Black Sands – Unité 731 – quand le fantastique embrasse le fait historique

Avant de se lancer dans une œuvre solo sur la 2nde Guerre Mondiale, comme il nous l’a confié lors d’une interview, Tiburce Oger met un premier pas dans cet univers avec l’écriture du scénario de Black Sands –Unité 731. Après le récit de la vie d’un chasseur de bison dans Buffalo Runner, il met son talent au profit d’une histoire mélangeant faits historiques et fantastiques. Cet album marque également les premiers pas de Mathieu Contis dans la création d’un album professionnel. Bien qu’officiant dans le monde du 9ème art depuis plusieurs années grâce à sa maison d’édition Dédales, Black Sands – Unité 731 – est son premier ouvrage personnel et professionnel. Après deux ans de travail, le designer en freelance et l’amateur de western se sont lancés dans la BD de guerre, avec un sujet encore très sensible et qui a longtemps été controversé…

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L’unité 731, le dossier noir « secret » de l’armée japonaise

Dès années 1930 à la prise de la Mandchourie par les Soviétiques en 1945, les japonais se sont livrés à des expériences scientifiques atroces sur des êtres humains. Cette section de l’armée japonaise avait pour but de créer des armes bactériologiques en faisant des essais sur des cobayes humains. Les maruta, « les bûches » en japonais, se voyaient injecter des maladies graves ou rares ou étaient victimes de vivisections afin de tester l’efficacité de leurs nouvelles armes. Ces tortures aussi bien infligées à des enfants qu’à des adultes ont été étouffées pendant des années. C’est en 2004, seulement, que le Japon a officiellement reconnu l’existence de cette unité, dont d’anciens membres avaient commencé à parler, et à la condamner en tant que crime contre l’humanité. Cependant le responsable de ces expériences, Shiro Ishii, qui est d’ailleurs présent dans cet album, n’a pas été condamné car il a trouvé l’asile aux Etats-Unis en échange de ses notes et de son travail sur ce projet… C’est d’ailleurs ce projet là qui est à l’origine du débarquement sur l’île d’un commando américain dans la BD de Contis et Oger.
L’ouvrage recrée cette unité 731 sur l’île de l’archipel Bismarck mais y ajoute une part de fantastique. Si les expériences menées sur les prisonniers de guerre ou opposants politiques sont bien réelles, elles ne servent plus à créer des armes bactériologiques mais plutôt des supers-soldats zombies…

L’île de la solitude et de la souffrance

1903_P5Sur cette île, point de salut, seules la mort et la souffrance règnent. C’est pourquoi un commando de marines y est envoyé pour régler ce problème mais tout ne se passe pas comme prévu et plusieurs soldats meurent ou sont forcés de passer à l’ennemi à cause des attaques des zombies. Mais petit à petit se pose la question de l’objectif réel de la mission : le sauvetage des victimes ou le vol des données ? Plus tard, un autre commando débarquera sur l’île avec des intentions de sauvetage mais est-ce vraiment le cas ? Ces recherches, aussi ignobles soient-elles, attirent les convoitises, montrant à quel point l’armée et les gouvernements ne sont pas si vertueux… Tout en narrant un fait historique avec des touches de fantastique, l’album critique implicitement le comportement des classes dirigeantes lors de différents conflits, donnant un axe de lecture supplémentaire à cette œuvre plus riche qu’elle n’y paraît.

À la découverte de l’île et du virus…

Si la BD s’ouvre sur le débarquement du commando, leur histoire est vite reléguée au second plan afin de s’intéresser au sort de naufragés d’un destroyer américain abattu par un sous-marin japonais. Arrivés sur l’île, ils découvrent les restes du camp du commando sur la plage et comprennent qu’il se passe des choses étranges sur cette île. Au fur et à mesure de leur exploration, ils se font attaquer par des hommes qui semblent possédés et invulnérables, et dont le seul point faible est la tête. Mais dans cet assaut, plusieurs meurent et un se retrouve blessé. La force de cette BD est de nous laisser aussi désemparé que les protagonistes. On ne comprend pas ce qui se passe, d’autant plus si on n’a aucune connaissance sur l’unité 731 et ses actions. On se retrouve en pleine immersion et on voit les naufragés mourir un par un et se retourner contre ses anciens camarades, sans comprendre réellement pourquoi… Il faudra la rencontre des rescapés du commando pour commencer à entrapercevoir le début d’une piste…

BS_teaserFinalement, la capture du dernier des naufragés vivants, Joseph Gregovitkz permet d’entrer dans le camp et de découvrir ce qui s’y passe mais à aucun moment on ne nous explique pourquoi certaines personnes sont immunisées contre ce virus ni comment il est possible qu’une tribu de cette île ait dans son sang ce virus et qu’ils vivent bien avec…
En partant d’un fait historique avéré, Tiburce Oger profite de l’aspect secret du dossier pour ajouter une part de fantastique, quelque chose qui aurait pu être étouffé malgré les révélations sur les travaux menés dans cette base. Le travail de Mathieu Contis au dessin traduit parfaitement la jungle oppressante grâce à l’utilisation de couleurs tantôt chaudes pour retranscrire le côté hostile et tantôt froides pour retranscrire l’ambiance inquiétante de la nuit. Certains dessins sont en sépia pour signifier l’aspect historique de l’album et participent à la vraisemblance de l’histoire malgré le fantastique. Les jeux sur les couleurs lors des coups de feu nocturnes ou des affrontements donnent également un côté très réaliste à ce qui se passe sur cette île.

L’incompréhension de départ crée une ambiance survoltante et nous plonge dans un thriller haletant pour tenter de comprendre ce qui se passe sur cette île et surtout ce qui se cache derrière ces zombies…

Jérémy Engler

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