La Boîte rouge, un conte des temps modernes

L’album La Boîte rouge, publié chez L’École des loisirs en novembre 2016, est écrit par Carl Norac et illustré par Stéphane Poulin. Ce livre concentre toutes les passions et domaines de prédilection de l’auteur. On retrouve dans ce conte des temps modernes, non seulement le Québec, région où Carl Norac a vécu pendant quelques années, mais également son goût pour le conte et les voyages. En effet, Carl Norac s’est d’abord fait connaître dans les années 80 pour ses adaptations de contes classiques tels que Blanche-Neige et les sept nains ou Le Petit Poucet. Puis, il a confié à plusieurs reprises son amour des voyages et sa volonté de faire découvrir au lecteur un nouvel univers à chaque album. Les illustrations du Québécois Stéphane Poulin conviennent parfaitement au projet de Carl Norac, ce qui permet au lecteur de s’évader et de s’émerveiller à chaque page.

Et d’aventure en aventure

© Carl Norac, Stéphane Poulin, École des loisirs
© Carl Norac, Stéphane Poulin, École des loisirs

Dans cet album, Carl Norac nous offre un très beau conte. Tous les ingrédients de ce genre littéraire sont réunis. Tout d’abord, il s’agit d’une véritable aventure semée de péripéties. Nous suivons Luna, une petite fille intrépide, surnommée à juste titre Uapush c’est-à-dire « le lièvre » par son grand-père indien. Grand-père Maïkan confie une mission à Uapush : elle est chargée d’apporter une boîte rouge à un de ses amis gravement malade. Ni une ni deux, Luna accepte le défi et se met en route. Pour rejoindre la ville et l’ami de Maïkan, le parcours est difficile. On retrouve ici un deuxième ingrédient du conte, le thème de l’initiation. Grâce aux difficultés qu’elle rencontre, la petite fille grandit au cours de son périple. Elle apprend à apprivoiser ses peurs, à affronter les privations comme la faim ou l’absence de logement, à trouver un moyen pour acheter un billet de train. Heureusement, des adjuvants sans doute commandés par Grand-père Maïkan qui avoue être un peu sorcier, viennent au secours de Luna. On décèle alors le troisième ingrédient indispensable au conte, le merveilleux. Le quatrième ingrédient est bien évidemment, le suspens. Jusqu’au bout le lecteur se demande ce que contient la fameuse boîte rouge, la réponse est aussi logique que poétique. À vous de la découvrir.

Ce conte est d’autant plus réussi qu’il s’adresse également aux enfants plus âgés et aux adultes. Il est une mine de clins d’œil à des contes traditionnels. La petite fille à qui l’on donne des recommandations, à qui l’on confie une boîte rouge, et qui traverse une forêt rappelle à bien des égards Le Petit Chaperon Rouge. Les sept bûcherons que Luna rencontre dans la forêt sont une référence évidente aux sept nains de Blanche-Neige. Et puis, lorsque la petite fille se retrouve seule dans la ville, contrainte à s’abriter sous un carton, et qu’elle s’endort en appelant les siens, on pense inévitablement à La Petite fille aux allumettes.

Du conte traditionnel au conte moderne

Au-delà des ingrédients du conte, l’auteur reprend des thèmes chers à ce genre littéraire. La question de la transmission est omniprésente. À travers cette mission, le grand-père donne à sa petite fille son goût pour les voyages, l’aventure et lui transmet de belles valeurs humaines comme l’amitié, la générosité. Il lui apprend à avoir confiance en elle et en les autres. À aucun moment Luna ne doute des humains qu’elle rencontre : elle se laisse guider par les bûcherons, elle accepte qu’une vieille dame l’emmène jusqu’à l’adresse de l’ami de son grand-père et qu’un voisin la reconduise chez elle pour le retour. La morale qui fait partie intégrante du conte est donc distillée çà et là : il faut avoir foi en l’humanité.

Cependant, l’auteur inscrit son histoire dans une réalité contemporaine et ce sont alors des messages d’actualité qui sont donnés à entendre. Ainsi, l’enfant comprend qu’il faut être attentif aux animaux, prendre soin de la nature. Luna n’hésite pas à s’adresser aux animaux comme s’ils étaient humains et à profiter de la douce sensation qu’offre le contact du sable qui file entre les doigts. On perçoit un autre écho au monde moderne dans le fait que Luna ne trouve pas de bonne fée pour la mener à Montréal mais décide de danser dans la rue pour obtenir l’argent nécessaire à l’achat du billet de train. La sombre réalité rattrape également le conte lorsque Luna dort sous un carton. Bien que cet album soit construit comme un conte, il n’en oublie pas pour autant le monde dans lequel nous vivons et ses tristes réalités.

Des illustrations ou un hymne à la beauté de la nature

Carl Norac nous fait voyager avec les mots et Stéphane Poulin avec ses dessins. Le lecteur est saisi par la beauté des couleurs chatoyantes. L’œil est attiré par des couleurs aussi vives les unes que les autres. Le bleu, le rouge, le vert et le orange nous accompagnent tout au long du périple de Luna et nous donnent envie de parcourir les grands espaces québécois. La nature est ainsi sublimée. Elle apparaît dans toute sa force et sa splendeur.

L’illustrateur réalise également un très beau travail sur l’expression des visages. Le moment de tension où le grand-père confie la mission à Luna se lit sur les visages des personnages. On voit à la fois la crainte des personnages et leur détermination. De même, certains choix de cadrage sont très significatifs. Lorsque la petite fille danse pour payer son billet de train, on ne voit qu’elle. La foule est sans visage, car ce qui compte à ce moment-là c’est la petite fille et son application des valeurs qu’elle a reçues : elle danse, comme son grand-père, pour gagner de l’argent.

Bref, ce sont des illustrations chargées d’émotion et de poésie que l’on se plaît à contempler comme des tableaux.

Cet album est un véritable enchantement. Les mots aussi bien que les images émerveillent adultes et enfants. L’écriture est rythmée et les images sont à couper le souffle. N’hésitez pas à vous laisser embarquer !

 

Mel Teapot

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