Au théâtre de la Renaissance, Un homme, trois femmes, de la musique surtout !

En se basant sur le texte de Tchekhov, Denis Podalydés ajoute à cette conférence en un acte de la musique, et pas n’importe laquelle ! Bach, Berio et Tchaïkovski sont de la partie. Et en maître de cérémonie, on retrouve Michel Robin, accompagné de deux musiciennes et une chanteuse ! Malheureusement, Tchekhov s’efface un peu trop vite, et livre au final un spectacle peu convaincant sur Les Méfaits du Tabac.

Un homme, trois femmes

Un grand plateau, regorgeant de feuilles de musiques et de pupitres. Un piano, quelques housses d’instruments. Au fond, un grand rideau rouge. Et puis, tic tac, tic tac. Des métronomes. Tic tac. Rentre alors un vieux monsieur, avec son manteau trop grand pour lui et sa démarche si particulière. Tic tac. Il fait son petit tour, puis s’en va. Soudain, rentre trois jeunes femmes, en costumes d’époque. Commence alors le spectacle ! Des airs de musique, le passage de ce mystérieux homme encore et encore, d’autres airs, un brin de paroles, et pour finir une nouvelle fois par de nouvelles notes. Un début plutôt délicat, qui installe une atmosphère poétique, avec des bribes de nostalgie peut-être… Hélas, la magie s’étiole vite, et on n’est guère surpris du reste du spectacle. Ce décor décrit plus haut semble trop grand, tout comme le manteau de Michel Robin. Les personnages de la scène se perdent dedans. Les costumes, signés Christian Lacroix, s’il vous plaît, sont certes réussis, mais ils ne suffisent hélas pas à eux seuls à donner une atmosphère chaleureuse, un charme à la pièce. Si le fond n’est certainement pas mauvais, la forme manque un peu d’énergie et d’idées nouvelles. La salle, déjà seulement à moitié remplie, se refroidit vite et se laisse alors simplement bercer par la musique et les voix, sans chercher à en demander plus.

© Pascal Victor
© Pascal Victor

Théâtre musicale ou Musique théâtrale ?

Sur le programme, est annoncé un théâtre musical. Mais soyez prévenus, les cinquante minutes du spectacle sont en très grande partie dédiées à la musique, et le texte de Tchekhov, tout comme le talent du grand comédien Michel Robin s’efface. Ces « méfaits du tabac » sont donc plutôt à appréhender comme un concert sympathique, tout en se gardant bien d’aller chercher plus loin. Les amateurs de musique seront ravis, les autres, un peu moins. Si le public sent l’envie de créer et de partager des comédiens et du metteur en scène, l’ensemble du spectacle ne prend pas franchement. Le tout en ressort malheureusement un peu bancal, à l’instar du personnage de Michel Robin. De plus, ce dernier se retrouvant au milieu de ces trois femmes semble un peu perdu, et ne semble pas savoir où se mettre. La flamme de son cœur n’illumine hélas que le peu de texte qu’il récite merveilleusement bien. Au- delà de ça, le jeu du comédien en lui même n’est pas à la hauteur et déçoit. Comme nous l’avons dit à l’instant, on ne parvient pas à lui définir une place précise dans le spectacle, et si on en trouve une, elle est en tout cas bien trop faible. On aurait adoré le voir plus, car on le sait, Michel Robin est un très grand comédien, jonglant entre des rôles toujours en opposition les uns aux autres. Ce soir, peut-être car c’est un jour spécial, peut-être car une autre émotion se jouait dans nos cœurs, l’essai ne s’est pas transformé, et la déception est à la hauteur du talent.

En somme, si on ne passe pas un mauvais moment, Les méfaits du tabac appairait malheureusement comme un peu trop gentillet, et le spectateur reste un peu sur sa fin. L’harmonie manque entre musique et théâtre, et on aurait aimé voir un peu plus le talent de Michel Robin. Malgré tout, si vous êtes amateurs de musique, et particulièrement de Bach, foncez, les musiciennes ne vous décevront pas ! Un spectacle à voir au théâtre de la Renaissance à Oullins, et ce jusqu’à vendredi !

Marie-Lou Monnot

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