Bitch Planet, le comics féministe futuriste

Dans un monde dominé par les hommes, les femmes « non-conformes » sont envoyées dans une prison en orbite terrestre. Réalisé par Kelly Sue DeConnick et Valentine De Landro, Bitch Planet est un comic book féministe et dystopique édité en France chez Glénat. Il faisait partie de la sélection officielle du 44e festival international de bande dessinée d’Angoulême.

Un scénario dystopique

© Glénat / Kelly Sue DeConnick / Valentine De Landro
© Glénat / Kelly Sue DeConnick / Valentine De Landro

Dans un futur proche, le monde est gouverné par le patriarcat des hommes. Les femmes occupent des positions subalternes et doivent se plier aux volontés masculines. Celles qui refusent doivent être « rééduquées ». Les plus récalcitrantes, les trop noires, trop lesbiennes ou tout simplement pas assez conformes sont envoyées dans un « établissement auxiliaire de conformité », une prison pour femmes sur une autre planète plus comment appelée « Bitch Planet ». Étroitement surveillées par des gardiens masqués, elles vont découvrir les joies de la vie carcérale et son lot de violences et d’humiliations.

Entre récit de science-fiction et critique virulente de notre société, Bitch Planet se situe dans la lignée du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1931) ou de 1984 de George Orwell (1949). Cette bande dessinée futuriste nous montre un monde dans lequel les femmes se rebellent contre l’ordre établi par les hommes en leur faveur. Faisant écho à nos sociétés actuelles, elle présente un cas de paroxysme de domination des femmes par les hommes. Dans cet univers où les femmes se doivent d’être conformes, seul un match de « megaton », sport très populaire, pourra leur permettre de livrer leur combat. Récit engagé, Bitch Planet est un coup de poing littéraire et graphique. Entrecoupé de fausses pubs, il s’agit aussi d’un pur produit de la pop culture à la couverture digne d’une affiche de film de Quentin Tarantino.

Une œuvre très classique

Auteure, éditrice et traductrice de mangas en langue anglaise, Kelly Sue DeConnick a travaillé en tant que scénariste pour Marvel, Dark Horse et Image Comics, les plus grandes sociétés de distribution des comics aux États-Unis. Valentine De Landro est illustrateur et a également travaillé chez Marvel et Dark Horse. À eux deux, ils ont voulu produire une œuvre engagée et originale. Pour De Landro, « dès le début, on s’est assurés que les héroïnes ne seraient pas à prédominance blanche. Je crois que cette décision va faire bouger les choses, et notamment abattre certaines barrières dans le comics mainstream ». Pour DeConnick également, « je suis une femme blanche qui écrit un livre dont les héroïnes sont des femmes de couleur, et l’idée me terrifie ».

Il suffit de suivre un cours d’histoire de l’art pour se rendre compte que ce principe existe depuis toujours, à des fins très diverses. Dans l’histoire moderne, le courant des films de la blaxploitation aux États-Unis est un bon exemple. Mettant en scène des acteurs noirs, ces films ont été en grande partie produits par des blancs dans le but de remplir les salles de cinéma désertées par les classes moyennes des années 1970. Bitch Planet reprend par beaucoup d’aspects les codes des univers dystopiques dans la fiction : une société clivée sans possibilité de changement dans un décor futuriste où règnent des machines et autres intelligences artificielles. Les personnages principaux sont les intouchables de ce monde dans lequel ils, ou dans le cas présent elles, cherchent à se rebeller. Un synopsis qui reprend des thèmes assez courants sans apporter vraiment de nouveauté au genre. Le scénario lui-même est assez décevant et n’explore pas assez les interactions entre les personnages. Passé les premières pages, une certaine banalité s’installe, malgré des fausses publicités au graphisme original qui entrecoupent le récit.

© Kelly Sue DeConnick / Valentine De Landro
© Kelly Sue DeConnick / Valentine De Landro

Bitch Planet reprend des codes très rependus du comics et de la science-fiction dystopique sans pour autant arriver à en faire une sauce originale. Malgré une couverture funky, on se lasse dès les premières pages à cause d’un certain manque de profondeur. Un second tome étant prévu, on souhaite qu’il soit meilleur que le premier.

Guillaume Sergent

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