Ça veut dire quoi être là ?

Être là est une pièce écrite et mise en scène par Vincent Écrepont qui dirige également la compagnie À vrai dire depuis 1998. Elle se joue du 5 au 28 juillet à la Présence Pasteur à 16h30 pour le Festival OFF d’Avignon, en relâche les 9, 16 et 23 juillet.

Un peu de légèreté

Être là traite d’un sujet auquel chacune et chacun se ou va se confronter, le vieillissement. Au-delà de notre propre vieillissement, déjà difficile à accepter pour certains, la pièce questionne le rapport des enfants à leur(s) parent(s), dans l’accompagnement vers la mort. Comme matière à sa pièce, Vincent Écrepont a recueilli des témoignages pendant trois ans au pôle gérontologie de l’hôpital de Beauvais.  Sombre sujet il semblerait, et pourtant c’est une pièce où l’on rit. D’emblée, un jeu s’instaure entre le comédien Sylvain Savard, et les comédiennes Céline Bellanger et Véronic Joly. Ils racontent tous trois et successivement l’histoire d’une personne âgée en perte d’autonomie ou simplement de mémoire issue de leur propre famille : un époux, une sœur, un fils, une fille, etc. Ce sont toujours des situations à la fois absurdes, drôles et criantes de vérité qui sont narrées. Le metteur en scène rappelle que certes le propos est lourd, mais que l’on peut également rire de petites situations du quotidien trop souvent élevées au rang de grandes catastrophes, tout en montrant aussi les grandes fractures qui déchirent ces êtres. Avec humour et vérité, tout le paradoxe du vieillissement est soulevé.

© Dominique Laroche

Inverser les rôles pour mieux comprendre

Le jeu de rôles entre les comédiens est riche de sens, puisqu’il permet l’incarnation concrète, sur le plateau, des angoisses et des questionnements lourds qui habitent à la fois la personne vieillissante, et celle qui doit l’accompagner jusqu’à la mort. Tout comme les rôles qui s’inversent entre un père et une mère qui portent leur(s) enfant(s) puis sont portés, les rôles des comédiens ne cessent de changer. C’est un véritable esprit ludique qui se dessine, avec une pointe de légèreté entre les scènes grâce au dispositif scénique modulable. Pendant ces changements de costumes et de décors, une musique électro minimale rythme les mouvements. Le spectateur est d’autant plus attentif à ces changements à vue, qu’ils ont une importance majeure dans l’esthétique de cette pièce qui s’amuse avec la fiction. Les comédiens jouent à jouer, ils reviennent sur la façon dont ils ont interprété un rôle ou sur les réactions que cela a pu susciter chez l’autre comédien.

« Je me sens à côté de moi. »

© Ludo Leleu

Le père devient le fils, le fils devient le médecin, le médecin devient la fille, la fille devient la mère et ainsi de suite. Cette inversion des personnages et ce dialogue entre réalité et fiction permet de livrer des questionnements beaucoup plus vastes : qui doit choisir le placement en maison de retraite ? Doit-il être imposé ? Comment porter la responsabilité de ce choix ? Peut-on avoir encore une liberté d’agir lorsque notre corps et nos pensées nous échappent ? Comment résister à l’institutionnalisation des rapports humains ? Comment éviter d’être réifié ? Les sentiments éprouvés face à cette lourde conséquence de la vie qu’est le vieillissement sont ainsi tous présentés successivement. Chacune et chacun peut s’y reconnaître et se mettre à la place d’un autre. Savoir toucher un public large est une grande qualité qu’il est nécessaire de saluer ici.

Avec humour mais justesse, Etre là parvient à questionner très largement le sujet du vieillissement, car c’est une pièce qui donne la parole à celui qui est aidé comme à celui qui aide, et même à ceux qui ne sont pas encore tout à fait concernés mais qui peuvent tout aussi bien comprendre. Une bienveillance certaine se dégage de cette création, qui pointe du doigt sans culpabiliser vainement, et qui questionne des enjeux majeurs sans alarmisme.

Marie Robillard

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