Les bonnes : Femmes de bonté, fan de luxe, femmes de jeu

Du 16 au 21 octobre 2018, Les Bonnes occupe la salle du théâtre Espace 44. Cette belle « sale » est figurée par Justine Petitjean (interprétant Claire), Marion Germain (Solange) et Lucie Gomez (leur maitresse), jeunes actrices fraichement sortie de l’école Acting Studio. Portrait de 3 femmes sublimées de vices, Les Bonnes, pièce écrite par Jean Genet, pose le doigt sur un problème identitaire qui prend racine dans l’opposition typographique des personnages. La compagnie Pleine Louve interprète ses sales caractères dotés d’une bonté mal avisée, et en l’occurrence méconnues. Pièce, maîtresse, du passé de Jean Genet, il puise dans ses expériences difficiles pour donner naissance à un drame captivant.

Personnalités singulières 
Abandonné par sa mère, femme de chambre, on peut concevoir que Jean Genet s’est inspiré de cette femme pour écrire cette pièce. Datant de 1947, cette pièce a choqué ses contemporains. Vulgaire, elle met en scène deux sœurs : Claire, confiante et révoltée, Solange, douce introvertie. Elles convoitent les privilèges qu’a leur employeur (Lucie Genet). Enorgueillies par la richesse qui les entourent, elles s’adaptent à celle-ci. Elles se vêtissent des habits de leur maîtresse et adoptent des brides de son caractère : sévérité, égoïsme, générosité hypocrisie. Sadiques, elles iront même plus loin ! Qui sera la plus bonne ? Le jeu bien exécuté, mais encore fragile de la compagnie, permet tout de même de mettre en évidence les conflits d’intérêt qui opposent les deux sœurs. Première représentation d’un projet de haut vol, les voilà propulsées dans le monde des pros de la scène. Ce lourd projet suffira à vous transporter. Évitons juste de ne pas trop nous élever.

Résultat de recherche d'images pour "les bonnes espace 44"Les thèmes évoqués sont très contextuels : la bourgeoise, le meurtre, le proxénétisme, la destruction, font de Jean Genet un auteur scandaleux, un auteur critique de son temps. Mort en 1986, son travail subsiste, il anime cette semaine l’Espace 44.

Jeux de mots, jeux de sens : jeu de perception 
Jeux lubrique, cette pièce mêle les mots, les entrecroise, comme les personnages, ils s’accouplent. Ils donnent du sens à ce qui n’en a plus, ou, confondent une chose à une autre. La pièce en devient A-théorique, on écoute cette pièce, forcé de bipolariser chaque élément. Les caractères, bonté et méchanceté ou encore luxure et pauvreté, sont interprétés tantôt par Claire, tantôt par Solange. Attitude A-théorique, mêlée à un Vaudeville topologique, nos sens se retrouvent constamment perturbés. Cela nous mène à l’acceptation de la perte de repères. Nous sortons de nos plates-bandes, nous sortons de la caverne.

 

« Bonne, trop bonne », dit Jacques Chambon, ancien professeur du collectif. Il est chargé d’accompagner le collectif dans leur mise en scène. Acteur, auteur et metteur en scène, on lui doit Plein phare. Fort d’expériences, il a su partager la passion de son métier aux trois comédiennes. Gestes millimétrés et tons accordés, nous leurs devons une belle interprétation et un bon moment. C’est pour eux, un an de collaboration, pour nous un soir de plaisir.

Vassily Hüngsberg

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *