Avec Logiquimperturbabledufou fouriregaranti !

Fou ! C’est le mot ! Le théatre de la Renaissance accueille du 29 novembre au 1 décembre le spectacle Logiquimperturbabledufou. Composée par Zabou Breitman à partir de fragments de Tchekhov, Shakespeare, de Zouk, de Lewis Carroll, d’elle-même et de documentaires, ce spectacle reprend la fameuse phrase de Lydie Salvayre dans La compagnie des spectres « logique imperturbable du fou » et la triture comme le sont et le font les comédiens sur scène !

Unemaisondefous !

La pièce s’ouvre sur une patiente dans un hôpital psychiatrique soignée par deux médecins qui semblent se borner à ne pas la comprendre et elle à exprimer ses difficultés à comprendre pourquoi elle est là. Le décor est planté, le fou à la logique imperturbable n’est peut-être pas celui qu’on croit. Tour à tour les comédiens passent du rôle du patient à celui de médecin ou d’infirmier mais parfois en gardant leur blouse créant une perte de repères, nous faisant nous demander qui est le fou et qu’est ce qu’un fou ? Le fou n’est-il pas celui qui refuse d’entendre l’autre ? ou est-ce celui qui agit de manière déraisonnée ? La première scène nous interpelle et les questions fusent avant de tomber de plus en plus dans le burlesque et les clowneries.

© Vincent Bérenger
© Vincent Bérenger

On croise différentes maladies, la mythomanie, la schizophrénie, l’agoraphobie, pour ne citer qu’elle. Les propos des malades tournent en boucle et semblent s’adapter à n’importe quelle situation de l’hôpital et on retrouve les mêmes patients enfermés dans leurs divagations mais face à des interlocuteurs différents. Une scène déjà jouée est refaite mais d’un autre point de vue, nous faisant mieux comprendre certaines choses et rire de plus belle… Il se passe tellement de choses qu’il est difficile d’en faire un compte-rendu exhaustif mais sachez que les scénettes s’enchaînent à un rythme effréné et que l’ennui n’est pas de mise car les comédiens sont prodigieusement excellents et ils parviennent à nous emmener dans un univers absolument loufoque et étrange qu’on adore retrouver !

« Du moment qu’il existe des prisons et des asiles, il faut qu’il y ait quelqu’un dedans. Si ce n’est vous, c’est moi ; si ce n’est moi, c’est quelqu’un d’autre. »

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© Vincent Bérenger
© Vincent Bérenger

Zabou Breitman tenait vraiment à s’entourer de jeunes comédiens afin d’incarner une forme d’insouciance ou de frivolité qui accentuerait leur démence. Antonin Chalon, fils de la metteure en scène, Camille Constantin, Rémy Laquittant et Marie Petiot ont entre 21 et 24 ans mais force est de constater que ce n’est pas le talent qui manque !
Tous ont été dirigés par le clown Fred Blin, pendant les répétitions, afin que leurs mimiques et gestes soient en parfaite adéquation avec l’univers burlesque qui nous est proposé. Leurs déplacements, leurs regards sont d’une expressivité incroyable et on sombre petit à petit dans la folie avec eux.

© Vincent Bérenger
© Vincent Bérenger

La petite Marie Petiot rayonne tant en québécoise, qu’en schizophrène, qu’en Amina, qu’en docteur Vannier, qu’en complotiste… et sa complicité avec Rémy Laquittant, le géant de la distribution, lors des scènes de porté ou de danse est hilarante. Ce dernier joue d’ailleurs beaucoup sur ce physique imposant qui contraste avec la toute petite voix fluette qu’il utilise le plus souvent, le rendant parfois inaudible et donc ridicule à souhait ! Bien qu’étant le fils de la metteure en scène, on peut difficilement dire que la présence d’Antonin Chalon ici n’est due qu’à du piston tant il est excellent dans le rôle de Monsieur Pereira, le faiseur de troubles de l’asile, ou quand il parle au public – ou tout seul, on ne sait plus bien. Tout comme ses trois compagnons, il fait montre d’une véritable puissance comique. Et enfin Camille Constantin, dont les rôles plus « normaux », moins haut en couleur que les autres, sont incarnés avec brio et maestria, et tout particulièrement celui de la bimbo brésilienne.

© Vincent Bérenger
© Vincent Bérenger

Si le texte est évidemment drôle, il n’en demeure pas moins une critique de la société et des asiles notamment. Les petits intermèdes de danse, d’acrobaties ou de clowneries dynamisent la pièce et on les attend presque plus que les scénettes dialoguées tant elles sont jouissives ! Et je ne vous parle même pas de la scène des lapins tout simplement excellente !

Tout est bien dosé, on aborde un sujet de fond sérieux avec des comédiens à la force comique prodigieuse, capables de nous emporter dans un univers loufoque sans en faire trop !
Et quand la metteure en scène, présente pour la première, rit à gorge déployée et de bon cœur des extravagances de ses comédiens alors qu’elle connaît vraisemblablement par cœur la pièce, c’est souvent signe de qualité. Et le public ne s’y trompe puisqu’il rit de concert avec elle.

Jérémy Engler

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