Bonne humeur et discriminations – Les Exclusés au théâtre Atypik

Allez découvrir, au théâtre Atypik, jusqu’à la fin du festival d’Avignon, Les exclusés ou le cabaret de la p’tite misère, à 19h30. Tirés de textes de Fréderic Sabrou, Guillaume Hasson, Daniel Soulier, Sonia Brandglidor et Jean-Jacques Devaux, cette pièce, mise en scène par Abdel Bouchama, est dynamique, mordante et émouvante ! À voir absolument…

 

Un projet humain

Les exclusés ou le cabaret de la p’tite misère est une réflexion sociale sur les exclus de la vie, les SDF par exemple, mais également d’autres, comme les victimes de racisme, ou ceux qui sont exclus de toute vie sexuelle. Désopilante et engagée, cette pièce, tenue par un quatuor d’acteurs talentueux, se décompose en plusieurs tableaux. Par exemple, un jeu télévisé est organisé parmi les comédiens. Entre deux candidats, le but est de décider qui a le plus souffert, pour qu’il soit dédommagé, ou plutôt récompensé. Cette exploitation de la misère à des fins commerciales, qui semble avoir lieu dans un futur proche, tend à dénoncer le spectacle de la misère qui se bouscule quelquefois sur les chaînes d’informations télévisées. Stérile, le spectateur devient le juge de celui qui a le plus souffert, et à la place d’une dénonciation, c’est plutôt une sorte de voyeurisme malsain qui est à l’œuvre.

Des moments de chansons viennent interrompre le texte régulièrement, sur des vieux airs français. Dynamisantes, ces intermissions ont un charme fou, puisqu’elles décrivent avec entrain, et bonne humeur, la misère que vivent les exclus. Ce qu’il y a de beau dans ce spectacle, c’est que bien que le propos mette à charge les discriminations, les personnages ne se complaisent dans la misère. La critique des inégalités n’en devient que plus percutante.

Une pièce engagée

Le décor, changeant, semble être d’un autre siècle, les meubles paraissant avoir été acheté à une brocante. Il se modifie au fur et à mesure, et les éléments qui le constituent peuvent avoir plusieurs utilités différentes. À l’image de ces exclus qu’ils portent au-devant de la scène, on a l’impression qu’ils ont fait avec ce qu’ils avaient sous la main. Néanmoins, les accessoires n’ont pas été choisis par hasard, puisqu’ils ont presque tous une symbolique intéressante. Leurs costumes, qui semblent trop grands pour eux, sont tous sensiblement dans le même style, qu’ils soient oppresseurs ou exclus : les rôles semblent donc être toujours réversibles, et du même fait, la différence humaine entre les deux groupes, intégrés ou oubliés, paraît inexistante.

Cette pièce nous met face à nos réactions habituelles, quand les personnages mendient, pendant une partie d’un tableau. En nous plaçant, dans le contexte particulier du théâtre, devant nos sourires gênés et nos tentatives d’ignorance, la compagnie nous interroge sur nos façons d’oublier les autres. Le spectacle repose donc beaucoup sur l’interaction avec le public, mais s’il est, au cours de la représentation, questionné sur ses habitudes, la démarche n’est jamais moralisatrice.

Avec cette pièce, on tombe quelquefois dans un entre-monde, entre les panneaux. Durant ces transitions, les acteurs font semblant de se battre, souvent. Cela relève la tension, et permet de créer une bulle d’air par rapport au reste du spectacle, qui repose sur de l’humour noir. Il est intéressant de noter que les deux acteurs masculins continuent de se chamailler pendant que les applaudissements éclatent, sous-entendant ainsi que le spectacle n’est pas complètement fini, et nous invitant donc à envisager le monde, une fois sortis du théâtre, comme un énième tableau de la misère de certains hommes. En ceci, cette pièce nous prouve que les rapports de force ont lieu dans la vraie vie, et nous demande de porter un regard différent sur autrui.

C’est une pièce incontournable, véritable coup de cœur, qu’il faut aller voir ! Les quatre artistes, Michelle Attard, Philippe Blanc, Philppe Péraldi et Nathalie Salvat sont phénoménaux, et manient à perfection l’humour grinçant, et dénoncent avec bonne humeur les discriminations.

Adélaïde Dewavrin

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