Autour de ton cou d’Adichie, le coup de cœur de Solène pour ces nouvelles où la vie est moteur de narration

Chimamanda Ngozi Adichie est une auteure nigériane. Son premier roman, L’Hibiscus pourpre reçoit un accueil favoralbe et est récompensé par le prix du meilleur livre Commonwealth Writer’s Price en 2005. Son deuxième ouvrage, L’Autre Moitié du soleil, qui se passe pendant la guerre du Biafra fait d’elle une auteure d’actualité et plutôt engagée. Son dernier livre, Autour de ton cou est paru en 2009. Il s’agit d’un recueil de nouvelles qui donne très envie de découvrir toute l’œuvre d’Adichie.

Des intrigues prenantes

product_9782070129898_195x320Adichie nous offre dans son livre une multitude d’histoires et situations : c’est autour de onze nouvelles qu’elle déploie son talent créatif. En effet, elle ne se limite pas à un seul thème, Autour de ton cou aborde des thèmes comme la prison et les gangs dans « Cellule Un », le mariage et l’exil dans « Les marieuses » ou encore des retrouvailles d’amis dans « Fantômes ». Dans la plupart des nouvelles, les thématiques sont d’actualité, fondamentalement humaines. C’est sûrement là que s’exprime la qualité d’auteur d’Adichie : ses personnages sont parfaitement construits et elle les dote d’une personnalité affirmée, même s’ils ne sont présents que pour une quinzaine de pages, ce qui fait qu’à chaque histoire on est pris en haleine par les événements qui bousculent ces personnages. Au fil des pages on apprend à les connaître et à explorer leur intériorité. Mais il faut ajouter aussi que la narration n’est pas toujours la même et c’est peut-être ce qui fait qu’à chaque fois on arrive à suivre une nouvelle histoire. On peut avoir un narrateur tant bien omniscient qu’interne. Ainsi, on n’a jamais le même regard sur les personnages, ce qui renouvelle la lecture.
Les nouvelles du recueil ne sont ni trop courtes, ni trop longues. On a le temps de connaître les personnages, de goûter aux enjeux de l’intrigue mais leur côté furtif permet de leur céder une intensité bien maîtrisée. L’écrivaine profite d’ailleurs de la nouvelle pour jouer sur le suspense et la fin ouverte. En effet, il est difficile de créer une histoire complète en une vingtaine de pages, alors elle laisse le lecteur imaginer la future situation des personnages. On nous arrête souvent dans le choc du personnage, ce qui nous permet, grâce aux nombreux détails sur leur personnalité, de deviner leur réaction. Ainsi, le choc qui remet en question le désir de Kamara pour Tracy dans « Lundi de la semaine dernière » nous touche autant qu’elle puisque nous sommes également touchés dans ce choc, qui nous coupe net. Le point final de chaque nouvelle est alors la porte ouverte aux réactions et émotions.

Un visage multiple du Nigéria

Nigerian writer Chimamanda Adichie gestures in Lagos,Nigeria, Tuesday, Sept. 16 2008.(AP Photo/George Osodi)

Ces nouvelles ne sont pas tellement une chronique du peuple nigérian mais plutôt une façon assez émotive de découvrir des personnalités singulières qui évoluent avec différentes cultures et façons de penser. Autour de ton cou est en effet un livre qui ne fait pas défiler des portraits mais les peint avec minutie. On va au plus profond des personnages. On découvre le sentiment d’être étranger avec Akunna qui part aux Etats-Unis avec de grands espoirs mais qui finalement a du mal à s’acclimater dans « Les marieuses ». On suit la croissance de l’obsession d’Ukamaka pour Chinedu, jeune homme qu’elle rencontre alors que son « petit ami » est disparu dans un vol d’avion dans « Le tremblement ». On surprend le tabou du désir d’une jeune fille pour son cousin dans « Demain est trop loin ».
Ainsi, même si l’on met parfois le doigt sur les réalités nigérianes en particulier, on est d’abord devant des humains qui se construisent des idéaux, qui ressassent des souvenirs, qui nourrissent des désirs pour garder la foi. Cela rend les nouvelles d’Adichie particulièrement accessibles puisque l’écriture laisse la part belle aux sentiments, aux sensations. Il ne s’agit pas de faire passer des messages mais plutôt de raconter les réactions d’un personnage dans une situation assez intéressante pour faire l’objet d’une intrigue. Les nouvelles abordent la guerre, le statut de la femme, les différences ethniques, les problèmes de visas pour les réfugiés soit des thèmes particulièrement d’actualité. Mais ils ne sont pas servis par de grands discours, ils se suffisent à eux-mêmes pour comprendre les enjeux de telles situations, en passant par le regard de personnalités toujours diverses.

En somme, le livre de Chimamanda Ngozi Adichie nous transporte bien plus loin que le Nigéria : on se retrouve dans les esprits, dans les sentiments et sensations des personnages, où qu’ils soient. Ils ont tous une valeur propre qui nous fait comprendre pourquoi ils avaient besoin chacun de leur nouvelle à eux. C’est une écriture qui suit le mouvement des personnages et nous tient en haleine jusqu’à leur dernière page.

Solène Lacroix

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