C.E.L.I.A, un bijou de technologie (artistique)

Du 16 au 19 février 2017 (Jeudi, vendredi, samedi à 20h30 et dimanche à 17h00) au théâtre des Marronniers, on présente pour la deuxième année consécutive le premier spectacle de la compagnie des Empreint’heures, C.E.L.I.A (Chanteuse Électronique Légère à Intelligence Artificielle). L’Envolée Culturelle avait rencontré cette jeune équipe aussi sympathique que dynamique pour une interview des plus intéressantes, et il était hors de question de louper la première. Verdict.

Un conte séduisant

C.E.L.I.A est un androïde chanteuse tout juste sorti de l’usine, mais qui présente déjà de sérieux défauts de fabrication. Renvoyée dans l’atelier du Technicien pour une ultime tentative de réparation, elle rencontre Gaston, un vieux robot aigri, peu bavard et plutôt cynique. C.E.L.I.A est un robot obéissant et construit pour suivre un programme bien défini : celui de chanter pour les humains des chansons qui ont été enregistrées dans son programme. Lui est un robot oublié, vivant et jouant pour lui-même, libéré des contraintes. Pour Gaston, ni programme, ni carte-mère, ni fichier pour lui dicter ce qu’il doit chanter ou jouer. Ces deux personnages, aux antipodes, ne semblent pas faits pour s’entendre. Et puis, un jour, Célia se met à rêver. Elle rêve de Lila, la première androïde chanteuse que Gaston connaissait bien. Lila sera le lien qui leur manquait pour construire un dialogue, une relation faite de découvertes et de surprises. Leur rencontre est l’occasion d’une création musicale à la fois drôle et profonde, qui questionne les thèmes de la liberté et de la création. Ici, pas question de mièvrerie ou de guimauve. Le texte, vif et truculent, ne s’appesantit jamais et rebondit sans cesse d’une réplique à l’autre dans un dialogue jubilatoire. On rit du début à la fin et on s’émerveille de l’astuce du texte. Mais avec C.E.L.I.A, on rit aussi pour mieux s’émouvoir. L’intelligence du propos y est diffuse et plonge le spectateur dans une ambiance de conte pittoresque, propre à la réflexion, à la méditation. La création, qu’est-ce que c’est ? À quoi ça sert d’abord ? L’Art nait peut-être aussi de ces endroits qu’on ne connaît pas, de ces gens qu’on oublie et qui se retrouvent livrés à eux-mêmes. L’art, ce saltimbanque, s’impose à eux aussi surement que C.E.L.I.A nous séduit.

© Jean-Pierre Dupraz
© Jean-Pierre Dupraz

Un spectacle réussi

Ici d’ailleurs, le décor est plus que symbolique. L’atelier du Technicien est présenté à C.E.L.I.A comme un simple hangar de réparation. Cependant cette « cour des miracles » est en réalité le terminus des robots, l’atelier de la dernière chance pour les robots défectueux, l’atelier dont on ne revient pas. Pour C.E.L.I.A, ce sera l’espace de la découverte et de la création. Elle y rencontrera la liberté et le début de l’aventure. Elle s’y découvrira elle et se réinventera. Cette trajectoire pleine d’espoir encouragerait n’importe qui à lui emboiter le pas. L’atelier, fait de bric et de broc, comporte le charme de l’atelier du savant fou. D’allure terreuse et sombre, il est presque aussi inquiétant que rassurant. De cet espace isolé et perdu, nous ne savons rien : il pourrait bien être le dernier lieu que connaîtra C.E.L.I.A. À moins que C.E.L.I.A elle-même en décide autrement. Elle peut décider de se réinventer, dans ce lieu, de se libérer de son programme et de se libérer des contraintes pour créer à son tour. Tout dépendra d’elle, de sa capacité à surmonter ses peurs et à sortir de la caverne, au grand jour. Tout semble avoir été pensé dans cette pièce. Dans une économie de décors et de mise en scène, on ne nous livre que l’essentiel. Les comédiens incarnent leurs personnages jusqu’au bout de leur démarche. La voix y est précise, l’intonation imite parfaitement les intelligences artificielles, et notre équipe réussit le tout sans que jamais rien ne soit ni cliché, ni lourd.

La création musicale de la pièce est aussi la grande originalité de ce spectacle. Pleine de trouvailles et alternant parfaitement entre reprises, arrangements et créations originales, le spectateur voyage d’un bout à l’autre du répertoire français. Elle est le nœud du spectacle, son moteur comique et narratif, et se prête parfaitement à la métaphore pour ce spectacle. Les comédiens nous replongent dans le plaisir du vieux spectacle vivant, un brin cabaret et tout à fait entier, spontané. On partage avec eux le plaisir d’écouter ce répertoire que l’on connaît bien et qui est ici complètement bouleversé.

© Jean-Pierre Dupraz
© Jean-Pierre Dupraz

C.E.L.I.A est un spectacle d’une solidité magistrale. Réussi de bout en bout, il est porté par des comédiens/chanteurs/créateurs talentueux. La pièce s’enchaine avec une fluidité déconcertante, toujours surprenante. Du registre léger au plus émouvant, rien n’est de trop ! Le spectateur ne s’ennuie jamais : on y croit, du début à la fin, et l’heure semble avoir passé trop vite… on y était bien, dans cet atelier. Bref, un spectacle que nous recommandons fortement.

 

Margot Delarue

 

Calendrier des Empreint’heure :

  • – Du 16 au 19 février 2017 : C.E.L.I.A. au Théâtre des Marronniers, Lyon (69)
  • – Du 23 au 26 février 2017 : C.E.L.I.A. au Théâtre 2000, St Genis laval (69)
  • – Les 14 et 15 mars 2017 : C.E.L.I.A. au Lycée du Bocage, Chambéry (73)
  • – Les 17 et 18 mars 2017 : C.E.L.I.A. à Attignat-Oncin (73)
  • – Le 19 mars 2017 : C.E.L.I.A. à la salle polyvalente de Les Echelles (73)
  • – Le 23 mars 2017 : C.E.L.I.A. au CRR de Chambéry (73)
  • – Le 25 mars 2017 : C.E.L.I.A. à la Gélinotte, Freydière (38)

 

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