La Belle Escampette : une ode à la liberté

Vous le savez sans doute, le Théâtre de La Renaissance a fait peau neuve après quelques travaux à l’automne. En ce mardi après-midi de février, il dévoile un nouveau visage. Ce visage est celui d’enfants souriants et joueurs qui attendent impatiemment le spectacle. Pour certains, c’est peut-être la première fois qu’ils viennent au théâtre. Au programme, La Belle Escampette, un spectacle (à partir de 4 ans) – audacieusement – mis en scène et interprété par Claire Monot, accompagnée d’Anaïs Pin au violoncelle, au chant et au jeu. Un spectacle musical de 45 min pour toute la famille sans exception ! À voir jusqu’au jeudi 23 février à 16h (horaires de vacances).

Un spectacle de théâtre musical

Claire Monot et Anaïs Pin transportent le spectateur dans une autre époque. Nous avons devant nous deux princesses qui, au fil des chants et musiques, accomplissent leurs tâches quotidiennes sous le regard autoritaire d’un roi peu bavard. Il s’agit en effet d’un roi en papier. L’une, en petit chef d’orchestre, se plie en quatre pour plaire au roi. Elle est des plus disciplinées et suit à la lettre chaque rituel en donnant le tempo à l’autre qui se laisse déborder par son énergie et son envie de s’amuser. Il faut pourtant se pomponner, faire ces gammes et ne surtout pas sortir des règles. Mais alors, la première se laisse happer par le trop plein de vie de l’autre et les deux se libèrent. Claire Monot et Anaïs Pin sont deux interprètes à la voix envoutante. Elles chantent des mélodies d’un autre temps dont les paroles en français, en ancien français ou même en latin nous emportent que nous soyons petits ou grands. Certains passages sont actualisés pour notre plus grand plaisir : Anaïs Pin laisse alors sortir la fougue créative qui sommeille dans son personnage. Dans La Belle Escampette, la musique n’est pas une simple illustration de l’action ou un accompagnement mélodieux. À travers l’alternance de retenue et de lâché-prise, à travers les paroles des chants, les deux interprètes créent leur trame dramatique.

© Emmanuel Mathias - Gérard David
© Emmanuel Mathias – Gérard David

Du XVIIème siècle à aujourd’hui

Les décors, les costumes, les musiques, s’inspirent de manière ludique de l’univers baroque. Nous nous émerveillons face aux coiffes à plumes et autres zoziaux, aux corsets en grillage de jardinage, aux robes aux milles volants en papier, et au majestueux miroir en ustensiles de cuisine. Dans cet univers qui s’évade vers les XVIIème et XVIIIème siècles, Claire Monot et Anaïs Pin s’amusent à brouiller les pistes de l’interprétation en donnant une multitude de clés de compréhension. Nous avons à la fois deux enfants, deux fillettes qui refusent d’obéir à des règles ennuyantes et nous avons aussi deux femmes qui refusent la soumission aux carcans de la société. Les chants se moquent et tournent en dérision de vieux diktats d’une autre époque pour faire écho d’autant plus férocement à notre contemporanéité. Jusqu’à quel point les plus jeunes enfants comprennent ces références à l’inégalité entre les femmes et les hommes ? La question reste ouverte mais il semble que La Belle Escampette est un spectacle qui propose d’autres repères auxquels chacun peut se rattacher pour construire sa propre histoire.

Alors qu’est-ce que tu as compris du spectacle ? 

Alors que nous avons davantage l’habitude de voir des spectacles qui parlent à l’enfant qui est en chacun de nous, la Belle Escampette murmure à l’adulte en devenir de chaque enfant. Il sème des graines, des références culturelles du passé et aussi de notre société contemporaine. C’est donc agréable d’assister à un spectacle ouvert à partir du plus jeune âge qui n’infantilise pas. Même si les références culturelles peuvent paraître exigeantes pour ces petits hauts comme trois pommes, ce spectacle nous met face à notre position d’adulte et nous pousse à laisser l’enfant percevoir ce qu’il souhaite dans le spectacle. Il est évident que parents et enfants ressortent avec une histoire différente de ce spectacle : à chaque âge son interprétation et son appréhension de la vie. La Belle Escampette nous place à un endroit de dépossession : accepter de se laisser déposséder par l’art reviendrait peut-être aussi à accepter de se laisser déposséder par ce que l’enfant comprend, à laisser l’enfant libre de ressentir sa propre interprétation du spectacle.

 

Camille Dénarié

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