Aux corps tièdes des amoureux, La très excellente et lamentable tragédie de Roméo et Juliette à la recherche d’une âme

Shakespeare n’est pas mort, loin de là. Nombreuses sont chaque année les adaptations faites de ses pièces. Classiques ou revisitées à une sauce plus contemporaine, les choix sont nombreux. Si les adaptations de ces tragédies historiques sont les plus fréquentes, ces grands classiques ne sont pas en berne. À commencer par son fameux Roméo et Juliette. Et c’est Juliette Rizoud et sa troupe qui vont jusqu’au 22 janvier au Théâtre National Populaire de Villeurbanne tenter l’aventure avec La très excellente et lamentable tragédie de Roméo et Juliette.

Entre cirque, buildings et… Shakespeare

© Michel Cavalca
© Michel Cavalca

Si les textes de l’auteur anglais sont plus que jamais présents sur scène, les choix de garder des costumes et décors d’époque se font eux plus rares. Et avec l’universalité et l’intemporalité de ses histoires, tout, ou presque, est possible. Pourquoi ne pas alors placer l’histoire des amoureux transis dans un univers entre cirque et buildings ? C’est le choix qu’a fait la metteuse en scène, en attribuant à chaque famille un de ces éléments. Les Capulet deviennent alors une famille de cirque, tandis que les Montaigu évoluent dans un monde de béton et d’acier. On nous annonce alors la confrontation entre ces deux univers, une rencontre entre ceux que tout oppose. Mais si les propos de Juliette Rizoud que l’on peut lire sur le programme sont tout à fait pertinents et perspicaces, on ne les retrouve hélas pas sur scène. Le décor, piste de cirque et bazar l’entourant, ne laisse aucune place à la part des Montaigu. De fait, pas de lieu pour la confrontation, mais le sentiment que tout se joue dans la famille ennemie. Certes, l’ambiance est à première vue très attirante : des costumes, aux maquillages, jusqu’à la lumière, tout nous place dans cet univers circassien. Si l’on est plongé dans la pièce les premières minutes, on décroche vite en voyant le peu de corrélation entre l’esthétique et la mise en scène des comédiens. En effet, peu de moments se déroulent véritablement sous une tournure spectaculaire. Elles se comptent pour tout dire au nombre de 2 : la première scène, qui nous dévoile un moment de répétions perturbé par les Montaigu, puis, plus tard, un spectacle, mettant en scène la rencontre entre Juliette et son Roméo. Mis à part cela, tout le reste du spectacle met complétement de côté cet aspect circassien : il n’y a rien d’autres que le texte. Et face à un univers esthétique si marqué, le spectateur est quelque peu perdu et jongle entre ce trop-plein d’informations.

© Michel Cavalca
© Michel Cavalca

Revisitée. Oui, mais pourquoi ?

Guère besoin sans doute de résumer l’histoire de Roméo et Juliette, tant elle est célèbre aujourd’hui. Ces deux amoureux ont fait le tour des arts : du cinéma à la comédie musicale, rien n’échappe à l’œuvre du dramaturge britannique, d’une adaptation détournée avec Shakespeare In Love, ou véritable nouvelle version de la pièce avec Roméo + Juliette. Dans ce dernier, Baz Lurhmann s’était déjà risqué à donner un aspect très contemporain à la pièce en la plaçant dans un Los Angeles en ébullition. En conservant le texte d’origine, il avait créé un décalage intéressant, mais bien souvent peu convaincant pour certains… C’est un peu le même sentiment que l’on a face à la pièce de Juliette Rizoud.  Si l’effet esthétique est intéressant, le spectateur ne rentre guère dans l’ambiance de la pièce, et on a tendance à s’ennuyer et décrocher. Outre cette incompréhension entre le visuel et les acteurs évoqué plus haut, le jeu en lui-même mériterait quelques ajustements. L’ensemble manque en effet de fluidité, d’énergie, et par conséquent : d’émotions. Comme le dit avec justesse la chef de troupe, on passe du rire aux larmes avec Shakespeare. Malheureusement, pas dans son adaptation. Le tragique devient bien souvent pathétique, et le comique vulgaire, dommage. Nuance néanmoins, car la pièce est une toute jeune création, et il est probable que tout cela soit moins marqué quand l’équipe aura le spectacle véritablement dans la peau.

La très excellente et lamentable tragédie de Roméo et Juliette ne nous convainc donc pas en totalité. L’angle choisi ne trouve guère d’explications au fil de la pièce, et la jeunesse de sa création ne permet pas encore de se reposer sur le jeu des comédiens. Une pièce qui mérite donc d’être précisée dans son intention, mais qui pourrait devenir intéressante après coup. À découvrir dans la petite salle du TNP du 12 au 22 janvier.

Marie-Lou Monnot

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