Asméraldia là où les larmes du monde ne pourront plus nous tomber dessus

Notre coup de cœur à crever le cœur comme un bourreau. Asméraldia là où les larmes du monde ne pourront plus nous tomber dessus annonce la couleur. Troisième création sublime de la Compagnie Le 8ème Sens avec Marie Berger, Laura Pelletant, Pierre-Alexandre Terpeau, Judith Willandsen, et Lila Burdet, Asméraldia ne pourra que vous éblouir du 28 janvier au 2 février 2020 à l’Espace 44 par son atroce violence et ses merveilles étincelantes, le tout dans une harmonie parfaite et idéale. Une disharmonie harmonieuse au pays des ceintures et des bulles antithétiques. (Image mise en avant ©Le 8ème sens)

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Asméraldia ©Jules Baudvin

 

Trigger warning : chorégraphies de violence

Il est difficile d’écrire la violence. Lorsque nous écrivons « écrire », nous voulons parler de cette capacité à donner une esthétique canalisée et travaillée pour représenter ce que nous avons tous un jour vécu, de la part d’un proche, d’un membre de sa famille ou d’un.e ami.e, cette chose ineffable qui rôde comme un fantôme hamlétique, cette chose que l’on nomme violence. Qu’il s’agisse de coups de ceinture qui pleuvent, de viol, de violence conjugale, de maltraitance des enfants, de patriarcat, de menaces verbales, de pressions psychologiques, de chaises qui volent, tout nous semble intolérable. La violence est intolérable. Et pourtant, Asméraldia parvient à envisager ces perspectives et ces enjeux en construisant, créant, modelant quelque chose qui contrerait la violence mutique. On ne cherche plus à la laisser s’installer ou à la regarder en chien de faïence mais à façonner une promesse artistique, à donner une voix, à animer un jeu de scène, de lumières ainsi que de sons dynamiques, à pétrir des répliques cinglantes et des personnages pour lutter contre le silence et l’anéantissement de cette bête noire. Faire quelque chose de cette violence, c’est alerter, réparer, créer des regards et en sortir. L’enfance est marquée par cette innocence. Il est aisé de dire que le malheur débute à l’âge adulte comme un rite de passage. Or, la question n’est plus tant de savoir où et quand commence la violence mais de savoir comment se protéger contre ce fardeau insidieux et ce secret souvent gardé. Asméraldia envisage alors cette solution : l’art de dire et de montrer.

Asméraldia 2 © Le 8ème sens

Asméraldia 2 © Le 8ème sens

 

« L’imagination, c’est comme un oiseau dans ta tête »

Sam et Jade sont deux sœurs. Elles s’aiment énormément ; elles jouent à cache-cache, dessinent, rient aux éclats. Elles parlent beaucoup. Elles veulent vivre sur la planète Asméraldia, un monde sans larmes, sans cris, sans papa à la main leste, sans maman qui pleure, sans dette, sans hiérarchie, enfin, un monde sans adultes. Un cocon coupé du monde. Une retraite. Un havre de paix. Avec chapeaux et ombrelles rose bonbon, elles désirent vivre ardemment cette aventure pour se protéger des nuages chagrinés qui enveloppent leur quotidien martelé par papa autoritaire. Asméraldia devient cette fiction, cette île et cette quête consolatrices et rassurantes qui luttent contre cette violence. Cette histoire aux mille et un dessins, cette Asméraldia perdue au milieu d’astéroïdes à la dérive et de trous noirs angoissants, est, comme vous l’avez compris, un moyen de survie. La survie. L’ange Jade y croit dur comme fer. Et si la vie et la fiction tissent un jeu, la réalité n’est malheureusement plus en mesure d’y répondre. La réalité ne répond de rien. Dans un espace saturé de violence, quelle protection peut-on espérer ? Surprotéger ses proches ? Reproduire inconsciemment un système ? Raconter une histoire pour tenir quelques jours de plus ? Il vous est impossible, à la fin de la représentation, de soutenir le regard des comédiens. Il est intolérable d’avoir été témoin de ce qui est pourtant essentiel et pestilentiel dans notre société aussi bien dans la sphère intime que publique. Vous avez pleuré comme une madeleine. Et, il faudra garder la tête haute, car l’ombrelle est déchirée et l’oisillon ne pépie plus…

Nous remercions très sincèrement la Compagnie Le 8ème Sens, Marie Berger, Laura Pelletant, Pierre-Alexandre Terpeau, Judith Willandsen et Lila Burdet pour leur sensibilité et cet écrin inestimable : Asméraldia là où les larmes du monde ne pourront plus nous tomber dessus.

Ému.e.s, touché.e.s ? Par ici … Compagnie le 8ème sens et/ou Espace 44.

Article rédigé par Pauline Khalifa (Lika)

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