Une histoire écrite comme une partition musicale pour cornemuse par Kirsty Gunn

L’auteure, née en 1960 en Nouvelle Zélande, est une romancière qui coule des jours heureux en Ecosse. Son dernier roman, La grande musique, s’y déroule et obtient la récompense du livre de l’année 2013. Elle enseigne l’écriture pratique à Dundee et a mis sept ans pour l’écrire et s’inspire de Pibroch, la musique classique de la Great Highland Bagpipe.

La transmission du passé au son d’un héritage musical

Dès les premières pages, l’auteure nous plonge dans l’univers de l’Ecosse, plus précisément dans le nord des Highland écossais, et surtout dans son histoire. Ses collines vertes et silencieuses se dessinent lentement. L’herbe resplendit dans sa couleur sauge, la rivière sinueuse court avec ses différents reflets. Les chutes d’eau se déversent en laissant un sillage noir. La grande maison grise est habitée par la famille Sutherland et se niche au beau milieu de cette vaste étendue de terre avec le ciel pour seul témoin de ses secrets, jusqu’au jour où…  la lande plate et imperturbable accueille un homme qui vient fouler son sol. La silhouette d’un homme âgé arrive enfin. La nature revit au son des premières notes d’une douce musique cadencée par les pas de cet homme, John Callum Mac Kay Sutherland. Il avance en portant dans ces bras un bébé, sa petite fille Katherine Anna, âgée de quelques mois. Dans sa tête, des notes de musique s’inscrivent à chacun de ses pas. Pourtant ce silence pèse sur ses épaules, la nature le ralentit, mais il faut tenir pour enfin aboutir à sa partition finale. Sa petite fille est emmaillotée dans un tissu de laine blanc contrastant avec ce paysage perdu dans la fraîcheur du matin. Le vieil homme vient de commettre un délit : un enlèvement ! Mais pourquoi ?
L’histoire débute telle une musique, au son des voix de ses personnages, et se perpétue tel un héritage familial et culturel comme une partition entièrement jouée à la cornemuse, dans la pure tradition musicale écossaise. Cette mélodie se caractérise par un rythme soutenu, développé par des mouvements successifs. Ces histoires personnelles et familiales se racontent avec pudeur au fil des pages. Celle du vieux John,  celle de Margareth, qui a eu une fille hors mariage avec le vieux John ; celle de cette fille, Helen, qui est la mère de Katherine Anna. Celle de Lain marié à Margareth qui élève Helen comme sa propre fille et puis celle de Callum fils légitime de John. Les histoires se croisent, s’entremêlent pour se terminer telle une composition musicale avec son lot de notes blanches ou noires, de croches ou de doubles croches. Ces dernières, dans notre esprit, font référence en un clin d’œil aux différentes embuches de la vie. Le dénouement parait triste mais laisse un véritable bijou !

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La partition de l’auteure

L’auteure nous raconte l’histoire d’un lieu, d’une maison, de relations humaines. La narration surprend par le nombre de narrateurs. Il paraît  même déstabilisant en début de lecture en raison de la multitude de descriptions. Le roman est construit à la façon d’une musique avec une introduction, une montée en puissance et une conclusion. Toutes ces phrases couchées sur papier résonnent en nous comme une mélodie agréable mais parfois répétitive. Malgré tout, les répétitions sont nécessaires comme des refrains marquant une ponctuation musicale. Les allers et retours entre le récit et les notes consignées à la fin de l’ouvrage  peuvent être difficiles à appréhender pour certains lecteurs.

Notre bouquet final

L’auteure nous emmène dans son sillage à la découverte de l’écosse, en nous transmettant l’envie d’écouter le son d’une cornemuse et d’aller voir d’un peu plus près cette langue gaélique. On perçoit très bien l’héritage de cette famille. On peut même les imaginer en fermant les yeux, dansant au son d’une cornemuse, équipés de leurs kilts, dignes et fiers d’être écossais. Elle nous raconte l’histoire de femmes cherchant à créer un foyer rassurant et espérant devenir plus libres, et celle d’hommes parlant peu et gardant leurs secrets par respect. Elle dresse méticuleusement la chronologie de l’histoire agrémentée de plusieurs témoignages. On mesure aisément, une fois le livre refermé, le travail de recherches effectué par l’auteur. Ces recherches seront sûrement abordées lors de la Table Ronde, organisée dans le cadre des Assises Internationales du Roman, ce dimanche à 14h30 aux Subsistances, sur le thème du « roman et de la musique» en compagnie de Felipe Hernandez et Nikolai Grozni. Sans doute ne manquera-t-elle pas de rappeler à quel point elle porte l’Ecosse dans son coeur comme elle nous le fait partager dans son livre de façon royale ?
Un véritable bouillon de culture en terre inconnue…

Françoise Engler

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