Le musée de l’Innocence, le roman enchantant, entre histoire d’amour et portrait de la Turquie d’Orhan Pamuk 

Orhan Pamuk, prix Nobel de Littérature 2006, auteur de Neige, ou encore de Mon nom est Rouge, parle notamment de son avant-dernier roman ce mardi 20 mai 2014 à 20h aux Assises Internationales du Roman à Lyon.
Roman se déroulant à Istanbul, Le musée de l’Innocence offre à travers une histoire d’amour un portrait de la Turquie, scindée entre tradition et modernité.
En racontant les aventures de son héros, Kemal Bey, coincé entre obligations familiales et le désir de liberté, c’est de la Turquie même, divisée entre la modernité occidentale et la tradition orientale dont parle le romancier.
En compagnie de Josyane Savigneau (journaliste au Monde), il s’interrogera sur ce « que signifie aujourd’hui être de Turquie ». Cette conférence donnée aux Subsistances  à sera suivie d’une projection du documentaire d’Arte, intitulé La Turquie d’Orhan Pamuk, Sema Kaygusuz et Elif Shafak

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Une histoire d’amour impossible

Ce roman raconte l’histoire d’un amour impossible à Istanbul, dans les années 1970-1980.
Kemal Bey, trente ans, issu d’une famille aisée d’Istanbul, et Fünsun, jeune femme pauvre de dix-huit ans, s’aiment d’un amour inconditionnel. Mais Kemal Bey est déjà fiancé à la belle et parfaite Sibel, issue elle aussi d’une famille aisée. Pendant un certain temps, les deux amants vivent leur passion en secret. Quand les fiançailles de Kemal et Sibel ont lieu, Fünsun disparaît. C’est à ce moment là que Kemal se rend compte qu’il ne peut se passer de Fünsun. Rompant ses fiançailles avec Sibel, et  rompant de ce fait toutes relations familiales, Kemal part à la recherche de sa bien-aimée. Quand il la retrouve, Fünsun est mariée à un ami d’enfance.
Kemal part alors à la quête d’objets ayant appartenu ou lui rappelant Fünsün pour lui dédier un musée. Une multitude d’objets, comme une règle, ou encore des boucles d’oreilles constituent la collection du héros. Kemal cherche à revivre sans cesse, au moyen de ces objets, les sentiments de son amour perdu.
La question du bonheur est un point essentiel de ce roman, qui apparaît dès les premières pages : « C’était le moment le plus heureux de ma vie, je ne le savais pas. » Tout au long du roman, le lecteur est invité à s’interroger sur la question du bonheur. Pour le héros, le bonheur est celui de se retrouver avec sa bien-aimée.
Cette histoire d’amour s’accompagne d’une écriture émouvante, qu’on pourrait qualifier de poétique et qui fait éprouver une multitude d’émotions au lecteur : amour, allégresse, tristesse… Au fil des pages, le lecteur découvre les sentiments et les émotions de son héros, grâce à une narration à la première personne.

Un roman stambouliote

A travers cette histoire d’amour, c’est toute la Turquie qui est dépeinte par l’écrivain. Ce roman fait le portrait d’une Turquie en train de se moderniser : le premier soda de fruit frais « Meltem » entre sur le marché et les jeunes femmes de l’élite stambouliote, comme Sibel, partent étudier en Europe. Orhan Pamuk s’intéresse dans ce livre à la condition des femmes, et notamment à leur virginité avant le mariage. Mais la Turquie décrite par Pamuk est aussi un pays où le poids de la tradition est omniprésent. Le mariage est une obligation sociale, et deux personnes de rang social différent, comme Kemal et Fünsun ne peuvent s’épouser. C’est à cette tradition que Kemal va s’opposer, en rompant ses fiançailles et en cherchant sa bien-aimée. Mais c’est aussi tout l’enjeu du roman que d’interroger la Turquie. L’arrière-plan est donc indispensable dans ce roman. Plus qu’une histoire d’amour, Le musée de l’Innocence a pour thème principal la Turquie.
The Innocence foundation

L’histoire de la Turquie des années 70-80 est aussi racontée par les objets du quotidien que collectionne Kemal. Le héros vole chez les parents de Fünsun une multitude d’objets lui rappelant celle qu’il aime, comme une règle ou des objets décoratifs. Ces différents objets participent au portrait de la Turquie.

Ce récit d’une émotion forte nous fait découvrir un pays à travers une histoire d’amour. La Turquie semble ainsi apparaître comme le véritable personnage principal du roman. Le musée de l’Innocence est un récit émouvant, prenant et enchantant.

Yoniris Lafleur

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