Ma biche et mon lapin, une incroyable histoire d’amours

Du 12 au 16 avril 2019, le Kingfestival de Velikiy Novgorod, festival de théâtre pour jeune public, proposait un Focus sur le théâtre français. Après La Balle Rouge, nous était présenté Ma biche et mon lapin du collectif d’artistes AÏE AÏE AÏE. un théâtre d’objets particulièrement intéressant qui, depuis 2012, fait la tournée des festivals internationaux car muet et donc universellement compréhensible.

Des couples improbables mais d’une logique imparable

« Ma biche », « mon lapin » sont des mots que vous utilisez peut-être pour désigner la personne que vous aimez, ou alors vous les avez déjà entendus pour désigner l’être aimé. Partant de l’existence de ces surnoms, Julien Mellano et Charlotte Blin ont imaginé à quoi ressemblerait l’histoire d’amour entre une biche et un lapin. Et si une telle histoire entre deux mammifères si différents peut exister, pourquoi ne pas en imaginer avec d’autres objets improbables… Après l’histoire de ces deux animaux, on suit celle de la biscotte et de la terrine, de l’opinel et du napperon, de la serviette et du rond de serviette, de la fiole médicale avec un verre malade. La terrine s’étale sur la biscotte, l’opinel sert à étaler la terrine sur la biscotte qui elle-même était posée sur un napperon, donc leurs rencontres et amours obéissent à une certaine logique également. Une fois ces couples installés, on suit leur histoire, l’évolution de leurs amours et les difficultés qu’ils peuvent rencontrer à l’exception de la naissance d’un enfant.

© Collectif Aïe Aïe Aïe

Une inventivité dans la mise en scène

Tout commence donc par une biche et un lapin qui semblent appartenir au même service de table en porcelaine et qui renferme chacun un secret. Lorsqu’ils révèlent ce qu’ils ont en eux, on découvre une tartine dans la biche et de la terrine (de lapin ?) dans le lapin, Ils se servent donc d’un Opinel pour étaler la terrine sur la biscotte qui reposait sur un napperon qui deviendra le conjoint de l’Opinel. Toutes ces histoires improbables sont en fait connectées et découlent les unes des autres. C’est ainsi qu’Opinel et Napperon achèten la maison de Fiole médicale après qu’il déménage avec Verre malade. Certains couples se séparent car ils ne sont plus sur la même longueur d’onde ou parce qu’ils ont rencontré quelqu’un d’autre, comme cela peut arriver dans la vie. Ce vaudeville sarcastique sur nos vies aborde avec humour les aléas d’un couple, notamment quand la maison de Fiole médicale et Verre malade devient, suite à leur rupture, un « hôtel » où chacun peut dormir avant de devenir une « diskhotek » où les gens peuvent se rencontrer avant de trouver un club « hot » pour plus d’affinités et d’infidélités. La pancarte sur la maison évolue au fur et à mesure de l’évolution du lieu qui voit passer chaque couple ou presque.

© Collectif Aïe Aïe Aïe

L’humour est également présent du côté des comédiens/marionnettistes qui expriment avec des mimiques et des gestes ce que les objets ressentent. Ils deviennent une extension de leurs sentiments, ils les font vivre et nous montrent l’émotion née de ces histoires amoureuses. Toutes leurs actions sont coordonnées avec la musique qui est incorporée à chaque objet récipient. La plupart des gros objets qu’ils utilisent peuvent être ouverts et à chaque ouverture, ils révèlent un secret. Si le secret le plus évident est celui qui révèlera le couple suivant, l’autre est la découverte d’enceinte dedans. Ils ont ajouté une enceinte à l’intérieur de chaque boite et tous les couples ont une musique, un thème qui leur est associé et qui devient plus fort lorsqu’on ouvre la boite, le son n’étant plus obstrué par un couvercle. Ces objets fonctionnent comme des poupées russes, chaque fois qu’on en ouvre une, on découvre quelque chose de nouveau et d’inattendu à l’intérieur, chaque ouverture de boîte devient le début d’une histoire qui en contient elle-même plusieurs.

En partant du modèle humain, les artistes parviennent à nous faire ressentir les aléas de la vie de couple avec facilité, humour et décomplexion. Leurs mimiques sont à mourir de rire et leur dextérité dans le maniement de ces objets en font un spectacle à ne pas manquer !

Jérémy Engler

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