Assistez aux funérailles vivantes de Jean-François Zygel le temps d’un requiem

Ce jeudi et vendredi 30 et 31 mars 2017 avait lieu une cérémonie assez particulière au théâtre de la Renaissance. Accompagnant le chœur Spirito, M. Zygel se proposait de conduire son propre enterrement. Retour sur ce concert à la fois solennel et intime.

Un projet original entre règles et libertés

Le choix de la programmation n’est pas anodin. En effet, le rythme du concert est mené par les élans (et repos) des improvisations du pianiste. On assiste à une alternance entre morceaux du répertoire et ces moments d’inspirations qui permettent au public de respirer. Concernant le choix des œuvres, il est intéressant de voir qu’il y a des œuvres célébrissimes comme le « Lacrimosa » du Requiem de Mozart ou encore le « In paradisum » du Requiem de Fauré mais aussi des œuvres peu voire pas connues, on peut citer le Christus factus est d’Anton Bruckner ou encore le Bogoroditse Sergueï Rachmaninov. Une œuvre encore moins connue s’est glissée parmi toutes ses œuvres. Celle-ci, nommée Kaddish, a été écrite par Jean-François Zygel spécialement pour ce concert. C’est une œuvre assez surprenante, pour voix seules, qui semble extrêmement technique mais qui reste tout de même abordable à l’écoute pour tous (contrairement à certains morceaux contemporains).

Cette alternance permet également d’être plus attentif au chœur qui pour une fois était un chœur vivant. En général, le public a l’habitude de découvrir un chœur disposé par types de voix (sopranes-alti-ténors-basses), comme un seul bloc, qui reste statique de la première à la dernière note chantée. Or ici, nous étions face à un chœur qui occupait tout l’espace de la scène, se disposant tantôt en cercle, tantôt en V ou encore en lignes, il se déplace lors des improvisations, et les pupitres se mélangent aussi. On se rend compte que, dans la mise en scène, une place particulière a été pensée pour le lien entre la vision que le public a du chœur et la manière dont celui-ci l’écoute et le perçoit.

© Guillaume Ducreux
© Guillaume Ducreux

Des musiciens de renom

Jean-François Zygel est un pianiste aussi bien des spécialistes que des néophytes. Cela est notamment dû à ses émissions de télévision (La boite à Musique, la Grande Battle ou encore Les clefs de l’orchestre) où il offre des clés d’écoute pour appréhender les œuvres du répertoire mais aussi les grands compositeurs avec moins d’aprioris. Pour autant, ce soir, ce n’est pas un concert pédagogique auquel est convié le public. En fait, à part quelques phrases en début de concert, les seules paroles que le public entend viennent des chants du chœur. Mais pour le coup, cela permet aux spectateurs de découvrir (ou retrouver) un pianiste qui raconte la musique avec un clavier, qui communique avec nous par ses improvisations. On y découvre des passages techniquement prodigieux mais également des contrastes imposants et surprenants. Même si l’on connait le parcours de ce grand pianiste, il n’empêche que le public reste ébahi par le musicien qu’il est.

Nicole Corti, chef du chœur Spirito, n’est pas inconnu du public lyonnais. Entre un partenariat avec l’auditorium de Lyon, le Requiem de Verdi, Star Wars en Concert ou prochainement le concert Schumann intime (le jeudi 18 mai 2017), et de très nombreux concerts indépendants, le chœur Spirito est réputé pour la qualité de ses interprétations, mais aussi pour l’ouverture culturelle que propose sa programmation au fil des années. Ici le chœur n’était pas entièrement sollicité car seuls 16 chanteurs étaient présents. Ce nombre réduit renforce le caractère intime du concert, comme si les 16 chanteurs symbolisaient les proches de Jean-François Zygel.

© Guillaume Ducreux
© Guillaume Ducreux

Ce soir encore, le chœur n’a pas manqué à sa réputation. En débutant le concert par Ligeti et son très célèbre Lux Aeterna qui est vocalement une œuvre assez compliquée à interpréter, à cause de la longueur des notes et du côté lisse que le chœur doit garder. C’est cet aspect lisse qui donne une impression de flou harmonique et mélodique, exagérant l’imitation des acoustiques d’églises (les échos par exemple). La qualité de ce chœur au niveau du son en lui-même est impressionnante. En effet, cela laisse toujours sans voix lorsqu’un chœur a un son de groupe, réalisant les nuances, les phrasés comme une seule personne. Mention toute particulière à Kaddish composé par M. Zygel car, vocalement, c’est une œuvre qui demande une précision d’orfèvre pour chaque chanteur, ainsi qu’une écoute particulière pour garder cette unité du chœur (et non de différents chanteurs interprétant la même œuvre)

Camille Pialoux

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