Candide, qu’allons-nous devenir ? Et cette critique qu’allons-nous en faire ?

Alexis Armengol présente cette année lors du festival Off d’Avignon le spectacle Candide, qu’allons nous devenir ? à la Manufacture du 6 au 26 juillet 2017. La compagnie du Théâtre à cru propose une pièce philosophique, loufoque et décalée qui adapte et commente Candide ou l’optimisme de Voltaire.

© Florian Jarrigeon
© Florian Jarrigeon

Le conte de Voltaire, qu’est-il devenu ? Une tragicomédie !

Que les puristes se rassurent, le texte de Voltaire est bel et bien présent, dans toute sa complexité et modernité. S’agissant d’un conte philosophique, la part de récit est très importante et il était donc facile de conserver certains passages philosophiques clés tout en résumant rapidement certains purement narratifs ou moins importants. Dans la tradition, un conte se transmettait de manière orale et c’est justement ce que nous propose le Théâtre à cru, puisque Laurent Seron-Keller raconte l’histoire tout en incarnant certains personnages et Rémi Cassabé s’occupe des bruitages, de la musique et fait le contrepoint narratif de cette aventure épique.

Le théâtre a cette force de rendre certaines évidences plus visuelles. S’il est évident que le nombre d’aventures que vivent Candide et ses compagnons est complètement irréaliste, voir un comédien les incarner tour à tour souligne davantage l’invraisemblance de tout cela. Invraisemblance que le conteur n’hésite d’ailleurs pas à souligner lors de quelques apartés qui font mouche et font sourire… Cette surabondance d’aventures fait rapidement penser à la tragicomédie et à ses rebondissements incessants. Si certains moments sont tragiques avec la mort de plusieurs personnages (dont on sait qu’ils reviendront, car dans le monde de Candide, les gentils ne meurent jamais tout à fait), on rit énormément, ce qui n’empêche pas la pièce de soulever les questions philosophiques chères à Voltaire.

De la philosophie burlesque au théâtre

Avec son œuvre, Voltaire cherchait à décrédibiliser la pensée leibnizienne qui avançait : « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes » ; marotte dont usera et abusera Pangloss dans ses préceptes philosophiques. Confronté à de multiples drames tels que le tremblement de terre de Lisbonne, la guerre de 7 ans, la colonisation, les galères, l’esclavage, le viol, le meurtre, l’Inquisition… Candide s’interroge sur la valeur des propos de son maître, tout comme le comédien et nous finalement. Ce dernier a préparé des pancartes avec les mots présents dans cette citation et avec certains termes clés du livre et les a disposés un peu partout dans la pièce. Ainsi de nouvelles maximes peuvent s’inventer et le comédien nous les liste rapidement, montrant l’absurdité de cette citation qui reposerait sur un amalgame de mots qui pourrait faire sens. La philosophie s’exprime évidemment dans le texte de Voltaire, mais est soulignée, affirmée par les comédiens qui se permettent quelques commentaires et analyses très pertinents et drôles nous invitant à réfléchir sur ce qui se passe sous nos yeux. Pour le jeune public, ces commentaires sont les bienvenus et éclairent la compréhension du texte, pour les adultes, c’est souvent un moment de connivence, de complicité avec le comédien dont l’interprétation est magistrale.

Optimisme rime avec chocolatisme alors tout va bien…

© Florian Jarrigeon
© Florian Jarrigeon

Quand un univers se déploie sous nos yeux !

La mise en scène regorge de surprises, on ne les révèlera pas toutes, mais sachez qu’à la fin du spectacle, la scène est pleine d’eau et de petits bois rouges… Loin de se contenter d’un simple récit de Candide commentée par-ci par-là, le metteur en scène développe l’univers du plus célèbre conte philosophique de Voltaire.

Les bruitages sont ingénieux et très bien amenés, comme pour le son de la tempête créé grâce à un aspirateur, ou le son de la guerre reproduit en tapant sur une table. Les interactions entre les comédiens relèvent plus du conseil d’interprétation ou de mise en scène que du dialogue théâtral, comme si le spectacle se créait devant nos yeux et que l’un se nourrissait des réflexions de l’autre pour avancer comme le feraient deux philosophes qui débattraient. Les transitions sont plutôt bien trouvées et on passe d’une situation, d’un pays à un autre sans difficulté. Pas besoin de changements de décors, un accessoire suffit à créer un monde, à créer une ambiance et parfois, seule la verve du comédien suffit.

À défaut d’avoir des moyens considérables pour créer moult décors, le talent est parfois suffisant… En effet, pour représenter les tribus qui capturent Candide dans la forêt amazonienne, les moutons qui repartent d’El Dorado chargés d’or ou la fin du conte, Alexis Armangol a fait appel au dessinateur Shih Han Shaw pour affiner l’univers dépeint par le comédien. Projetés sur le mur, ses dessins et animations souvent humoristiques participent au dynamisme de la pièce et voir un mouton voler en sirotant un soda avec des lunettes de soleil, façon « kéké » est assez délirant et participe au décalage global des propos de la pièce.

La mise en scène est très astucieuse et les comédiens parviennent à rendre drôle la philosophie de Voltaire tout en la respectant et la défendant ! Chapeau !

Jérémy Engler

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