Découvrez la forêt Aokigahara avec Gauthier Hertzler

Dernière interview des Coups de théâtre de Lyon 2, celle de Gauthier Hertzler, auteur, metteur en scène et comédien de la pièce Aokigahara, référence à une forêt japonaise. Celle-ci fait suite à celle de Clara Sandoz pour Cendrillon, ou celle d’Emma Topsy pour Brume de printemps.

Bonjour Gauthier Hertzler, pouvez-vous vous présenter ainsi que toute votre équipe ?

Je suis étudiant en L3 Lettres Modernes, je fais du théâtre depuis longtemps et j’avais déjà participé l’année dernière à Coups de théâtre avec la mise en scène des Anges en 20 ans qui avait été écrite par Laurie Bien, qui s’occupe cette année de la direction d’acteurs pour Aokigahara. Pour la troupe de L’orée, nous sommes des étudiants qui se sont retrouvés autour de ce projet. Je les connaissais tous d’avant, à part Grégoire Plancher qui s’occupe des lumières du spectacle, qui n’est pas étudiant mais un régisseur professionnel.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est Aokigahara la forêt et Aokigahara votre pièce ?

Au Japon, c’est une véritable forêt où beaucoup de gens vont se suicider. Il y a d’ailleurs eu un film de Gus van Sant dernièrement à ce propos et la pièce que j’ai écrite prend comme toile de fond cette forêt. Le frère et la sœur dont parle la pièce se retrouvent dans cette forêt. Mais le sujet de la pièce n’est pas vraiment la forêt, s’interroger vraiment sur cette forêt, c’est une réflexion sur le suicide et sur les actes et leurs conséquences en général.

Avez-vous été influencé par le cinéma et la bande dessinée dans le choix de ce sujet ?

Non pas vraiment. Le choix vient d’une commande d’écriture qu’on m’avait plus ou moins passée. Luc Bordas m’avait dit qu’il aimerait bien traiter de cette forêt, j’ai donc écrit cette pièce à ce propos. Je me suis renseigné un petit peu, je n’ai pas vu le film de Gus van Sant. J’ai vu des documentaires, un court-métrage d’animation très intéressant sur cette forêt. Je me suis donc forcément beaucoup inspiré de références iconographiques, de photos pour essayer de présenter la forêt comme un toile de fond.

Quelles sont les thématiques brassées dans Aokigahara ?

La thématique du suicide est complètement sous-jacente, elle n’est jamais clairement évoquée. Il s’agissait plus d’évoquer deux visions opposées du suicide, une vision un peu occidentale et très inspirée de la vision judéo-chrétienne, associée à la honte puisqu’on ne peut choisir sa mort, ce serait prendre la place de Dieu et une vision plus orientale, japonaise, où le suicide est plus associé à l’honneur ; puisqu’on a perdu son honneur dans la vie, on le retrouve dans la mort. Les japonais ont été jusqu’à sacraliser une forme de suicide, le seppuku[1]. On retrouve également une autre thématique, celle de l’action : est-ce qu’on la fait pour soi ou pour les autres, et si on la fait pour soi, est-ce que ça n’aide pas aussi les autres peut-être. C’est donc un rapport au monde, comment on s’inscrit dans le monde.

Si on reprend le suicide, les œuvres récentes que ce soit film, bandes dessinées ou jeux vidéo reprennent de plus en plus cette thématique, la dernière référence en date étant 13 reasons why, est-ce qu’il y avait ou est-ce qu’il y a selon vous des tabous dans ce sujet dans l’art ?

Je ne pense pas qu’il y ait des tabous, il y a beaucoup même moins récemment des œuvres qui parlent de suicide, mais c’est vrai que le suicide, principalement dans des œuvres que je connais, donc occidentales, se retrouve marginalisé, même au sein des œuvres qui en parlent. C’est toujours rejeté à la marge.

Mise en scène, écriture et comédien dans votre pièce, comment trouve-t-on le temps et l’énergie de mener à bien un tel projet ?

On fait comme on peut ! Au début je devais juste écrire la pièce. Luc Bordas m’a ensuite demandé de mettre en scène avec lui. J’ai accepté, puis il n’a plus pu continuer, donc j’ai pris la relève et une de mes comédiennes qui jouait un rôle masculin a dû quitter aussi le projet donc à quatre mois de la représentation j’ai dû reprendre son rôle. Donc ce n’était pas un choix de départ de cumuler ces casquettes, ça s’est fait comme ça pour l’aboutissement du projet. Pour trouver le temps, on se débrouille, on fait comme on peut, on ne le trouve pas absolument comme on voudrait, on se libère le plus possible, on dort peu.

Enfin outre les emplois du temps, quelle a été la principale difficulté quant à la réalisation du projet ?

De mon point de vue personnel, ç’a été de reprendre le rôle, parce que j’avais déjà donné des consignes, et rentrer dans ses propres consignes n’est pas du tout facile. Au niveau de la pièce, ç’a été d’expliquer la dramaturgie à l’ensemble des personnes qui participent au projet parce que je voulais faire quelque chose, pas forcément d’ultra contemporain ou quoi que ce soit mais qui ne soit pas forcément du théâtre que l’on voit tous les jours. Je voulais quelque chose d’un peu poétique, une petite évasion. Et donc ça il a fallu le justifier, l’expliquer, montrer comment on pouvait essayer d’y arriver.

Ne manquez pas Aokigahara le 4 mai à 18h à la salle polyvalente de la MDE de Bron, ou le 24 mai à 20h au hangar du 115 avenue Lacassagne à Lyon (n’hésitez pas à réserver auprès de l’ineffable théâtre à ce sujet) !

Propos recueillis par Jordan Decorbez

[1] Plus connu en français sous son nom vulgaire : hara-kiri

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