). Les amateurs de media anglais adoreront ou détesteront ce choix d’un personnage entre le docteur de Tennant et de Matt Smith, mais tous adhéreront probablement à l’humour du film.

© Warner Bros France
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Un univers fantastique

La narration est irrégulière et les personnages parfois raté, mais l’univers est fascinant. Je ne suis pas un amoureux d’Harry Potter, mais j’ai toujours adoré l’univers, quand on excepte de celui-ci les quelques éléments placés là pour être des deus ex machina (le retourneur de temps et la potion felix felicis par exemple) : il est d’une richesse et d’une cohérence incroyables. Vous connaissiez les codes de la magie anglaise ? Réapprenez les habitudes, les lois et les évolutions du vocabulaire des États-Unis. Mention spéciale au « permis de port de baguette » étatsunien, aux boîtes de jazz dissimulées, propriétés de gobelins mafieux, ou à la ségrégation mage/Non-Maj’ poussée à son paroxysme.

On est aussi surpris par les designs nombreux des « animaux fantastiques », pour la plupart très inspirés et dotés de leurs caractéristiques propre… bien que participant rarement à une réelle intrigue ; ils sont souvent plutôt des moyens de gagner des minutes de film voire des set-up, des éléments placés au début du film pour permettre la résolution de quelques intrigues par la suite.

© Warner Bros France
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Un film canonique

Tous ces éléments rendent le film canonique ; le contraire aurait été étonnant étant donné que J.K Rowling elle-même a écrit le scénario. Il est un spin-off exemplaire à ce titre : les clins d’œil aux romans sont légers, et ses qualités (ou défauts) ne viennent pas de l’histoire du « garçon qui a survécu ».

Le réalisateur, quand il ne définit pas son personnage principal comme un nouveau Doctor, sert très bien le récit : on n’est jamais perdus pendant les scènes d’action (malgré l’abondance de transplanage, qui rythment très bien les scènes), les confusions sont rares, et la New-York des années 1920 a son identité. Les animaux bénéficient de plans soignés, et il est dommage que la 3D ajoute un flou qui gomme légèrement les détails des créatures. Si un défaut devait être relevé, ce serait le traitement de la grande scène de fin, qui constitue un climax spectaculaire trop hollywoodien pour un film à l’esprit très anglais.

Pour résumer, Les animaux fantastiques reste un très bon film, qui plaira à coup sûr à tous les fans d’Harry Potter. Il conserve l’univers de la série mais s’affranchit des personnages du roman, et ses quelques défauts sont inhérents à la narration (les « animaux fantastiques » ne sont pas le centre de l’intrigue, mais juste des ficelles scénaristiques) et à certains personnages, parfois originaux et rafraichissants, parfois trop souvent vus. Si vous n’avez pas peur des scénarios qui peuvent aller dans tous les sens, si vous êtes fans de Rowling ou d’humour anglais : n’hésitez pas une seconde !

Jordan Decorbez

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