Atlantida, l’intangible du désir

Au cinéma le Zola de Villeurbanne, on a la chance, grâce au festival des Reflets du cinéma ibérique latino-américain de découvrir, jusqu’au 25 mars, des films inédits venant de loin. Atlantida, sorti en 2014, est le premier film d’Inés Maria Barrionuevo, qui dévoile un bon potentiel. Il se déroule en Argentine, dans un coin assez reculé et présente l’histoire de deux jeunes filles qui vivent leurs premiers émois sentimentaux durant une longue journée d’été.

 

Le calme, la durée, la chaleur
Atlantida_portrait_w193h257Ce film est assez caractérisé par son ambiance assez lourde et pourtant toute en délicatesse. On se retrouve donc plongé dans cette chaleur d’un jour d’été en Argentine, dans un petit village qui fait son exposition sur le miel. Le synopsis parle de l’année 1987 mais on ne le remarque pas, tout pourrait se passer aujourd’hui. Car ce film décrit des sentiments universels et surtout une atmosphère qu’on pourrait retrouver sûrement tous les étés au même endroit. Les deux personnages principaux sont Lucia et Elena, deux sœurs. Elles sont seules une journée, leurs parents étant partis pour un enterrement. Cette journée paraît pourtant très longue car il y a beaucoup d’autres personnages qui s’affairent autour d’elles et il leur arrive des choses fortes. Mais du coup, lorsqu’on se rend compte de la longueur de cette journée on est sceptique : il y a des longueurs dans le film, des moments qu’on s’efforce de retenir, pensant qu’ils auront un lien avec le reste et qui au final n’en ont pas. On voit cela surtout au début, le plus intéressant de l’histoire commençant pendant l’après-midi. La matinée semble surtout servir à poser le contexte d’une journée caniculaire, où rien ne semble tellement différent des autres jours, à part peut-être le fait qu’elles soient seules. Lucia apparaît comme une fille studieuse qui révise toute la journée pour passer un concours universitaire tandis qu’Elena inspire un peu l’agacement : elle pense que tout lui est dû en raison de son immobilité (elle porte un plâtre). Elle reste avec des amis dans son lit, à ne rien faire, à réclamer des glaces à sa sœur. C’est peut-être pour cela que l’on attend les péripéties avec impatience, on est un peu exaspéré par ce personnage qui ne semble pas avoir grand chose à offrir au spectateur. La piscine, elle ne peut pas y aller avec ses amis, alors que les potins se racontent là-bas. Sa sœur, au contraire semble éviter le monde, elle veut rester réviser. On attend donc que quelque chose renverse cette situation calme, un peu insaisissable. Il est compliqué de savoir de quel personnage on va vraiment parler, puisque les sœurs sont très différentes. Une maladresse qui participe à ce doute liminaire est que l’histoire suit aussi les personnages secondaires, même s’ils ne sont pas tout de suite rattachés aux deux sœurs, ce qui déroute, rendant alors impossible de comprendre ce qu’il faut saisir dans chaque personnage.

Toutefois, le point fort de ce début de film est dans la mise en place de cette quiétude dans l’air lourd de cette chaleur estivale. C’est ce qui donne une justification à ce début : le besoin de glace, de piscine, les râles de l’immobilité, la lassitude. Cela nous permet de saisir mieux le contexte dans lequel les deux filles vont vouloir, vont avoir besoin de vivre quelque chose de fort, pour sortir de cette lourdeur de l’été, trop calme et sans fantaisie.

La révélation du désir et des personnages

Le film commence à éveiller l’instinct d’aventure et de folie qu’attend le spectateur après avoir vu cette ambiance pas vraiment excentrique lorsque Lucia part, sans dire où elle va. Elle monte dans sa voiture tout terrain et conduit jusqu’à ce qu’elle rencontre une amie de sa sœur, à qui elle propose d’apprendre à conduire. On saisit alors son brin de fantaisie, sous son sourire toujours un peu timide et son regard préoccupé. Elle va l’emmener ensuite dans un endroit reculé, dans la nature, lui faisant découvrir ses repères de solitaire. Elle se dévoile enfin un peu, on est content de la voir discuter et aimer cela. De son côté, Elena reçoit la visite du médecin qui vient regarder la situation de sa jambe. Elle discute avec lui, sur les conseils de ses parents qui lui suggèrent de parler plus aux « vieux ». Son arrogance naïve fait rire son interlocuteur qui accepte de l’emmener se promener en voiture avec lui, Elena n’ayant toujours pas oublié son envie de glace. Elle vit alors à ses côtés une intervention médicale urgente, et commence alors à devenir plus intéressante, n’ayant jamais vu cela, elle semble plus réfléchie sur ce qu’elle est en train de vivre. Elle regarde profondément ce médecin qui veille sur elle alors que, toujours farouche, elle va fumer et discuter avec un homme près d’un restaurant. Ignacio, le médecin le gronde, la gronde, la fait monter dans la voiture. Elle n’est qu’une enfant lui dit-il. Et cet homme qui la recadre, qui était prêt à frapper l’homme qui lui parlait, elle le regarde autrement. Les sentiments s’immiscent doucement mais le fait que l’on suive aussi des personnages secondaires ne permet pas de saisir vraiment leur évolution. On voit cela dans le cas d’Andrés, qui s’occupe de ruches pour les présenter à la foire du miel. Il rencontre une fillette qui semble le toucher. Cependant, hormis le fait qu’il appartient au même endroit que les deux sœurs, on ne comprend pas où la réalisatrice veut aller en présentant l’émoi de ce jeune apiculteur, ce n’est pas développé mais juste suggéré et cela n’a pas une importance dramatique capitale.
La dernière séquence est plutôt belle car Lucia ramène Ana sa nouvelle amie chez elle, et Elena est posée devant chez elle par le médecin. Dans ces voitures où la chaleur a fait son nid, le désir grandit, sous la pluie qui se met à tomber. Le désir bout, comme si toute la chaleur de la journée explosait au moment où la pluie tombe, torrentielle, sur le paysage desséché. Lucia et son amie s’embrassent, Elena, après avoir gardé le calme un moment saute au cou du médecin pour l’embrasser. Elles vivent leurs émois, chacune de son côté, dans leur différence mais finalement la même journée, au même endroit.

Atlantida est un film finalement assez juste, qui, malgré quelques maladresses scénaristiques, restitue bien la chaleur d’une journée de deux sœurs, seules devant leurs sentiments, prêtes à vivre une expérience singulière, pas extraordinaire mais belle parce qu’elle est juste dans l’effet de réel. Assaillies par la lourdeur estivale, elle sont suantes de chaleur puis d’un désir, qui très fort, déclenche la pluie. Celle-ci frappe les voitures qui les ramènent chez elles, et marquent la fin de la sécheresse environnementale et sentimentale.

Solène Lacroix

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