Aux corps prochains, aux corps lointains, présenté au TNP

Du 27 mai au 6 juin 2015, se joue dans la petite salle du Théâtre National Populaire de Villeurbanne, une pièce basée sur la pensée de Spinoza. Rappelons avant toute chose qu’il s’agit d’une toute jeune création et qu’elle est donc encore en éventuel phase de recherche. Tous les propos qui vont suivre se place hors de ce contexte particulier, et tente d’en établir les points positifs et négatifs à l’heure actuelle, malgré la fraîcheur de la pièce et les éventuels changements qui pourraient en découler. Il s’agit donc d’un constat, et non d’une critique ferme et définitive, d’avantage encore que pour les autres spectacles.

Des tentatives, des échecs

L’impression est, au commencement, immédiatement brechtienne. Les comédiens attendent le noir de la salle tranquillement sur le devant de la scène et dans la salle elle-même. L’impression se prolonge avec le prologue. En effet, le comédien parle allemand, et va alors regarder avec attention la traduction simultanée qui est en train d’être projeté. Un plutôt bon début à priori donc qui amène directement un positionnement. Pour faire réfléchir le public sur la pensée du philosophe Spinoza, utiliser la distanciation de Brecht, qui l’utilisait aux mêmes fins, est clairement judicieux. Mais cela ne dure hélas pas, et le spectateur se retrouve alors très vite en état de passivité face à une pièce qui ne trouve guère son chemin. Si l’intention nous évoque Brecht, l’ambiance penche elle plutôt du coté d’Edward Bond. La corporéité avant le texte, un plateau hors de tout cadre temporel, une certaine noirceur, tout cela est présent. Mais encore une fois, cela se perd, et l’ambiance étrange qui avait été installé s’efface dans un chaos dont on peine à sortir.

© Claude Harmelle
© Claude Harmelle

Une platitude déconcertante

Aux corps prochains se base donc, comme il nous l’est annoncé, sur la théorie de Spinoza. En théorie seulement, car la pièce ne nous amène en vérité peu à la réflexion. Bien au contraire même, l’impression est plutôt celle d’assister à un spectacle dans le cliché du théâtre contemporain. Du nu, encore, sans aucune utilité. La phrase de Bourdieu dans Rhapsodie pour le théâtre est à ce propos très juste: « […] interpénétration de tous les arts, vidéos à tout va, le nu comme seul vrai costume, le cri plutôt que la diction, la mobilisation des « arts populaires », rap, tag, publicité et pornographie, goût décoratif pour la ruine, la pissotière, la cave… Oui, oui, je sais, en stigmatisant tout cela, on fait figure soit de néo-classique soir de vieux bolchevik gourmé. […] Entre le ronron du faux théâtre et la caricature nihiliste, entre le consentement adipeux et la grimace inutile, on peut, on doit, trouver le passage. » Cette pièce est la parfaite illustration de cela, malgré un propos intéressant, le spectacle devient la caricature de lui même et passe complémentent à coté de son idée.

© Claude Harmelle
© Claude Harmelle

Corps, vous avez dit corps?

Car en effet, pour un spectacle qui parle du corps, il y en a franchement peu. Entendons par là, le corps physique, sa chaleur, sa présence, pas un corps mis vulgairement à nu. Le metteur en scène, Denis Génoun, dit « Le corps dit quelque chose de soi, et du monde – puissance et faiblesse, joie et souffrance – qu’on n’avait pas encore tout à fait entendu. » Une jolie vérité, mais qu’on ne perçoit hélas à aucun moment dans le spectacle. Les corps ne dégagent rien, ne s’ouvrent jamais à nous. Il en faut pour partager tout ce qui aurait dû l’être, tout ce que les artistes voulaient – dans la théorie – nous transmettre. Un corps seul peut suffire, à condition qu’il soit dans une parfaite justesse, ce qui n’est pas toujours le cas ici. Tout cela est bien vide et on reste bouchée bée d’incompréhension face à ces corps faisant des glissages sur l’eau durant de longues minutes. Spinoza est bien loin. L’utilisation de la vidéo aurait pu être judicieuse. Elle montre en effet les détails du corps, et offre un autre angle de vision intéressant au spectateur. Mais là encore, l’écran nous éloigne d’avantage encore de cette corporéité tant espéré.

Aux corps prochains passe donc à coté de son objectif, en ne parlant ni philosophie ni de corps, pourtant au centre du travail de la troupe. Une première qui déçoit donc et ne convint pas par sa pertinence. Une réaction à chaud avec un spectacle encore frais, qui mériterait sans doute une contre représentation dans un an, une foi la pièce davantage rodée et approfondie. Un spectacle à voir pour cela et pour la bonne volonté des acteurs, jusqu’au 6 juin dans la petite salle du TNP.

Marie-Lou Monnot

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