Arsène Lupin, une élégance qui vous ravira, avec charme, quelques sourires

Dans le cadre du festival Off d’Avignon, le Théâtre des 3 Soleils présente la pièce Arsène Lupin, mise en scène par Delphine Piard et interprétée par la compagnie Art-Scène et Cie du 7 au 30 juillet 2016.

Une piste brouillée

Le titre est accrocheur mais quelque peu inexact… On nous présente « une pièce d’après Maurice Leblanc ». S’il est vrai que Maurice Leblanc a bien créé le personnage d’Arsène Lupin, la venue du célèbre cambrioleur au théâtre n’est pas l’œuvre de ce seul homme. Francis de Croisset a grandement contribué à la qualité des répliques de cette pièce montée en 1908. Rares sont, depuis cette date, les projets de création théâtrale autour de ce cambrioleur. Pourtant, le matériau est là et il suffit de suivre le maître ou, comme le fait la compagnie, de s’approprier le texte quitte à en réécrire une partie. Par exemple, dans la pièce d’origine, les Charolais sont plusieurs et Victoire est la complice d’Arsène Lupin alors qu’ici il n’y a qu’un Charolais et c’est Sonia qui devient la complice du cambrioleur alors qu’elle ignore normalement tout de lui au début de la pièce. Si plusieurs autres personnages secondaires disparaissent c’est probablement car la compagnie manquait d’acteurs pour tous les jouer. Mais la force de l’adaptation de Delphine Piard est que justement, tout se tient. Malgré les coupes, la pièce ne souffre d’aucune incohérence. La seule chose qu’on peut reprocher à la mise en scène est de trop tôt nous révéler qui est Lupin et qui sont ses complices alors que dans la pièce originale, les complices de Lupin sont découverts très tardivement et que Lupin, sous l’identité du duc de Charmoras réussit pendant un bon moment à tromper le public. Ici ce déguisement est désarmé par le générique de la pièce. Car oui ! Cette pièce a un générique ! Si la chanson de Jacques Dutronc est attendue à cet endroit du spectacle, le spectateur est agréablement surpris d’entendre à la place Arsène Lupin se présenter derrière un tissu dans un jeu d’ombres parfaitement chorégraphié et esthétiquement très plaisant. Mais il conclut sa présentation en disant qu’il est un homme qui aime à se déguiser. De fait, dès son arrivée sur scène, on comprend que le Duc de Charmeras n’est autre qu’Arsène Lupin mais heureusement, les enfants ne le comprennent pas tout de suite et la magie reste intacte. Toutefois, à la différence de Maurice Leblanc, le Duc de Charmeras dévoile sa véritable identité en dialoguant avec ses complices assez rapidement, ce qui gâche quelque peu le suspens. Enfin, si le titre de la pièce est montée « d’après l’œuvre de Maurice Leblanc » et non d’après le titre de la pièce originale, c’est aussi parce qu’ils ont changé le nom d’un personnage majeur ! L’inspecteur Guerchard devient l’inspecteur Ganimard. Mais cette entorse est compréhensible car il n’y a que dans cette pièce que l’inspecteur ennemi de Lupin se nomme ainsi, sinon dans tous les autres textes, il s’agit bien de Ganimard. Le fait d’utiliser ce nom et d’introduire le personnage d’Herlock Sholmes, double du héros de Sir Arthur Conan Doyle, nous laisse croire à la possibilité d’une suite que nous espérons ardemment tant ce spectacle est réussi.
La compagnie réussit le tour de force de rendre hommage au personnage de Maurice Leblanc tout en modernisant le texte sans le priver de sa substance et de ses joutes verbales entre l’inspecteur exaspéré et le gentleman.

© Compagnie Art-scène et cie
© Compagnie Art-scène et cie

Une esthétique et une grâce admirable

Dans certaines histoires du cambrioleur, l’inspecteur est présenté une bouteille d’alcool dans la veste. Delphine Piard a donc décidé de rendre Ganimard ivre pour accentuer son obsession pour Lupin ce qui fait de lui un personnage bouffon qui subit les moqueries de son suspect. Ganimard est évidemment porteur de comique dans le texte original mais ici, c’est peut-être poussé à l’extrême. L’issue du duel devient de fait absolument certaine tant le policier perd en crédibilité. Cette mise en scène prend clairement le parti de ne pas miser sur le suspens, puisque tout le monde sait qu’à la fin Lupin gagne, et préfère crée une comédie familiale très divertissante ! Les costumes en carton, les comédiens qui portent les voitures en carton censées les véhiculer participent à cette atmosphère de bouffonnerie et créé une esthétique particulière assez plaisante.

© Compagnie Art-scène et cie
© Compagnie Art-scène et cie

Ces décors sont d’ailleurs tout aussi astucieux que celui qui s’en joue puisqu’ils sont réversibles, laissant apercevoir des passages secrets qui permettent au cambrioleur d’accomplir ses méfaits. En plus de ces petits trucs, le décor cache plusieurs accessoires comme la panoplie de moustaches et lunettes d’Arsène Lupin ou encore le clavier du piano et même une radio qui joue en boucle la chanson de Dutronc pour le plus grand déplaisir de l’inspecteur…
La compagnie aime faire interagir le public et c’est ainsi qu’Arsène Lupin s’adresse à nous directement et se permet même un petit arrêt sur image… Alors qu’il semble coincé, il arrête l’action et s’installe dans le public afin de nous demander de l’aide pour sortir de ce guêpier. Le public répond et tente de trouver comment l’aider mais aucune des solutions ne convient et notre gentleman réussit son coup grâce à un tour dont il a le secret…

Pleine de bouffonneries et d’espiègleries, la pièce fait rire et permet de redécouvrir le théâtre de Maurice Leblanc, trop souvent oublié au profit de ses nouvelles et romans ! Découvrez vite au 3 Soleils à 10h40, l’aventure du plus « grand des voleurs, […] c’est un gentleman »

Jérémy Engler

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