Brundibár, un opéra à aller voir !

Brundibár est un opéra pour enfants, divisé en deux actes. Il fut écrit en 1938 par Hanz Krása – auteur tchécoslovaque – et présenté pour la première fois en 1942. Actuellement en représentation au Théâtre de la Croix Rousse  (du 25 mars au 03 avril 2016) dans le cadre du Festival pour l’Humanité organisé par l’Opéra de Lyon, ce spectacle est un petit bijou de bonne humeur et de jolies mélodies !

Un spectacle étonnant aux voix angéliques

C’est bien grâce à des voix de jeunes enfants et adolescents (du CM2 à la 3e) que nous sommes transportés dans un monde où la résistance contre un tyran se fait à l’aide d’animaux libres et audacieux (oiseau, chat et chien principalement), et par le simple pouvoir du chant et des mots. Cette résistance mélodieuse et métaphorique a d’autant plus d’impact si l’on se rappelle le contexte d’écriture de l’œuvre : en effet, Hanz Krása était juif, et il a écrit cet opéra pendant la montée du nazisme en Tchécoslovaquie, avant de mourir à Auschwitz en 1944. La pureté des voix enfantines insuffle alors un sentiment de liberté et de réussite pacifique idéalisée chez le spectateur, ce qui n’est pas sans faire écho à l’actualité contemporaine, qui cherche toujours plus de moyens de résister face aux tyrannies et abus d’autorité. La notion de « résistance par l’art » prend ici tout son sens.

©Jean Louis Fernandez
©Jean Louis Fernandez

Et que de petites voix angéliques qui s’élèvent sur cette scène pour arriver jusqu’à nos oreilles ravies… Notons la précision des harmonies, et la qualité vocale de ses enfants. Les personnages principaux tels que l’oiseau, le chat, les deux orphelins ou encore la laitière, ont particulièrement capté notre attention : des enfants et adolescents précis, concentrés, à l’écoute, doués et professionnels. Il est aisé d’imaginer la difficulté de mise en place d’un tel spectacle, bien qu’il ne dure que 45 minutes, et c’est avec le sourire aux lèvres que nous soulignons la réussite d’une telle entreprise.

Afin de mettre en valeur ces adorables voix, Mathieu Gardon, le baryton incarnant le tyran Brundibár, est très drôle – se faire cuire un œuf sur un piano, en caleçon, en chantant les classiques de l’opéra, il fallait le faire – et semble prendre un véritable plaisir à jouer avec ses partenaires de scène : le spectacle n’en est que plus dynamique et revigorant !

©Jean Louis Fernandez
©Jean Louis Fernandez

Une scénographie époustouflante

Non seulement nos oreilles sont ravies, mais nos yeux le sont également ! En effet, le travail de Lisa Navarro pour les décors est remarquable : un drap tendu en milieu de scène pour faire la tête d’un monstre (incarnant la société qui engloutit les deux jeunes orphelins, pauvres et marginalisés), un chat qui débarque sur une vieille moto bleue, un mur craquelé en fond de scène sur lequel on devine un oiseau dessiné, ou encore une lampe ronde en fond de scène pour matérialiser la pleine lune… Nous sortons de la salle avec de belles images plein la tête, et de belles mélodies plein les oreilles. C’est très agréable.

Félicitons également Pauline Kieffer pour les costumes, rappelant à la fois les années 40 (avec les petites blouses grises des écoliers), notre époque actuelle (avec les mini-shorts et les couleurs très vives), et un univers imaginaire et fantasmatique (nous faisons ici allusion au costume de brioche ou de dent par exemple, créant des personnages originaux, drôles et touchants).

©Jean Louis Fernandez
©Jean Louis Fernandez

Bref, vous l’aurez compris, nous vous invitons chaleureusement à aller voir ce spectacle, fruit d’un travail rigoureux de la part de Jeanne Candel (à la mise en scène), de Karine Locatelli (à la direction musicale), ainsi que de tous les artistes (musiciens, solistes et chœurs) : ce sont bien ces genres de performance qui nous font apprécier le spectacle vivant actuel, et qui nous donne envie d’y retourner encore et encore !

Sarah Chovelon

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