Buyan, aux trousses de la mort ?

 

Les éditions Akiléos ouvrent le mois de novembre avec la publication de la dernière œuvre des frères Exteberria, Martin et Xabier, co-auteurs de la BD dessinée par Artiz Trueba, Buyan. Chaque membre de ce trio basque jouit d’une véritable reconnaissance artistique dans leur province natale mais c’est la première fois qu’il travaille tous ensemble sur une œuvre. Oeuvrant tous pour la reconnaissance de la culture basque, il est étonnant de les voir s’attaquer à un sujet tiré de la culture russe, mais loin d’être inintéressant. (Image mise en avant Buyan © Akiléos)

À la guerre comme à la guerre

Buyan est une bande dessinée qui raconte le voyage d’un jeune Nénèt, un nomade du nord de la Russie, Maansi parti en quête de l’île mystérieuse éponyme. Son aventure se déroule au XIIIème siècle, au moment des invasions mongols et des chevaliers teutoniques en Russie. Son voyage s’annonce très périlleux, la traversée d’un territoire en guerre n’étant jamais aisée. Il se retrouve notamment pourchassé par une troupe de mongols de la Horde d’or. Parallèlement à sa quête, on suit la préparation des troupes russes à l’invasion mongole.

La BD nous livre trois points de vue sur cette lutte de territoire, donnant une grande profondeur à cette histoire, nous montrant les complots du pouvoir, la vengeance liée aux massacres, la nécessité de prendre les armes, mais surtout comment vivre en temps de guerre. Une phrase du Prince Nevsky, expliquant à sa femme pourquoi il a tué la femme de son ennemi est particulièrement intéressante et résume bien ce qui se passe dans cet ouvrage : « Il faut que tu comprennes… en guerre… les gens meurent. » Implacable constat qui se vérifie dans cet ouvrage, à chaque fois qu’un personnage nous attendrit, il meurt. À chaque fois que Maansi semble vivre un moment paisible ou de joie, une embuche intervient. Les dessins soulignent admirablement ces détails guerriers. Construite comme une véritable épopée, Artiz Trueba, fait de cette BD le théâtre de l’horreur de la guerre, sans jamais omettre une certaine dose de poésie. Si parfois des têtes volent, du sang gicle, certaines morts sont élégamment mises en scène (si tant est qu’une mort puisse l’être) avec une poupée d’enfant, la tristesse d’un parent, une tonalité de couleur rouge ou le regard de celui qui reste…

Cette élégance du dessin se retrouve également au moment d’évoquer le folklore russe du XIIIe siècle.

 

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Buyan © Akiléos

 

Une aventure épique au pays du folklore russe

La planche est très souvent découpée horizontalement proposant des vignettes parcourant le plus souvent toute la longueur de la page pour offrir des scènes de gros plans lors des batailles. Notre œil se concentre alors sur la violence et la précision des coups oubliant le décor en arrière-plan. À l’inverse, plusieurs vignettes proposent non plus un zoom mais un plan panoramique sur la nature environnante, révélant la beauté des terres russes, les vastes étendues de la toundra, le beau kremlin de Novgorod, les forêts et les clairières, tant de paysages somptueusement dessinés qui rappellent que la Russie est une terre magnifique. Le calme et la tempête se succèdent sans arrêt. Artiz Trueba jongle efficacement entre les scènes de paysages et de calme apparent et celles d’affrontements violents. Plus on avance dans l’histoire, plus les dessins sont majestueux pour arriver à l’affrontement entre deux esprits animaux issus d’anciennes croyances russes. Les co-auteurs Martin et Xabier Etxeberria ont dû faire de nombreuses recherches sur l’histoire et le folklore russe pour nous faire découvrir les pratiques religieuses datant d’avant l’apparition du christianisme ou encore les différents modes de vie de cette époque tandis que le dessinateur a fourni un travail conséquent pour représenter très fidèlement et distinctement les tenues des soldats du Prince, des mognols, les Nénèts ou encore des villageois. Mais là où le travail des artistes sur le folklore est vraiment intéressant est dans l’utilisation de personnages qui soit ont existé soit font partie des légendes et épopées médiévales russes. Pour créer cet univers médiéval, les auteurs ont repris des personnages historiques tels que le Prince Alexandre Nevsky, Batu Khan ou des héros de légende tels qu’Aliosha Popovich ou Sadko, en s’inspirant des aventures qu’on leur attribue. 

Le glossaire final permet de mieux se familiariser avec toutes ces histoires très bien adaptées par ces artistes basques pour créer une histoire fictive pleine de mystères, de magie et de réflexion sur la guerre, la vie, la mort et sur la place de l’homme dans le monde…

 

D’immenses dessins, particulièrement détaillés et fidèles à un décor russe médiéval emportent le lecteur vers une époque où le mystique cohabite encore avec le scepticisme. Les artistes nous immergent à une période troublée où la guerre et la désolation règne. Si la cruauté de la guerre est très mise en avant, elle n’est jamais gratuite et pose des questions plus larges que nous vous invitons à découvrir en lisant Buyan.

Jérémy

 

 

Article rédigé par Jérémy Engler

 

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