Boyhood, de Richard Linklater : La vie américaine en continu

 

Un réalisateur de défis

Richard Linklater est un cinéaste américain né en 1960. Il a été nominé quarante fois dans les différents festivals cinématographiques et primé deux fois à Berlin avec l’ours d’argent du meilleur réalisateur, pour Before Sunrise en 1995 et Boyhood en 2014. C’est un réalisateur qui aime se lancer des défis. Après sa trilogie Before Sunset, Before Sunrise et Before Midnight où il avait suivi sur vingt ans l’histoire amoureuse d’un homme et d’une femme, il a relevé le défi avec Boyhood de filmer les mêmes acteurs pendant douze années afin de faire vieillir les personnages en même temps que les acteurs. Son objectif était de faire un film où chaque personnage correspond à un seul acteur et non deux selon l’âge du personnage. On voit donc pendant ce film se dérouler l’histoire d’une famille américaine sur douze années consécutives. Les différents moments de cette période ne sont pas scandés, le montage reste linéaire, seuls les indices de la vie quotidienne marquent le temps : le collège, le lycée, l’université, mais aussi la musique qui passe à la radio, les élections politiques, etc.
Ce film, sorti le 23 juillet 2014, a pour tête d’affiche Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke et Lorelei Linklater respectivement dans les rôles du fils Mason Junior, de la mère Olivia, du père biologique Mason Senior et de la fille Samantha.

Entre réalisme et clichés

La vie de ces personnages est filmée de façon réaliste, ils suivent un quotidien dans ce qu’il y a de plus banal. Les enfants Mason Jr et Samantha vont à l’école, se chamaillent, rêvent. Olivia, mère célibataire au début du film, est débordée, puis ils déménagent – au moins quatre fois pendant le film – suivant divers imprévus : remariage, séparation, manque d’argent… Olivia finit par reprendre ses études pour devenir professeur à l’université de psychologie. Elle a une succession de maris, souvent portés sur l’alcool, alors que l’on voit mûrir Mason Sr le père biologique des jumeaux qui vient les chercher certains week-ends et pendant les vacances. Samantha va à des soirées, Mason Jr va camper avec son père ou une bande de potes. L’adolescence est marquée par des flirts successifs et le développement de leur sexualité. Pendant les deux heures quarante-cinq minutes que dure ce film, le spectateur voit évoluer les personnages dans leurs comportements mais aussi leurs transformations physiques. Mason, âgé de huit ans au début du film, devient un jeune adulte d’une vingtaine d’années qui a beaucoup changé. On dirait quelqu’un d’autre, mais il s’agit bien de la même personne physiquement. Le temps qui passe nous surprend comme à son habitude.
Malgré ce réalisme et ces situations quotidiennes, le film nous fait sourire par l’usage de stéréotypes qui marquent certains moments forts de l’histoire. En effet, l’adolescente qui se met du vernis à ongles, ou le grand-père qui offre une carabine à son petit fils pour ses dix-huit ans, et ce à côté du costume trois pièces marquant le passage à l’âge adulte restent des clichés mais ceux-ci restent au service du film. Ils marquent à leur façon le temps qui passe.

mason
Evolution de Mason Jr

Une réflexion sur le cours de la vie

Voir le temps défiler procure au spectateur une impression d’avancée inéluctable et cela quelles que soient les situations, positives comme négatives. La mère doit régler des problèmes sentimentaux comme financiers, le fils doit chercher et se questionner sur sa voie professionnelle avant de la trouver, le père biologique a besoin de temps pour prendre la vie au sérieux et se construire un foyer, etc. La progression de chaque individu a besoin de ce facteur temps même si ce dernier n’est jamais explicitement montré du doigt. La vie passe sans préoccuper les personnages, tout comme nous qui ne nous questionnons pas à chaque moment de notre vie.

Le film se termine par l’entrée de Mason Jr à l’université et sa première sortie avec ses nouveaux camarades d’internat. Et loin de tout, assis devant un paysage grandiose à l’américaine, l’allusion au temps qui passe arrive en conclusion : chaque moment, c’est maintenant.

Mathilde

Une pensée sur “Boyhood, de Richard Linklater : La vie américaine en continu

  • 5 janvier 2015 à 20 h 50 min
    Permalink

    Salut la Redac
    Puisqu’il est question de culture, je vous invite à corriger la grosse « fôte » sur votre commentaire dans allocine.
    Amicalement 😉
    Ric

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