Boule & Bill 2013 : un humour de poker

Laurent Verron étant invité au festival Lyon BD qui se déroulera les 13, 14 et 15 juin, c’est l’occasion pour nous de revenir sur un bande dessinée qui a marqué des générations : Boule & Bill. Né en 1959 sous la plume de Jean Roba, le duo Boule & Bill  a une belle prospérité : une trentaine d’albums, deux séries animées et un film. L’année dernière est sorti l’album Un amour de cocker, dessiné par Laurent Verron et scénarisé par Cric, Pierre Veys et Diego Aranega. Si l’atmosphère de la bande dessinée est toujours présente, on regrette un manque cruel de comique.

Vous pourrez rencontrer Laurent Verron à l’occasion du Lyon BD Festival les 4 et 5 juin 2016 !

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Boule & Bill : Days of Future Past

Parmi le panthéon des amateurs de bande dessinée, à côté de Donald, Tintin et Astérix, on peut certainement ranger Boule & Bill. Destiné aux plus jeunes lecteurs, c’est un peu de son enfance qui revient lorsque l’on rouvre un album de la série du petit rouquin et de son cocker facétieux. Caroline la tortue est toujours aussi amusante, les parents toujours aussi gaffeurs, et le dessin d’un enthousiasme rafraîchissant.
C’est dans le numéro 1132 de Spirou, magazine de bandes dessinées belges, que naissent Boule et Bill, d’abord sous forme d’histoire complète. Cependant, très rapidement, leurs aventures sont composées de gags hebdomadaires, qui connaissent une très grande popularité. D’abord publiés sous le nom 60 gags de Boule et Bill pour les sept premiers tomes de la série, des titres finissent par s’imposer au cours des réimpressions par différents éditeurs. C’est Dargaud qui s’empare des droits en 1988, et commence à organiser un peu toutes ces petites histoires drôles. Les gags belges, à partir de 1999, connaissent une refonte majeure : les albums sont uniformisés en 44 planches, et des titres sont donnés à chacun.
Divers magazines se chargent de la prépublication ou de publication de hors-séries : Spirou, Pif Gadget puis Le Journal de Mickey. Le nombre de personnages secondaires augmente considérablement (il y en a actuellement une vingtaine), de même que le nombre de scénaristes : Maurice Rosy, Raoul Cauvin et Éric Corbeyran sont les figures de proue de cette grande machine à bulles. En 2003, Laurent Verron reprend les traits de Jean Roba, et assure la continuité de la série, bien que son style ait pu faire grincer des dents les plus fervents admirateurs de la bande dessinée.
Par la suite naît une série animée de 104 épisodes de 6 minutes, qui connaît une belle popularité. Diffusée à partir de janvier 2005 sur TF1, elle est ensuite rachetée par Télétoon qui continue de la diffuser de temps à autres. Une précédente tentative avait été lancée en 1975, mais elle n’a connu que 26 épisodes. Les adaptations cinématographiques de Boule & Bill seraient-elles vouées à ne connaître que des échecs ?

illustration de Jean Roba
dessin de Jean Roba

Le flop cinématographique, ou la fausse bonne idée

En 2013 est sorti le film Boule & Bill, dont on retrouve quelques clichés bizarres à la fin de l’album de la même année, accompagnés de quelques encadrés pseudo-informatifs du style « Cela va peut-être vous sembler la préhistoire, mais l’histoire se déroule dans les années soixante-dix, quand vos parents étaient des enfants ! ». Une quinzaine d’images sont tirées du film et « commentées » par Bill. La promotion est ratée : tous les clichés sont ternes, mis à part l’affiche du film : on a du gris, du marron, du taupe. Bref, on est très loin de l’univers de la bande dessinée, et le film a fait un flop total. Hugues Dayez, ami de Jean Roba, en a dit : « le projet d’Alexandre Charlot et Franck Magnier – scénaristes du pénible Astérix aux Jeux Olympiquesest, dès le départ, absurde […]. La démarche des producteurs de ce film est cynique […] et pour faire n’importe quoi : une pochade pénible, avec des gags poussifs… Et, en guise de cadeau bonus, le pire acteur français des années 2000 : Franck Dubosc ».
Histoire, pourtant, de voguer sur l’éventuel succès qu’aurait pu avoir ce « film de wouf », l’intégralité d’Un amour de cocker comporte des références au cinéma. Un clin d’œil aurait été sage plus qu’un running-gag sympathique. Mais en faire un leitmotiv appauvrit considérablement l’humour de la bande dessinée, qui ressemble plus à un prétexte, un support promotionnel qu’autre chose. Sur quarante planches, dix-sept réfèrent explicitement au cinéma, et leur puissance comique est très faible.
Les vingt-trois autres planches ne relèvent pas toujours le niveau. Les six premières sont très décevantes, et l’inaugurale révèle un grave manque d’humour. Une fois passée cette séance de torture, on retrouve les gags qui ont fait le succès de la série, avec des personnages certes typiques mais sincères, un art de la mise en bulle… Exception faite de toutes les pages renvoyant au cinéma. On regrette que Diego Aranega n’ait pas produit plus de deux scénarios, car tous ses gags sont drôles. Cric et Pierre Veys vont du très bon au très mauvais.
Quant au trait de Laurent Verron, il est toujours aussi fort : rond et expressif, très adroit à rendre les émotions les plus diverses, de la colère à l’amour et même jusqu’à des prouesses comme l’ironie ou l’empathie. Le dessin est travaillé, précis, et l’on ne peut qu’admirer l’habilité avec laquelle Laurent Verron est capable d’incruster des petits détails qui peuvent sembler inutiles (quelques touristes microscopiques, un pli de tissu, une feuille d’arbre qui vole dans le vent…). Fidèle aux premiers traits de  Jean Roba tout en apportant un style particulier, Laurent Verron donne vie et expressivité aux personnages, des plus importants aux figurants.
Il faut surtout mentionner l’extraordinaire virtuosité avec laquelle les mouvements sont mis en scène. Chaque volte-face, looping ou décollage est représenté avec une force précise, et pourtant Laurent Verron ne tombe jamais dans le cliché. Il a bien sûr recours aux techniques classiques de dessin, mais son style personnel trouve vraiment une apogée dans la représentation des divers déplacements. Un avantage évident pour une bande dessinée fondée en partie sur le caractère farcesque de ses personnages, prompts à l’énervement ou à la cascade ratée.

L’album 2013 de Boule & Bill n’est donc pas du meilleur cru, c’est un album promotionnel dont certaines histoires ont été bâclées ou créées uniquement pour atteindre le chiffre sacro-saint des 40 gags par album. Le manque d’inventivité et de scénario est cependant pallié par le dessin vif et expressif de Laurent Verron, qui réalise de véritables prouesses de papier. On retrouve avec sourire l’atmosphère des anciens albums, sans que celui-ci s’inscrive dans les immanquables. Un bon album, somme toute, un peu saccagé par le leitmotiv du cinéma et de la caméra : syndrome de l’acteur qui prend la grosse tête.

Willem Hardouin

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