Un été sans les hommes de Siri Hustvedt, quelle solution à l’adultère ?

Siri Hustvedt est une auteure américaine, découverte en France dès son premier roman, Les Yeux bandés (1996) et remarquée pour son écriture discrète et efficace. Elle connaît un immense succès international avec Tout ce que j’aimais (2003). Un été sans les hommes, écrit en 2011, raconte comment il est possible de se reconstruire après un adultère. L’écrivaine insiste sur le rôle de l’écriture et du partage dans la reconstruction comme elle en parle dans son essai Vivre, Penser, Regarder et ce soir à 19h aux Subsistances, en ouverture des Assises Internationales du Roman à Lyon (Rencontre entre Siri Hustvedt et Dany Laferrière sur le thème « Ecrire, créer : entre solitude et partage »)

« L’adultère est à la fois ordinaire et pardonnable »

L’adultère,  chose banale et folie temporaire qui peut faire si mal

Mia, poétesse, cinquante-cinq ans, ne supporte plus la liaison que son mari Boris, neuroscientifique, a avec une femme beaucoup plus jeune qu’elle. Complètement dévastée par l’attitude de son compagnon depuis trente ans l’abandonnant, elle « pète les plombs » et devra même être brièvement hospitalisée en hôpital psychiatrique. A sa sortie, elle décide de se réfugier auprès de sa mère, elle quitte New York et s’installe pour un temps dans le Minnesota.
A son arrivée, elle découvre les amies de sa mère qui résident dans la même maison de retraite, un groupe de sept adolescentes, qu’elle va initier à la poésie pour se remettre en selle professionnellement, ainsi que Lola, mère de deux jeunes enfants, qui vit une période difficile dans sa vie conjugale.

Un retour aux sources comme une thérapie, une remise en question

Ce retour auprès de sa mère la ramène des années en arrière, à son enfance, à certaines périodes difficiles durant lesquelles, elle fut victime de l’indifférence et de la méchanceté de ses camarades. Elles vont aussi beaucoup se parler pendant cette période. Sa mère, veuve depuis longtemps, lui avouera même que son  père a eu une liaison pendant son mariage, mais qu’elle a quand même été heureuse avec lui et qu’elle ne regrette rien.

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L’écriture, un remède à tous les maux

Mia fait connaissance avec sa voisine Lola, jeune mère de famille, deux enfants, Flora et Simon, et un mari, Pete, qui crie beaucoup et qui ne voulait pas d’enfant parce qu’il avait peur qu’ils puissent être handicapées comme sa sœur.
Elle découvre également ses sept élèves qui viennent à son cours pour s’initier à la poésie, Mia véritablement les perce à jour et découvre qu’elles aussi harcèlent l’une de leur camarade devenue leur bouc émissaire.
Elle apprend aussi à mieux connaître les amies de sa mère qui font partie d’un club de lecture et qui tour à tour lui parlent de leurs passés, lui apprennent leurs secrets, leurs blessures. L’une d’entre elles lui avouera même son homosexualité. Ces rencontres avec ses femmes âgées la touchent beaucoup. Elle va alors se rendre compte comme la vieillesse est cruelle (c’est une perte continuelle).
Toutes ces rencontres lui inspirent des poèmes. Elle écrit en fonction des événements qu’elle vit (comme le poème intitulé « Perte »).  Elle se « soigne » avec la poésie. Elle se sent coupable de tout, même du suicide du frère de son mari, Stefan, qui peu de temps avant de mettre fin à ses jours par pendaison lui avait été avoué son amour. La seule chose dont elle semble fière est d’avoir mis au monde sa fille, Daisy.

L’adultère une faute pardonnable certes, mais est-il possible d’oublier ?

Contre toute attente, son mari, que sa maîtresse vient de quitter entre autres pour ses manies de « vieux » est prêt à revenir vers elle. Il se la joue coupable, reconnaît que c’était une « folie » et qu’il n’a jamais aimé qu’elle. Il voudrait tellement qu’elle lui pardonne cette « pause ». Est-elle prête à le faire ? Pour toute réponse, elle lui demande de tenter de la reconquérir et cela même si Daisy souhaite ardemment que se parents reprennent leur vie commune.
Comme le suggère l’auteure, l’adultère est pardonnable mais il n’est pas facile d’oublier la faute de l’autre, c’est en quelque sorte comme une menace qui flotte sur le couple : ne va-t-il pas recommencer ?

Ce roman, d’une actualité déconcertante, renvoie à notre propre quotidien. C’est la crise de la cinquantaine. Un amour qui s’essouffle, l’homme, sans doute pour se prouver qu’il peut encore séduire, cherche à conquérir une femme plus jeune et finalement, après avoir quitté épouse légitime et domicile conjugal, après avoir semé la tempête, souhaite revenir. La « pause » est terminée.
C’est aussi une analyse de la souffrance psychologique que cela peut provoquer. Cela fait si mal ! A certains moments de la vie, il peut s’avérer très difficile de panser ses plaies, de cicatriser et de repartir…

Marie de Kako

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