Appels entrants illimités : un bol d’humour sur notre société !

Du 27 au 29 mai, le Théâtre Nouvelle Génération accueille le Théâtre le Clou et leur pièce Appels entrants illimités. Cette pièce québécoise surprend de par son ton décalé implanté dans certains problèmes de la société.

Un décor sobre, l’humour prend place

L’histoire prend place dans un appartement habité par Anna, Charlotte et Louis. Ce huis-clos découvre leurs caractères, leurs joies, leurs peurs, leurs colères, le tout dans un salon. C’est un salon minimaliste ; une table et sa chaise, un téléphone sur un frigo, les portes des chambres, et enfin la porte d’entrée ; seul lien concret avec le monde extérieur. Cette porte semble mystérieuse presque inquiétante. Cette société menace, humilie mais aussi rapproche les gens. Le décor n’est pas très fourni, mais il permet aux personnages et au texte d’être mis en valeur d’une manière fluide. L’intrigue se déroule sur une durée inconnue mais cela ne se remarque pas car les personnages évoluent dans l’ensemble de la pièce. La pièce est un ensemble de situations cocasses et surprenantes confrontant ces colocataires à se poser certaines questions sur notre société, ses défauts et la place de l’intimité.

Des acteurs surprenants

Cette pièce est un ensemble de dialogues entre les trois protagonistes à la personnalité bien singulière. Il y a tout d’abord Charlotte, qui enchaîne des « date » afin de trouver le grand amour. Elle symbolise les personnes qui utilisent l’autorité ainsi que des propos blessants pour cacher leur peur de la solitude. Son fort caractère est nuancé par un réel souci pour ses colocataires et leu futur. Ce personnage est interprété par la comédienne Catherine Larochelle qui nous livre ici une performance poignante.
Ensuite il y a Anna ; quelle personnage ! Elle nous semble tout d’abord très candide et avec un grand manque de confiance en elle. C’est donc naturellement, selon ses réactions en tout cas, qu’elle se couvre de costumes toujours plus originaux. Elle cherche à découvrir son bonheur tout en souhaitant être regardé, appréciée, applaudie. La comédienne Catherine le Gresley endosse le rôle de l’attachante Anna, et son jeu est impressionnant ! Elle utilise un panel de sentiments un peu plus large que le personnage de Charlotte mais surtout elle joue entre deux émotions assez opposé : la joie enfantine, « Aime s’accorde avec tout le monde. Aime doit toujours être très très pluriel » et l’incompréhension (qui se transforme en tristesse puis en révolte) face à la dureté du monde : « On est dans le chaos. Pis on se protège pour que ça reste beau. »

© Spinprod
© Spinprod

Enfin, voici Louis, l’Homme de la colocation. Louis passe la première partie de la pièce à lire des journaux et à déglutir les informations sans aucun lien en passant par exemple de la guerre à la crise sur la fabrication du tofu. Il lit tellement de mauvaises nouvelles qu’il semble tout d’abord être quelqu’un de très pessimiste, voir dépressif. Cependant, on se rend compte qu’il est inquiet pour le monde ; il se sent concerné par tous les problèmes qu’il lit dans les médias et surtout il ne comprend pas l’indifférence du monde actuel. Cette angoisse le pousse des fois à s’arrêter sur une partie de ses phrases ; « Je sais pas, je sais pas, je sais pas, je sais pas, je sais pas… », voire à ne plus former de phrases mais juste aligner des mots les uns à la suite des autres. Le comédien Jonathan Morier devient un Louis sensible mais aussi courageux auquel il est facile de s’identifier.

Un texte finement écrit

Outre la performance des acteurs, on ne peut nier l’importance du texte. Même si on ne comprend pas toujours les liens qui sont établis dans certains dialogues, il est indéniable que ce texte est très bien écrit, jouant avec les tons et alternant entre enfance et réalisme (de la vie adulte), finesse et extravagance, certaines phrases pénètre le cœur du spectateur. Cette pièce est très dynamique, ce qui lui permet d’exploiter de nombreux domaines : les entretiens professionnels, le cynisme de notre société, le besoin d’air, de simplicité, les liens qui malgré tout se créent et restent fort.

Appels entrants illimités est une pièce simple, en québécois (l’accent n’est pas une barrière à l’humour de la pièce), rythmée, touchante, humaine mais aussi dénonciatrice et critique des défauts du monde d’aujourd’hui.

Camille Pialoux

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