Auto-psy de la plus adorable des jeunes filles

Du 7 au 30 juillet 2017, à 18h10, dans le cadre du Festival Off d’Avignon, L’Espace Roseau Teinturiers accueille Auto-psy (de petits crimes innocents) de Gérald Gruhn, mis en scène par Stéphane Gildas et présenté par la compagnie qui porte son nom. Carine Coulombel prend les traits d’une petite fille qui raconte l’histoire de sa vie avec une innocence décalée et rafraichissante.

La candeur de l’assassin

© D.R.
© D.R.

On pardonne tout à une enfant ! C’est ce qu’on a tendance à dire, alors imaginez si celle-ci ressemble à un ange, avec de petites couettes et un sourire enjôleur… difficile de résister, pas vrai ? C’est ce personnage que fait vivre sur scène Carine Coulombel qui joue admirablement bien la candeur et l’innocence pour raconter les choses les plus atroces. Elle a été battue, délaissée, maltraitée, fille facile, femme trompée, femme meurtrie et fut victime d’atrocités, mais ce qu’on peut dire, c’est qu’elle a su rendre la pareille… Elle nous raconte tous les crimes qu’elle a commis, et comment elle les a commis avec une innocence qui nous ferait presque lui pardonner tous ces crimes. Elle les expose avec une légèreté et une nonchalance déroutante qui nous fait le plus souvent rire alors que ces meurtres sont effroyables, mais relevant d’une psychose vécue pendant l’enfance. Il est difficile de vous raconter les différents assassinats sans trop dévoiler l’histoire, mais le récit est toujours construit de la même manière, dès qu’un personnage entre dans son monde, il n’en ressortira pas indemne…

Mais il faut la comprendre, son père lui a expliqué que pour régler un problème il suffisait de tirer sur le problème… Ainsi, ces meurtres sont le plus souvent un moyen de résoudre un souci et non un assassinat réfléchi. C’est ce qui crée le décalage entre le récit et le personnage, rien de choquant n’est montré sur scène et les meurtres ne sont pas particulièrement gores, ils sont dédramatisés par la naïveté dont fait preuve la jeune fille dans sa narration. Elle est insoupçonnable et on ne peut pas lui en vouloir, c’est ce qui la rend extrêmement dangereuse et c’est ce qui fait qu’elle s’en sort toujours… car « on n’a pas le droit de faire ça aux jeunes filles. »

« Joue à cache-cache avec la vérité »

La force de cette pièce repose évidemment sur l’interprète qui doit rester candide tout en disant des atrocités, mais surtout sur un humour toujours bien senti. Dès son plus jeune âge, elle baigne dans le mensonge, se crée ses propres codes et va apprendre que le mensonge est le seul moyen de s’en sortir. Tout le monde mentant, cela lui semble logique. L’humour naît de ces réflexions décalées sur les situations ou sur l’ambiguïté des mots. Elle ne comprend pas le policier qui dit que sa mère est entraineuse, car elle n’est vraiment pas sportive, en revanche, elle a vu des photos d’elle nue, donc son vrai métier, c’est mannequin de nu. Sans parler de son « tonton qui joue au papa et à la maman avec maman » pour expliquer les relations sexuelles. On ne révèlera pas tous les traits d’humour, mais ils sont légion dans le texte et nous font passer un moment vraiment divertissement et agréable. Cependant, la pièce repose sur un faux rythme, son récit est tellement décalé que lorsqu’il n’est pas humoristique, il paraît un peu long, bien que, souvent, ces passages soient utilisés pour présenter les nouveaux personnages et montrer l’évolution des relations entre elles et eux, et donc nécessaires, ils font un peu trop redescendre la tension humoristique du spectacle. Les intervalles entre le rire et les traits d’esprit bien sentis sont trop espacés et c’est dommage, car on sent un énorme potentiel avec ce personnage et ce spectacle. La mise en scène est épurée et repose sur une chaise de bébé géante qui évolue progressivement au cours du spectacle pour devenir un meuble à tiroirs qui lui permettra d’ouvrir des moments de sa vie pour nous les livrer.

Cette confidence, cette « auto-psy », est très divertissante, drôle et rafraichissante, car la jeune fille s’analyse et grâce à ce récit introspectif, elle nous livre toute la complexité de son âme d’adorable meurtrière qui fascine autant qu’elle terrifie.

 

Jérémy Engler

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