Beaucoup de bruit pour rien, tout du moins pour pas grand chose

Jusqu’au dimanche 8 février, se tient la 20ème édition du festival Ciné O’Clock, principalement au cinéma Le Zola de Villeurbanne. Un festival qui, une fois encore, célèbre le cinéma britannique et irlandais, pour notre plus grand bonheur. Tout au long de cette semaine L’Envolée Culturelle vous propose une critique sur les films qui y seront projetés, à savourer bien sûr with a cup of tea ! Et aujourd’hui, retour sur Beaucoup de bruits pour rien réalisé par Joss Whedon, plus de 10 ans après sa première adaptation au cinéma par Kenneth Branagh.

Beaucoup de bruits pour rien, Shakespeare is alive !

Et oui, ce grand maître de théâtre est encore vivant, et nous le montre bien derrière la caméra de Joss Whedon. Le film tire son histoire, tout comme son titre, de la pièce du dramaturge écrite en 1612. Cette comédie retrace l’histoire de guerriers sur le retour, Don Pedro accompagné de Claudio et de Benedict. Tout deux vont alors être confrontés à de drôles d’histoires de cœur. Le premier tombe amoureux de la fille de leur hôte, Hero. Le second lui, s’amuse d’une querelle sans fin avec Béatrice, la cousine d’Hero. Tout cela s’entremêle bien sûr avec les entourloupes du machiavélique Don Juan ! Si le ton est éminemment comique, face plus secrète de l’auteur, les plans et secrets sont dignes de ces tragédies. Du Shakespeare, mais avec des fins heureuses, et sans morts ! Parce qu’il nous fait découvrir cela, le cinéaste gagne un point. S’il arrive à s’en défaire et faire un film moderne, le théâtre et ses codes restent présents tout au long du film, de manière plus ou moins soutenue selon les scènes. La scène de monologue face à un théâtre grec en miniature est particulièrement efficace. Joss Whedon pousse même cela encore plus loin en mettant en place une méta-théatralité plutôt intéressante avec la présence de cette mystérieuse photographe qui nous regarde. Le travail entre tous ces codes, ajoutés à ceux du cinéma, donne au final une œuvre relativement intéressante, avec de savoureux clins d’œil.

Beaucoup d’effets visuels… Pour rien?

Si l’histoire est en effet amenée de façon plutôt juste, le choix du noir et blanc ne trouve pas forcément de justifications, et n’ajoute pas une ambiance particulière. Au contraire, la couleur manque, et son absence ne se laisse pas oublier. Malgré ce petit défaut, il faut noter que le cadrage du film est lui particulièrement savoureux. Certains plans sont simplement beaux, et parviennent à marquer la scène d’une véritable tension dramatique. On pense notamment à la scène de la piscine, où la camera se place à la surface de l’eau, centrée sur Claudio cerné par des serpents, dont Don Juan, venus lui mettre de mauvaises idées en tête. La scène des deux acrobates est elle aussi d’une grande poésie visuelle. L’image alterne donc entre plans parfaitement cohérents et noir et blanc un peu surfait. Malgré tout, le réalisateur a su se détacher du texte et de l’univers d’origine, à l’inverse du premier film. Il crée ainsi un véritable conte moderne, simple mais toujours efficace.

Mais l’humour anglais please !

Car ce qu’on aime dans les films britanniques, c’est bien cet humour si particulier dont beaucoup raffole. Et dans ce long-métrage, pas de mauvaise surprise, il est bien présent, et encore une fois, on adore ! Les scènes où Béatrice et Benedict écoutent en cachette les révélations sur le prétendu amour que l’un porte à l’autre sont particulièrement efficaces. Les deux flics, montrer comme deux benêts pas très doués dans leur métier sont eux aussi très drôles, frôlant parfois la lourdeur mais y échappant tout de même dans la plupart des cas. Si l’humour est purement britannique, la façon de montrer les histoires d’amour est pour le coup beaucoup plus américaine, léger petit bémol, qu’on pardonne sans grande peine.

Beaucoup de bruits pour rien est donc un film plutôt bien ficelé, pas révolutionnaire dans son genre mais relativement efficace. Pas de rediffusion de ce film lors du festival, mais n’ayez crainte, il y’en a pleins d’autres à découvrir jusqu’à dimanche , avec par exemple demain un documentaire sur les sœurs Bronté, et également, samedi à 21h, le film A Hard days’s Night sur les Beatles suivi d’un blind Test. A suivre…

Marie-Lou Monnot

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