Avec Enigma, on dépoussière les arts Circassiens selon David Massot, directeur artistique du Cirque Imagine

Après l’interview de Philippe Fournier, directeur artistique de l’Orchestre Symphonique Confluences, qui présentait brièvement le projet Enigma du point de vue du chef d’orchestre, voici le même projet présenté cette fois-ci du point de vue circassien. L’Envolée Culturelle donne la parole à David Massot, directeur artistique du Cirque Imagine et co-créateur du projet avec Philippe Fournier. En attendant l’interview croisée des deux hommes sur le processus de création du spectacle que nous vous présenterons en fin de semaine, découvrez l’idée directrice du Cirque Imagine qui est de « dépoussiérer les arts circassiens » grâce à des projets originaux tels qu’Enigma qui sera représenté les 13 et 14 octobre 2014 au Cirque Imagine de Vaulx-en-Velin.

Avant de parler du projet Enigma, parlons un peu de vous, pourquoi avoir créé le Cirque Imagine ?

David Massot : Le Cirque Imagine a été créé en 1999. On était une troupe de jeunes artistes et on voulait pourvoir imposer notre propre patte artistique au spectacle. On avait l’habitude de travailler pour d’autres compagnies, d’autres employeurs, d’autres directeurs artistiques et on avait cette volonté commune de pouvoir créer notre propre spectacle. Donc on a décidé de créer cette troupe et on créer notre premier spectacle qui s’appelait, Evolution ou Révolution parce que l’idée était de dépoussiérer les arts du crique et d’apporter une touche de jeunesse et d’originalité aux arts du crique de l’époque.
Ensuite, on a tourné avec ce spectacle pendant deux ans, puis on en a créé un deuxième, un troisième, un quatrième etc. et puis voilà… la troupe a grossi. Au départ, on était 8, et puis sur certains spectacles on s’est retrouvé à 30 artistes.
On a beaucoup tournée en France et à l’international (Angleterre, Espagne, Belgique, Suisse…) puis est arrivé un moment où on a eu envie de poser nos valises. Je pense que c’est une question d’âge, on voulait développer de nouvelles choses. On voulait transmettre notre savoir et notre culture, par le biais d’une école de cirque par exemple. On voulait développer un spectacle qu’on avait en tête mais qu’on ne pouvait pas faire en tournée, c’était un dîner/spectacle cabaret-cirque. Donc toutes ses idées nous ont amené à vouloir poser nos valises ici à Lyon.
Alors pourquoi à Lyon, me direz-vous ? Parce que c’est une ville qu’on a découverte au cours de nos tournées, on trouve que c’est une grande ville qui reste à taille humaine. On cherchait une ville qui avait un potentiel économique et un potentiel humain importants pour pouvoir s’implanter de façon permanente. On ne voulait pas une ville où on n’arrive pas à exister en tant qu’être humain comme Paris qui est une ville magnifique mais il se passe tellement de choses qu’on a l’impression d’être inexistant. Lyon était notre premier choix, et on a eu la chance de rencontrer les bons interlocuteurs sur le plan politique notamment et on a réussi à monter le projet ici à Lyon. On a donc démarré une nouvelle aventure, ici en septembre 2012 et cette année, nous attaquons notre troisième saison permanente.

david massot

Combien d’artistes composent la troupe actuellement en résidence ici ?

On est une quinzaine d’artistes permanents, une partie habite ici dans des caravanes et une autre dans des appartements en ville d’une façon un peu classique on va dire. Parfois, on a des artistes en plus selon les projets.

Malgré votre sédentarisation, continuez-vous à faire des spectacles à l’étranger ?

On en fait beaucoup moins puisque c’est un choix. On essaye de concentrer notre énergie ici à Lyon, donc parfois on a d’ancien spectacle sur d’anciens contrats qu’on continue à renouveler en France. Par exemple, la semaine prochaine, je vais dans l’est de la France pour un spectacle. Mais on essaye de réduire au maximum ce genre de déplacements pour concentrer toute notre activité artistique ici.

Votre implantation ici n’a-t-elle pas été difficile ? Est-ce que le projet se développe bien ?

Le projet se développe bien. C’est sûr que la première année, on a eu un taux de fréquentation qui était assez bas mais on s’en doutait, c’était quand même prévu car on n’avait pas de notoriété à Lyon, on n’était pas très connu. Maintenant, on commence à être connu, à avoir de la notoriété, le bouche-à-oreille fonctionne très bien, donc les gens reviennent, amènent des amis, en parlent toujours en bien donc c’est vrai que ça nous aide à faire développer notre activité.
Aujourd’hui la croissance de notre projet est très bonne, c’est vraiment très positif, on est vraiment très heureux d’avoir fait ce pari, d’avoir pris ce risque artistique et financier aussi. Ça se passe bien, pourvu que ça dure !

Vous, David Massot, quel est vôtre rôle dans le cirque ?

Moi, ma spécialité, c’est d’être musicien et auguste. Alors « auguste », c’est ce qu’on appelle communément le clown. Donc j’ai un personnage clownesque visuel, c’est-à-dire qu’il ne parle pas ou très très peu. Tout se fait avec des gestes, des expressions, des mimiques, c’est un travail qui est très théâtral même si ça reste de l’art clownesque. On arrive à avoir une vraie cohésion avec le public, et on a besoin d’une vraie cohésion avec lui pour ces numéros là. En tout cas, moi j’ai besoin du public, c’est un challenge pour mon personnage. Tous les soirs il doit arriver à charmer le public pour arriver après à faire des échanges avec eux, mais c’est super agréable. C’est sûrement le rôle le plus compliqué parce que, bien sûr, il y a des choses prédéfinies mais c’est pas comme un équilibriste qui a une routine, une musique particulière, un costume, une petite histoire dans ce numéro qu’il va faire en espérant pouvoir toucher le public, il va essayer de toucher du regard mais ce sont aussi ses prouesses techniques qui vont l’aider à capter ce regard tandis que le clown lui, il doit toucher le public de façon différente, avec de la poésie, de l’humour bien sûr et parfois des choses qui sont plus touchantes. C’est plus compliqué mais c’est d’autant plus agréable quand ça fonctionne.

Dossier de presse (1)

Pour revenir à ce que vous disiez tout à l’heure sur votre projet de « dépoussiérer les arts circassiens », en quoi votre spectacle Enigma « dépoussière »-t-il les arts du cirque ?

On présente des techniques qui existent déjà dans les arts du crique mais c’est vrai que nous, dans nos spectacles, on essaye toujours d’apporter des nouveautés, de l’originalité dans notre interprétation. Souvent, quand on crée un spectacle, ce n’est pas qu’une succession de numéros, de performances, il va y avoir un ensemble, comme une histoire qui mêle les numéros. Par exemple, sur ce projet Enigma avec Philippe Fournier et l’Orchestre Symphonique Confluences, ça change totalement de présenter des numéros de cirque avec un orchestre symphonique et de la musique symphonique, ça nécessite une vraie réflexion sur toute la partie artistique pour qu’il y ait un lien entre les artistes circassiens, le chef d’orchestre et l’orchestre symphonique, cela doit faire un tout ! L’idée est de monter un spectacle grâce auquel les gens vont voyager pendant 1h30 avec nous et ce doit être un tout.

Qu’est ce qui vous a intéressé dans ce projet Enigma ?

En tant que directeur artistique de la troupe, j’ai eu l’occasion de partager un moment privilégié avec Philippe Fournier lors d’un événement organisé par une entreprise. Ils ont fait venir Philippe Fournier qui fait aussi des conférences pour des entreprises. Donc une entreprise l’a fait venir pour une conférence, il fait ça merveilleusement bien puis ensuite on nous a demandé s’il était possible de mélanger un peu les musiciens qui étaient sur place et nos numéros de cirque, donc on s’est dit super, on va essayer. Donc très rapidement, dans la journée, on a mis en place un petit quelque chose et c’était magique, il y a eu un vrai lien. Même si on n’a pas beaucoup répété, d’ailleurs on n’a presque pas répété et il y a eu une vraie cohésion, une magie qui s’est créée entre Philippe, ses musiciens, nos artistes et c’était vraiment super ! Donc avec Philippe, on s’est dit c’est super cette magie qui a opéré, donc il faut absolument qu’on monte un spectacle ensemble. Donc on y a réfléchi et puis on s’est élancé et voilà, ça a donné naissance à Enigma.

Est-ce que les 15 membres de votre troupe jouent ou y a-t-il eu une sélection ?

Toute notre troupe va jouer et on a même inviter d’autres artistes avec qui on a déjà travaillé mais qui ne font pas pari de la troupe permanente du spectacle pour apporter quelque chose d’encore plus intéressant au spectacle.

Propos recueillis par Jérémy Engler

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